Depuis son investiture en septembre 2024, Jean Bakomito Gambu, a multiplié les annonces tonitruantes, les plans quinquennaux ambitieux et les promesses de modernisation. Pourtant, sur le terrain, l’absence criante de réalisations concrètes financées par le budget provincial révèle une administration plus encline à se reposer sur Kinshasa et les partenaires privés qu’à assumer ses responsabilités.
Où sont donc les projets structurants du Haut-Uélé ? Dans les discours ou dans les tiroirs ? Ce qui étonne, ce sont des projets phares financés par d’autres. L’asphaltage d’Isiro, c’est un embellissement aux frais de l’État central. En novembre 2024, le gouverneur Bakomito a lancé en grande pompe l’asphaltage de 43 kilomètres de voiries urbaines à Isiro. Une opération présentée comme une révolution pour la province.
Sauf que, dans les faits, seuls 10 kilomètres sont financés par la province, tandis que les 33 autres dépendent entièrement du Budget Consolidé des Charges Communes (BCeCo) du gouvernement central. Pire, ce projet s’inscrit dans un plan national d’asphaltage des chefs-lieux provinciaux, initié par Kinshasa. Le gouvernement provincial n’a donc fait que suivre un agenda déjà tracé, sans réelle initiative locale.
Les deux ponts les plus critiques de la province – Bomokandi et Kibali – sont financés soit par le FONER (Fonds National d’Entretien Routier), soit par Kibali Gold Mines, via les redevances minières. Le gouvernement provincial n’y contribue en rien, alors que ces infrastructures sont vitales pour l’économie locale. Donc des routes et ponts stratégiques ne portent aucune empreinte provinciale.
Même constat pour la route Dungu-Isiro, réhabilitée par l’entreprise KENDA sous financement national. Le Haut-Uélé, riche en minerais et en terres agricoles, ne semble même pas capable d’investir dans ses propres axes commerciaux. En novembre 2024, le gouvernement Bakomito a déposé un budget provincial de 192 millions de dollars, vanté comme un levier pour “améliorer les conditions de vie des populations”.
Pourtant, six mois plus tard, aucun projet d’envergure financé par ce budget n’est visible. À titre de comparaison, la province tire 60 % de ses recettes des taxes de Kibali Gold . Avec de telles rentrées, comment expliquer l’absence de projets autonomes ? Face à l’épidémie de variole simienne (Mpox), le gouvernement provincial a débloqué 21.500 $, une goutte d’eau dans un océan de besoins.
Une somme dérisoire, alors que la maladie touche plusieurs zones de santé depuis 2024. Pourquoi un si faible engagement, alors que les infrastructures sanitaires de la province sont vétustes ? Pendant que le gouvernement provincial applaudit les projets financés par d’autres, des infrastructures essentielles s’effondrent le pont Zoro, entre Faradje et Watsa, menace de s’écrouler.
Le pont sur la rivière Uele à Niangara devient impraticable en saison des pluies. Les axes secondaires, comme Neisu, sont laissés à l’abandon, bloquant l’accès aux marchés et aux soins. Aucun plan provincial sérieux ne semble exister pour ces ouvrages pourtant cruciaux pour le désenclavement des territoires ruraux. En avril 2025, Bakomito a lancé la réhabilitation de la voirie urbaine de Niangara, présentée comme une “priorité”.
Sauf que ce projet, bien que financé à 100 % par la province, reste anecdotique face aux besoins globaux en infrastructures routières. Jean Bakomito Gambu, ancien parlementaire, semble davantage jouer le rôle d’un intermédiaire entre Kinshasa et le Haut-Uélé que celui d’un véritable chef de l’exécutif provincial. C’est un lobbyiste qu’un acteur de développement. Le PNUD vient en renfort faute de capacité locale.
Son programme quinquennal, bien que présenté comme ambitieux, repose largement sur des financements extérieurs et des promesses non concrétisées. Le gouvernement provincial compte même sur le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour combler ses carences en planification territoriale. Didier Meduama Yolo, ministre provincial en charge de l’Éducation nationale, Nouvelle citoyenneté, Formation professionnelle, Plan, Portefeuilles et Investissements.
Il a admis que la province ne pouvait mobiliser que 13 % des 3 milliards de dollars nécessaires à son développement. Une incapacité financière qui masque surtout un manque de vision. Le constat est accablant : le gouvernement provincial du Haut-Uele est un fantôme. Il existe dans les communiqués, les cérémonies de lancement et les budgets votés, mais pas sur le terrain.
Où sont les projets routiers financés par la province ? Où sont les hôpitaux modernes, les écoles rénovées, les ponts sécurisés ? Pourquoi les recettes minières ne se transforment-elles pas en infrastructures durables ? Il est temps que Jean Bakomito et son équipe passent des discours aux actes. Le Haut-Uele n’a pas besoin d’un gouvernement qui se contente de relayer les projets de Kinshasa ou des multinationales.
Il a besoin d’un exécutif audacieux, transparent et capable de prioriser ses propres chantiers. Moins de com, plus de concret. Moins de dépendance, plus d’autonomie. Moins de thuriféraires, plus de bosseurs. Le développement ne se mesure pas aux annonces, mais aux réalisations. Et pour l’instant, le bilan est désespérément vide. Jean Bakomito Gambu, lui, continue à brasser du vent pendant que la population désespère.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













