Alors que la RDC vient d’officialiser sa candidature au poste de Secrétaire général de la Francophonie, une information fait tache : le responsable local de l’organisation, Isidore Kwandja, aurait soudainement réglé une vieille facture de plus de deux ans due à l’artiste Ferre Gola. Une régularisation opportune, au moment où le pays a besoin de relais médiatiques et populaires pour porter sa candidature.
Pendant ce temps, des milliers d’autres prestataires congolais continuent d’attendre leur dû. Le timing est pour le moins révélateur. Alors que la machine diplomatique congolaise s’active pour la candidature au Secrétariat général, Isidore Kwandja, responsable des activités de la Francophonie à Kinshasa qui ont coûté 324 millions de dollars, a personnellement supervisé le règlement, après plus de deux ans d’attente, de la facture du musicien star Ferre Gola.
Une dette miraculeusement effacée, tandis que des centaines d’autres créanciers, petits prestataires et entrepreneurs, restent ignorés. Cette opération ciblée pose une question gênante : s’agit-il d’une gestion normale ou du début d’une campagne de séduction ? En priorisant le paiement d’une personnalité aussi influente, Monsieur Isidore Kwandja, dont le nom est associé à l’équipe candidate, s’assurerait-il un soutien médiatique crucial ?
Le calcul serait politiquement astucieux, mais moralement discutable, transformant une dette professionnelle en instrument de propagande. Le contraste est saisissant. En coulisses, des listes interminables de prestataires – graphistes, traiteurs, chauffeurs – attendent toujours leur dû pour des services rendus parfois depuis 2022. Leurs dossiers, contrairement à celui de l’artiste, dorment. Cette sélectivité envoie un message dangereux : l’utilité politique primerait sur le droit à être payé pour son travail.
Si cette pratique était avérée, elle jetterait une ombre sérieuse sur les méthodes de ceux censés incarner les valeurs de solidarité et d’équité de la Francophonie. L’argument des lentes procédures administratives peine à convaincre face à un déblocage aussi opportun et sélectif. Alors que la RDC aspire à diriger la Francophonie au nom du partage et du respect, elle se doit d’exemplarité.
La première des solidarités ne commence-t-elle pas par honorer ses engagements envers tous ses citoyens, et pas seulement envers les plus médiatiques ? L’affaire, au-delà de l’anecdote, pose une question : la course au prestige international justifie-t-elle de sacrifier les principes de justice et d’égalité de traitement à la maison ? À Kinshasa, la réponse semble, pour le moment, monnayable au gré des ambitions.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Cknsultant senior cabinet CICPAR













