Alors que la RD Congo est engluée dans une crise économique profonde, aggravée par une gestion désastreuse des entreprises publiques, un scandale financier impliquant l’Office National des Transports (ONATRA) et la banque EquityBCDC jette une lumière crue sur les mécanismes de pillage des deniers publics.
Selon des sources internes et des documents confidentiels, un transfert suspect de 1.999.947,40 USD aurait été effectué par EquityBCDC au profit de la société IMD SARL, une entité aux activités opaques et aux liens troubles avec des responsables publics. Ce montant, étrangement proche du seuil de 2 millions USD nécessitant souvent des validations supplémentaires, soulève des questions brûlantes sur la complicité des institutions financières.
Il y a clairement effritement de l’éthique dans la gestion des fonds d’État. L’ONATRA (désormais SCTP – Société Commerciale des Transports et des Ports) fut jadis la colonne vertébrale des transports en RDC, gérant ports, chemins de fer et barges fluviales. Créée à l’époque coloniale belge, elle était un moteur économique majeur. Aujourd’hui, elle est symbole de dilapidation :
dettes bloquées par le Ministère des Finances, matériel obsolète, et incapacité à concurrencer le secteur privé. Armand Osasse, président de l’Intersyndicale de l’ONATRA, alerte sur la “privatisation sauvage” et la “quasi-cessation” des activités, exacerbées par des années de mauvaise gouvernance. L’ONATRA dispose d’un Département d’Audit Interne théoriquement chargé du contrôle financier.
Mais dans les faits, la multiplicité des départements (11 au total) et l’ingérence politique facilitent les contournements des procédures. Le Ministère des Finances et le Ministère du Portefeuille supervisent conjointement l’entreprise, créant une opacité bureaucratique idéale pour les détournements. EquityBCDC, filiale congolaise du groupe kényan Equity Group Holdings, est la deuxième plus grande banque de RDC, avec un bilan de 2,5 milliards USD et un réseau de 74 agences.
Elle se présente comme un acteur “champion de la prospérité socio-économique”. Pourtant, son implication présumée dans le transfert frauduleux vers IMD SARL révèle une face cachée. Un virement de près de 2 millions USD vers une SARL sans vérification approfondie de la légitimité de la transaction est inexplicable. Les normes bancaires internationales exigent une vigilance accrue pour les transactions dépassant certains seuils.
EquityBCDC a récemment annoncé un prêt syndiqué de 282 millions USD pour refinancer des dettes pétrolières de l’État, montrant son accès à des flux financiers publics sensibles. Cela soulève des questions sur d’éventuels autres transferts douteux. La banque entretient des relations étroites avec le pouvoir : signature de protocoles avec des provinces, nomination d’Ignace Mabanza Meti (figure influente) à la tête de son Conseil d’Administration. Ces liens pourraient expliquer une certaine immunité dans le traitement des comptes publics.
Internationale Marketing and Distributing – IMD qui a pour gérant Cyril-Victor Bolodjwa Eale W’amenge serait le partenaire de l’ONATRA et préfinancerait la réhabilitation des quais 1 et 2 à Matadi. Le montant de 1.999.947,40 USD est trop précis pour être anodin. Il évite délibérément le seuil symbolique de 2 millions USD, qui aurait pu déclencher des contrôles supplémentaires ou attirer l’attention des autorités de régulation. Cette pratique est classique dans les fraudes auditives pour “rester sous les radars”.
Le transfert pourrait correspondre à une fausse facturation pour des “services conseils” ou de “maintenance” jamais rendus. L’ONATRA, avec ses nombreux départements techniques et logistiques, est vulnérable à ce type de fraude. Sans accord de responsables internes, un virement de cette ampleur est impossible. Le Département Financier de l’ONATRA et peut-être des membres du Comité de Direction sont probablement impliqués.
EquityBCDC aurait pu ignorer délibérément les signaux d’alerte. Les fonds transferts à IMD SARL ont ensuite pu être retirés en cash et disparaître, transférés vers des paradis fiscaux ou réinjectés dans l’économie via des investissements opaques. L’ONATRA, déjà en crise, est privée de ressources cruciales. Cela aggrave l’état des ports de Matadi, Boma et Kinshasa. La maintenance des barges sur le fleuve Congo, pourtant vital pour l’économie.
Alors que la pauvreté atteint des niveaux insupportables en RDC, des élites politiques et financières s’enrichissent via des détournements. EquityBCDC vante ses prêts éducatifs (« Crédit Kelasi Plus ») mais participe peut-être au pillage des fonds qui pourraient financer des hôpitaux ou des écoles. Ce scandale n’est pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une culture de la prédation économique qui mine la RDC.
Pour y répondre, il faut un audit indépendant immédiat de l’ONATRA et d’EquityBCDC, avec publication intégrale des résultats et une enquête judiciaire sur IMD SARL, ses dirigeants et ses bénéficiaires effectifs. Il faut des sanctions internationales contre les individus et entités impliqués, via le gel d’avoirs et l’interdiction de visa. La population congolaise mérite mieux que des promesses et des scandales. Elle exige la fin de l’impunité financière.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













