Comment la capitale Kényane est devenue le salon VIP où l’on orchestre en toute impunité l’avenir – ou le naufrage – de la RD Congo ? Il faut le reconnaître, Nairobi a du talent. Un talent certain pour l’équilibriste. D’un côté, elle se pare des atours de la médiatrice continentale, la “Silicon Savannah” où l’on discute paix et développement.
De l’autre, elle héberge, avec une complaisance qui frise le génie, tous les architectes du chaos congolais. La ville semble avoir fait sienne cette devise : “Bienvenue à Nairobi, où l’on stabilise les pays… en les déstabilisant.” Pendant que les hôtels cinq étoiles de Gigiri ou de Westlands servent du thé et des petits fours aux diplomates, leurs salles de conférence climatisées abritent des réunions d’un tout autre genre.
Ici, on ne planifie pas des projets de développement, on planifie des insurrections. On ne signe pas des accords de coopération, on scelle des alliances contre un exécutif congolais jugé trop souverain. Nairobi est devenue la plaque tournante où les dissidents, les groupes de pression et leurs parrains régionaux viennent faire leurs courses en toute quiétude. Tout, absolument tout ce qui se trame contre Kinshasa, semble devoir passer par un carrefour nairobien.
Comme si l’efficacité d’une conspiration était proportionnelle à la quantité de café kenyan consommée par ses participants. Les mêmes hommes et femmes qui, à Kinshasa, sont des faiseurs de troubles, deviennent soudainement, à Nairobi, des “acteurs politiques” légitimes, écoutés avec une bienveillance inquiétante. La stratégie est diaboliquement simple mais d’une monstruosité redoutable.
Sous le couvert de “dialogues ou de médiations”, on offre une tribune et une légitimité à ceux dont le seul projet est la délégitimation de l’État congolais. On normalise l’insurrection, on glamourise la rébellion, on transforme des projets de déstabilisation en “initiatives politiques”. C’est un coup de maître : vider la souveraineté congolaise de sa substance depuis des salles de réunion aseptisées, loin du bruit et de la fureur de l’Est du Congo.
Où sont donc les principes panafricains ? Où est la solidarité entre voisins ? Ils semblent avoir été jetés aux ordures, remplacés par un réalpolitik cynique qui consiste à s’enrichir et à consolider son influence sur le dos d’un pays martyr. Le Kenya, qui a lui-même connu les affres de violences post-électorales, pourrait-il ignorer le prix de la paix ? Non. Il choisit simplement de monnayer celle des autres.
Le silence complice – ou pire, l’accompagnement actif – des autorités kényanes face à ces agissements est une tache sur la réputation du pays. Nairobi n’est plus la capitale de la paix ; elle se révèle être la capitale du double jeu, le QG de l’hypocrisie diplomatique où l’on tisse la toile de l’instabilité régionale.
Il est temps que la communauté internationale, si prompte à donner des leçons, pose son regard non plus seulement sur les symptômes à l’Est du Congo, mais sur la source du mal : ces réunions de couloir, ces financements opaques et ces stratégies élaborées dans le confort feutré de Nairobi. La RDC mérite mieux que d’être le jouet d’intérêts étrangers orchestrés depuis un pays frère. Le Congo regarde, et l’Histoire retiendra.
Elle retiendra que Nairobi, un temps, a choisi d’être la capitale de l’instabilité, préférant le rôle d’éminence grise à celui de véritable partenaire pour la paix. Le silence n’est plus une option. Il est temps de dénoncer Nairobi, non pas en tant qu’ennemi, mais en tant que complice actif d’un système qui sape la stabilité de toute une région pour des intérêts étroits. La paix au Congo ne se construira pas dans les salons feutrés de Nairobi, mais dans la reconnaissance de sa souveraineté, partout et tout le temps.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













