À l’approche des fêtes de fin d’année, la République Démocratique du Congo s’apprête à vivre une célébration qui ressemble davantage à un deuil qu’à une réjouissance. Rarement, en effet, la veille de Noël n’aura été aussi morose, aussi silencieuse, comme si la joie avait pris la poudre d’escampette, laissant derrière elle un paysage désolé et désenchanté.
Dans les rues de la capitale comme à l’intérieur du pays, les visages sont marqués par la lassitude et le désespoir. Les lumières scintillantes, autrefois symbole d’espoir, semblent aujourd’hui se moquer de l’obscurité qui règne dans le cœur de la population. Les parents, avec toute la bonne volonté du monde, peinent à offrir un semblant de magie à leurs enfants.
Comment rendre le sourire sur des visages fatigués par des mois de lutte et de privation ? Les jouets sont remplacés par des rêves brisés, et les rires d’enfants se sont mués en soupirs résignés. Les femmes et les hommes de ce pays, souvent réduits à l’état de chiffres dans un budget déséquilibré, se battent pour joindre les deux bouts.
Les salaires modestes, souvent tardifs, ne permettent même pas d’envisager les frivolités d’une fête. Au lieu de la gaîté des retrouvailles familiales, c’est un sentiment d’inadéquation qui s’installe, comme une chape de plomb sur les esprits. Cette déception, cette amertume, ne sont pas seulement le reflet d’une crise économique.
Elles racontent une histoire plus profonde, celle d’un peuple qui aspire à la dignité, à une vie meilleure, à des fêtes qui ne seraient pas synonymes de souffrance et de sacrifice. Noël, qui devrait être une célébration de l’amour et de la générosité, devient alors un rappel cruel des manques et des inégalités qui gangrènent la société.
Alors que le monde s’illumine de fête, la RDC semble se draper dans un manteau de deuil. Les chants de Noël résonnent comme des échos lointains d’un bonheur inaccessible. Et si, cette année, au lieu de feindre la joie, nous osions regarder la réalité en face ? Peut-être est-il temps de transformer ces larmes en cris de révolte, de faire de cette désolation un appel à l’action.
Noël 2024 pourrait bien être le symbole d’un changement nécessaire, d’une prise de conscience collective. Car au-delà des guirlandes et des chants, c’est l’humanité qui doit primer. Éveillons-nous, pour que ces fêtes ne soient plus jamais synonymes de deuil, mais bien d’espoir et de renouveau.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













