Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances de la RD Congo, se présente aujourd’hui comme un lanceur d’alerte, dénonçant l’« indiscipline budgétaire » et l’« explosion des dépenses » sous le premier mandat du président Félix Tshisekedi. Pourtant, cet homme, qui a piloté les finances publiques entre 2021 et 2024, est lui-même le symbole d’une gestion chaotique.
Il a laissé à la république un héritage de gabegie et d’incohérence, marqué par des projets pharaoniques inachevés, des dépenses opaques et une absence totale de redevabilité. Parmi ses « réalisations », le Centre financier de Kinshasa, un monument à la vanité qui se distingue comme une métaphore parfaite de l’incompétence. L’indiscipline budgétaire est une spécialité “Kazadi”.
Le centre financier, censé incarner le « soft power » congolais, comprend une fontaine monumentale… sans eau, dont le coût avoisinerait les 9 millions de dollars. Une dépense grotesque dans un pays où des millions de Congolais n’ont pas accès à l’eau potable . Kazadi se défend en arguant que le prix au mètre carré (1.800 USD) était « compétitif » comparé à d’autres projets africains.
Mais à quoi bon un prix « imbattable » si le résultat final est un bâtiment inachevé et une fontaine sèche ? Pire, ce projet a été entaché de polémiques. L’Inspection générale des Finances (IGF) a accusé le constructeur turc Milvest de ne pas avoir préfinancé les travaux comme prévu, forçant l’État à payer au fur et à mesure. Nicolas Kazadi clame son innocence, mais le fait demeure.
Le Centre financier, inauguré à la hâte en décembre 2023 en pleine campagne électorale, reste un symbole de précipitation et de mauvaise gestion. Ironie suprême, Nicolas Kazadi dénonce aujourd’hui la création de 53 établissements publics sans prévision budgétaire sous Félix Tshisekedi. Mais qui était aux commandes des Finances pendant cette période ? Lui-même.
Il a supervisé un budget passant de 4 à 16 milliards de dollars, tout en laissant les dépenses du Parlement exploser de 5 à 45 milliards de francs congolais par mois entre 2017 et 2023. Son discours moralisateur sonne creux quand on sait qu’il a signé des contrats opaques, comme celui de la Kinshasa Arena, où une surfacturation de 50 millions de dollars a été évitée in extremis grâce à une erreur de contrat.
Si Nicolas Kazadi s’enorgueillit d’avoir « sauvé » cet argent, cela révèle surtout un système où la corruption est systémique et où les velléités de transparence sont des exceptions, pas la norme. Nicolas Kazadi est-il un homme d’État comme il le clame ? Non, il est plus un homme de l’ombre. Nicolas Kazadi aime se présenter comme un technocrate intègre, victime de complots politiques. Pourtant, son bilan est éloquent :
- Projets inutiles (Centre financier, Arena) plutôt que des infrastructures de base.
- Gestion hasardeuse des fonds publics, comme les 71,8 millions de dollars versés pour des stations d’eau dont seulement 241 ont été livrées.
- Accusations récurrentes de détournement, même s’il a été mis hors de cause dans certaines affaires.
Ses attaques contre l’IGF et Jules Alingete, qu’il accuse de vouloir sa place, ressemblent à une diversion pour masquer ses propres échecs et son immobilisme en costume-cravate. Il incarne parfaitement l’immobilisme congolais : il dénonce les problèmes qu’il a contribué à créer, se pose en victime alors qu’il a été au cœur du système, et laisse derrière lui des projets inutiles et coûteux. Son héritage ?
Une fontaine sans eau, une Arena sous tension financière, et un pays toujours englué dans la gabegie. La RDC mérite mieux qu’un homme qui, après avoir échoué, se contente de pointer du doigt sans jamais assumer ses responsabilités.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












