La séquence, visionnée des centaines de milliers de fois en quelques heures, avait tout du sketch surréaliste si elle n’émanait pas du bureau feutré de la Banque Centrale du Congo. André Wameso, en plein exercice de prospective économique, a proposé un mécanisme de financement inédit pour sortir les Petites et Moyennes Entreprises de l’ornière.
Prélever 50 % des offrandes et dîmes déposées chaque dimanche dans les corbeilles et les comptes des institutions religieuses. En posant cette équation entre le denier du culte et le crédit productif, le gouverneur a tenté de mobiliser une manne financière colossale et informelle pour irriguer l’économie réelle, affirmant que cela contribuerait à “construire l’œuvre de Dieu qu’est la nature humaine”.
Si l’intention affichée de soutenir le tissu entrepreneurial congolais est louable sur le papier, la méthode consistant à faire de la quête dominicale un levier de politique monétaire alternative a immédiatement fait déborder le bénitier des réseaux sociaux. La polémique qui a éclaté en ligne est révélatrice, non pas d’un rejet du financement des PME — unanimement reconnu comme vital —, mais d’un sentiment profond d’iniquité dans la répartition de l’effort national.
“Pourquoi commencer par la pièce de la veuve et non par le salaire du député ?”, ont martelé en chœur des milliers d’internautes, proposant ironiquement de rogner de 50 % les émoluments et les frais de fonctionnement des institutions politiques avant de passer au tamis les troncs des paroisses. Cette réaction épidermique traduit un malaise plus structurel : celui d’une population qui a largement fait de la foi et des communautés religieuses son dernier filet de sécurité sociale et psychologique.
Là où l’État peine à fournir eau, électricité ou sécurité. Toucher au fruit de cette générosité privée pour pallier les carences du système bancaire public et du budget de l’État est perçu par beaucoup moins comme un appel à la solidarité nationale que comme une forme d’aveu d’impuissance déguisé en proposition technique. Au-delà de l’ironie facile et de la viralité de la séquence, cette sortie médiatique a le mérite de remettre au centre des débats la question cruciale de l’intermédiation financière en RDC.
Les PME congolaises suffoquent, asphyxiées par des taux d’intérêt prohibitifs et l’absence de garanties, tandis que des masses monétaires considérables circulent en dehors du circuit bancaire formel. L’idée de Wameso, aussi maladroite et provocatrice soit-elle dans sa formulation publique, pointe du doigt ce gouffre entre l’épargne dormante ou spéculative et les besoins criants du secteur productif.
Mais elle a surtout déclenché une contre-offensive argumentaire salutaire : avant de solliciter la contribution de ceux qui prient, l’urgence ne serait-elle pas de s’assurer que ceux qui gouvernent, légifèrent et administrent acceptent, eux aussi, de passer à la caisse ? Le débat est lancé, et il dépasse désormais largement le simple cadre de l’assiette de la quête du dimanche prochain.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













