La RD Congo apparaît comme un État en perdition face à ses bourreaux internes. Notre pays, ce géant aux pieds d’argile, se meurt non seulement sous les coups de boutoir de ses prédateurs extérieurs, mais aussi – et surtout – par la trahison méthodique de ses propres enfants. Parmi eux, deux noms ressortent avec une constance macabre : Moïse Nyarugabo et Azarias Ruberwa.
Leurs parcours, leurs déclarations, leurs actes et surtout leur impunité absolue illustrent à quel point l’État congolais est une passoire, une coquille vide où les ennemis de la nation prospèrent en toute quiétude. Comment expliquer que ces hommes, dont les liens avec le Rwanda de Paul Kagame sont aussi évidents que le soleil en plein midi, aient pu occuper des postes stratégiques jusqu’à hier ?
Qu’ils aient pu manipuler des archives sensibles, orchestrer des rébellions, menacer des députés, et même dicter des politiques nationales sans jamais être inquiétés ? La réponse est simple : la RDC est un État sado-masochiste, qui se plaît à légaliser ses propres fossoyeurs. Ainsi Moïse Nyarugabo joue le rôle de l’archiviste de la trahison, un crime totalement impuni à ce jour.

En 1997, alors que l’AFDL, bras armé du Rwanda et de l’Ouganda, renversait le Président Mobutu, Moïse Nyarugabo s’est illustré dans un acte de haute trahison : l’organisation du transfert des archives congolaises vers Kigali. Ces documents, contenant des données sensibles sur la souveraineté, la démographie, les ressources naturelles et la sécurité du pays, ont été pillés pour servir les intérêts rwandais.
Où sont ces archives aujourd’hui ? Pourquoi Moïse Nyarugabo, un récidiviste “rebellionophile” avéré, n’a-t-il jamais été inquiété pour ce vol caractérisé ? Comment un homme ayant participé à un tel sabotage a-t-il pu continuer à graviter dans les hautes sphères de l’État ? Il faut signaler qu’il a été Secrétaire général du gouvernement. Pire, il a eu à proférer des menaces contre les députés et le peuple Congolais sans jamais être inquiété.
En octobre 2020, lors des débats houleux à l’Assemblée Nationale sur l’affaire Minembwe (une localité que l’ancien Vice-président Azarias Ruberwa, un autre politicien pro-rwandais, tenta d’ériger en commune malgré son illégitimité démographique et juridique), Moïse Nyarugabo avait proféré des menaces de mort contre l’actuel Ministre du Développement rural Muhindo Nzangi alors député national et le peuple congolais :
« Nous n’avons que deux choix : nous allons vivre comme des frères ou nous allons mourir ensemble comme des idiots. C’est à eux de choisir. »
Un député ou un ministre a-t-il le droit de menacer la représentation nationale et la population sans conséquence ? Apparemment, en RDC, oui. Même son soutien avéré aux milices rwandaises et des accusations de financement des groupes armés étrangers n’ont toujours pas permis à la justice congolaise de l’interpeller. À se demander de quelle immunité divine se couvrirait cet homme !
Moïse Nyarugabo est régulièrement pointé du doigt comme financier et protecteur des milices pro-rwandaises comme les Twirwaneho et Ngumino, qui sèment la terreur dans le Sud-Kivu. En 2024, il a même osé accuser les FARDC de collaborer avec des groupes armés locaux pour combattre ces milices, alors que lui-même est un relais évident de Kigali dans l’appareil d’État congolais.
Ironie suprême, les services de sécurité américains l’ont identifié comme un acteur clé du financement des milices. Pourtant, à Kinshasa, il circulait librement, protégé par un système qui récompense la trahison. Et comme on pouvait s’y attendre, il est réapparu où tout le monde savait qu’il devait être c’est-à-dire à Goma avec Joseph Kabila aux côtés des terroristes rwandais qui massacrent nos familles.
Azarias Ruberwa est sans conteste le Vice-président fantôme du Rwanda en RDC. C’est lui, grâce au “Young Leaders Program” a mis en place le réseau Rwandais-US qui se présente comme une courroie de transmission de Kigali en se faisant passer pour des “Banyamulenge” que l’on exterminerait à Kinshasa. Et pourtant, aucun de tous ces pseudo-réfugiés n’ont jamais mis les pieds à Kinshasa.

Azarias Ruberwa, ancien secrétaire général du RCD-Goma (rébellion créée, équipée et dirigée par Paul Kagame), puis vice-président de la RDC sous la transition, n’a jamais caché son allégeance à la cause tutsie rwandaise. Son influence s’étend jusqu’aux États-Unis, où des associations pseudo-Banyamulenge (en réalité des Rwandais se faisant passer pour des Congolais) sont protégées, financées et encadrées par son réseau.
Pourquoi ces individus ne sont-ils jamais inquiétés par les autorités congolaises ? Comment un homme aussi ouvertement pro-rwandais a-t-il pu devenir numéro 2 de l’État congolais ? Azarias Ruberwa réside dans une maison mitoyenne à la Primature à Gombe. Une localisation hautement symbolique, qui en dit long sur son influence et son impunité. C’est aussi un symbole de l’occupation. Qui lui a vendu cette maison ?
Pourquoi cette propriété n’a-t-elle jamais été perquisitionnée, alors qu’Azarias Ruberwa est un ancien rebelle soupçonné de travailler pour Kigali ? Comment un pays souverain peut-il tolérer qu’un homme aussi controversé habite littéralement à côté du siège du gouvernement pendant pratiquement trois décennies avec les risques que cela comporte en terme d’espionnage ?
Azarias Ruberwa est un caméléon des rébellions dont le rôle successif dans l’AFDL puis au RCD et aujourd’hui dans le RDF/M23 a toujours été précieux pour Paul Kagame. De 1998 à 2003, il est Secrétaire général du RCD-Goma, bras politique de Kagame en RDC. De 2003 à 2006, il est Vice-président de la RDC en charge de la sécurité et défense, tout en maintenant des liens étroits avec Kigali.
En 2012, il est impliqué dans la création du RDF/M23, nouvelle rébellion tutsie rwandaise soutenue par Kigali qui devait se scinder du CNDP de Laurent Nkundabatware pour garder un bicéphalisme stratégique. Un groupe a officiellement intégré les institutions congolaises par brassage et un autre devait rester en brousse pour continuer à massacrer le peuple Congolais et à repeupler les zones vidées.
Et pourtant, Azarias Ruberwa n’a jamais été jugé, jamais inquiété. Au contraire, il est traité comme une figure politique respectable. C’est l’impunité qui est la maladie congolaise à guérir de toute urgence. Pourquoi et surtout comment ces hommes sont-ils toujours libres ? La réponse est politique et systémique. Il y a clairement une porosité des institutions en RDC.
L’État congolais est infiltré par des réseaux pro-rwandais qui protègent leurs sbires. Il y a ensuite la lâcheté des élites. Personne n’ose s’attaquer à ces hommes, de peur de déclencher des représailles ou de perdre des appuis. Enfin, il y a la complicité internationale. Le Rwanda de Paul Kagame bénéficie de protections diplomatiques qui étouffent toute poursuite contre ses relais en RDC.
Que faire dans ce cas ? Il est temps que la RDC adopte une loi d’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont pris les armes contre l’État. Tous ceux qui ont collaboré avec des puissances étrangères hostiles. Tous ceux qui ont menacé l’intégrité territoriale. Sinon, la RDC continuera à être dirigée par des traîtres institutionnalisés. La RDC doit choisir entre la survie et le suicide. Ailleurs les traîtres connaissent déjà leurs sorts.
Moïse Nyarugabo et Azarias Ruberwa ne sont pas des cas isolés. Ils sont le symptôme d’un État malade, qui récompense la trahison et punit le patriotisme. Jusqu’à quand allons-nous tolérer cela ? Jusqu’à ce que Minembwe est devenue une commune rwandaise ? Jusqu’à ce que Goma soit annexée par Kigali ? Jusqu’à ce que les archives militaires congolaises soient définitivement transférées à Kigali et utilisées contre notre peuple ?
Le traître à la souveraineté nationale nourrit le serpent dans son sein. Il faut qu’il sache qu’un jour, il sera mordu par sa propre ingratitude. Il est temps que la justice congolaise se réveille. Il est temps que le peuple exige des comptes. Il est temps que ces hommes répondent de leurs crimes. Sinon, l’histoire retiendra que la RDC n’a pas été vaincue par des ennemis extérieurs, mais par ses propres fils.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













