
Alors que le football congolais patauge dans une crise structurelle bien connue, la signature de partenariats avec des géants européens comme Monaco (4,8 millions d’euros pour 3 saisons), Milan AC (14 millions d’euros par saison pour 3 saisons) et le FC Barcelone (43 millions d’euros jusqu’en 2029) fait grand bruit.
Ces contrats, qui coûteront près de 26 millions d’euros par an à la RDC, suscitent interrogations, critiques et inquiétudes. Et parmi les voix les plus alarmistes figure celle du journaliste d’investigation Romain Molina, réputé pour ses enquêtes tranchantes sur les coulisses du football africain.
Dans une vidéo virale diffusée sur les réseaux sociaux, Molina qualifie ces accords de “scandale financier”, évoquant une dilapidation pure et simple des deniers publics. Selon lui, la “visibilité” promise par ces partenariats n’implique même pas l’équipe première des clubs signés : pas de logo sur les maillots, ni de retombées concrètes visibles. Pendant ce temps, le football local reste en grande souffrance.
Une situation locale chaotique
Les exemples ne manquent pas : les Léopards dames, en route pour la CAN, manquent cruellement de moyens ; la Linafoot peine à boucler un championnat régulier — entre reports de matchs, déplacements non assurés, salaires d’arbitres impayés et primes de victoire dérisoires. Dans ce contexte, Molina s’interroge :
“Les signataires de ces contrats défendent-ils les intérêts du peuple ou les leurs ?”
Un modèle de financement simple mais efficace
Prenons l’idée du président du FC Les Aigles du Congo, qui rêve d’un championnat national digne de ce nom, composé de 20 équipes professionnelles. Dans sa proposition, chaque club s’acquitterait d’un droit de participation non remboursable de 50.000 USD, réparti ainsi :
• 20 % pour le paiement des arbitres
• 45 % pour la prime du champion
• 20 % pour le vice-champion
• 15 % pour le troisième
Si ce modèle était appliqué à 20 clubs, cela générerait 1 million USD, avec une répartition logique et motivante :
• 200.000 USD pour les arbitres
• 450.000 USD pour le champion
• 200.000 USD pour le vice-champion
• 150.000 USD pour la troisième place
Un budget accessible et structurant, à comparer aux 25 millions USD que l’État prévoit de verser chaque année pour ces partenariats aux retombées floues.
Le ministère rassure, mais…
Dans un communiqué officiel, le ministre des Sports Didier Budimbu a tenu à rassurer l’opinion. Il réaffirme la volonté du gouvernement de faire de la RDC une “nation sportive de référence”, misant sur le sport comme levier de développement, d’insertion et de valorisation de la jeunesse.
Par ailleurs, le ministère annonce la création prochaine de plusieurs structures : le Fonds de Promotion des Sports, la Régie des Infrastructures Sportives, ainsi que l’Académie nationale des Sports. Des initiatives saluées sur le papier, censées professionnaliser le secteur et assurer une gestion transparente.
Il précise également que toutes les allocations financières liées à ces projets sont soumises à l’approbation du Conseil des ministres, dans une logique de “bonne gouvernance”.
Et maintenant ?
Alors que le Parlement est en vacances, beaucoup espèrent que les élus reviendront avec la volonté de demander des comptes clairs sur ces partenariats. Car si la RDC ambitionne un rayonnement sportif à l’échelle mondiale, elle ne peut ignorer les maux qui rongent son football local.
JM Mawete













