Du 12 au 13 août 2025, Moïse Katumbi et son parti Ensemble pour la République ont orchestré à Bruxelles un conclave présenté comme une “riposte politique” face aux “dérives autoritaires” de Félix Tshisekedi. Pourtant, derrière les déclarations fracassantes sur la défense de la Constitution et l’appel à l’unité des forces démocratiques, se dessine une stratégie bien plus nuancée.
Moïse Katumbi, en fin stratège, évite soigneusement de brûler ses ponts avec Washington tout en capitalisant sur l’impopularité de Joseph Kabila auprès des Occidentaux. Une posture qui révèle son pragmatisme tactique et son ambition de se poser en alternative crédible, sans se marginaliser sur l’échiquier géopolitique avec un discours anti-Tshisekedi mais pas anti-Américain.
Moïse Katumbi a durci le ton contre le gouvernement congolais, dénonçant une “tentative de modification constitutionnelle” pour prolonger le mandat de Tshisekedi et fustigeant les “manœuvres dilatoires” du régime . Cependant, il a évité toute critique directe des États-Unis, contrairement à d’autres figures de l’opposition congolaise tentées par un discours anti-impérialiste. Cette prudence n’est pas anodine.
Moïse Katumbi sait que Joseph Kabila, toujours persona non grata à Washington pour ses dérives autoritaires et sa gestion opaque des ressources minières, a payé cher son isolement diplomatique. L’opposant, perçu comme un homme d’affaires “pro-occidental” grâce à son réseau et son image de réformateur, mise sur un alignement discret avec les attentes américaines en matière de gouvernance et de transparence électorale.
Le conclave a insisté sur la mobilisation de la diaspora congolaise et l’appel à “toutes les forces démocratiques”, y compris la société civile et l’opposition non armée. Cette rhétorique sert deux objectifs en plaçant son combat sous l’égide des valeurs démocratiques, Katumbi se positionne comme un interlocuteur fiable pour les capitales occidentales, tout en évitant de s’aliéner les partenaires africains méfiants envers l’ingérence étrangère.
La diaspora, notamment en Europe et en Amérique du Nord, est un réservoir de soutien financier et médiatique. Katumbi, habitué des réseaux transnationaux, l’a bien compris. Si Katumbi critique Tshisekedi, il ne tombe pas dans le piège de la surenchère anti-Kabila, malgré les opportunités que pourrait offrir l’impopularité de l’ancien président. Pourquoi ?
Associé à Kabila dans le passé (il fut son allié avant de rompre en 2015), Katumbi doit gérer son image pour ne pas être perçu comme un opportuniste. En ne diabolisant pas Kabila, il garde une porte ouverte pour d’éventuels soutiens parmi les anciens caciques du régime déçus par Tshisekedi. Le conclave a annoncé une “mobilisation totale” et une implantation territoriale renforcée , mais sans engagements irréversibles.
Moïse Katumbi joue sur plusieurs tableaux. Il soutient l’initiative de la CENCO et de l’ECC pour un dialogue national, mais en exigeant des “engagements vérifiables” . Une manière de se donner une posture constructive tout en préparant un possible boycott si les termes ne lui conviennent pas. Le parti se structure pour 2028, mais sans fermer la porte à des négociations de dernière minute avec le pouvoir, comme en 2023.
Moïse Katumbi incarne l’opposant pragmatique, capable de conjuguer principes démocratiques et réalpolitik. Son conclave de Bruxelles est un exercice de recentrage stratégique : il se garde de toute radicalisation qui le marginaliserait, tout en capitalisant sur les erreurs de Tshisekedi et les faiblesses de Kabila. Reste à savoir si cette posture d’équilibriste suffira à convaincre autant les Congolais que les partenaires internationaux – ou si elle sera perçue comme une ambivalence de trop dans un pays en quête de leadership clair.
“L’avenir du Congo ne se négocie pas : il se conquiert”, proclame la déclaration finale du conclave . Katumbi, lui, semble préférer négocier en silence pour mieux conquérir.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













