L’évêque émérite de Verdun découvre que “raisons de santé” est une expression qui se décline aussi au pluriel, et qui inclut la santé sentimentale. L’Eglise de France est en émoi, et le diocèse de Verdun en proie à une vague de… disons, de curiosité divine. Monseigneur Jean-Paul Gusching, 70 ans, évêque émérite, nous offre une leçon de catéchisme moderne.
La différence entre une démission pour “raisons de santé” et une démission pour “relations avec des femmes” est apparemment une question de sémantique ecclésiastique. Tout a commencé fin septembre, lorsque Mgr Gusching, ordonné évêque en 2014, a plié bagage en invoquant une santé fragile. On imaginait un dos douloureux, peut-être une tension artérielle capricieuse.
La réalité, dévoilée avec le tact et la discrétition qui caractérisent la nonciature apostolique (l’ambassade du Vatican), est d’une nature plus… charnelle. Le mal dont souffrait Monseigneur n’était pas un lumbago, mais ce que l’on pourrait appeler un syndrome de proximité affective non-canonique. La nonciature, jouant les lanceurs d’alerte avec une solennité toute vaticane, a donc alerté le Saint-Siège après avoir reçu des informations.
On ne sait pas qui a fourni ces informations, mais on devine des confessions particulièrement juteuses ou des regards un peu trop insistants lors de la quête. Face à ces accusations, Mgr Gusching n’a pas choisi la langue de bois. Lors d’un entretien, il a qualifié la situation de dégueulasse, un terme que l’on retrouve rarement dans les encycliques papales, mais qui a le mérite de la clarté.
Selon lui, cette cabale serait motivée par de basses jalousies. La question qui brûle toutes les lèvres dans les sacristies de Verdun est donc : jaloux de quoi, exactement ? De sa ferveur spirituelle ? De son excellente recette de blanquette ? Ou d’autre chose, de plus mondain ? Le Vatican, en bon détective céleste, a donc ouvert une enquête canonique préliminaire.
Imaginez le scénario : des enquêteurs en soutane, des preuves recueillies sur des parchemins, des témoins interrogés entre deux Ave Maria. L’enquête est toujours en cours, ce qui laisse un suspense insoutenable à toute la communauté des fidèles. Qui sont ces mystérieuses femmes ? S’agit-il d’une seule dame ou d’un collectif ? Ont-elles perturbé la sérénité du diocèse en apportant des pâtisseries maison à la cure ?
Sur le fond, cette affaire pose une question théologique majeure : un évêque a-t-il le droit d’avoir des relations envers des femmes ? La préposition envers, chère à la nonciature, est d’ailleurs un chef-d’œuvre de flou artistique. S’agit-il de relations de courtoisie, de direction spirituelle un peu trop intense, ou de conversations passionnées sur la qualité du vin de messe ?
En attendant les conclusions de l’enquête, une chose est sûre : Monseigneur Gusching a découvert que dans l’Eglise, le célibat est une vertu cardinale, mais que la jalousie est, hélas, un péché très, très humain. Et que parfois, les raisons de santé peuvent avoir un parfum très terrestre.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













