Le gouvernement congolais a lancé en grande pompe le nouveau passeport biométrique, présenté comme une révolution administrative censée simplifier les démarches et sécuriser les documents d’identité. Pourtant, derrière les discours lénifiants sur la “modernisation” et la “numérisation”, se cache une réalité bien plus sombre.
Cette réforme ambitieuse est menée dans une réalité bureaucratique cauchemardesque avec une procédure absurde, dysfonctionnelle et humiliante, où les citoyens sont pris en otage par une administration aussi incompétente que méprisante. Examinons pas à pas cette parodie de modernité, où chaque étape est un combat, chaque formulaire un piège, et chaque agent un obstacle.
L’obtention du e-NIF est le premier cercle de l’enfer bureaucratique. Le POSTNOM, cette invention absurde et tyrannique n’est pas optionnelle. La première étape pour obtenir un passeport congolais est d’acquérir un Numéro d’Identification Fiscale (NIF) via le site e-NIF CONNEXION. Mais voilà : le formulaire impose l’obligation de renseigner un POSTNOM, comme si chaque Congolais en possédait un.
Problème n°1 : Pourquoi cette obligation ? Aucune loi congolaise n’impose un postnom. Pourtant, le système ne permet pas de passer à l’étape suivante sans en remplir un. Solution de contournement : Certains, désespérés, inscrivent “N/P” (Non-Précisé) ou “N/A” (Non Applicable). Mais cette astuce, loin de résoudre le problème, prépare un piège bien plus grand.
Une fois le NIF obtenu (tant bien que mal), le demandeur doit s’inscrire sur www.passeport.gouv.cd pour entamer la procédure de demande de passeport. Problème n°2 : Sur ce site, le POSTNOM est facultatif (contradiction totale avec le e-NIF). Problème n°3 : Lorsque les deux bases de données sont croisées, le système rejette automatiquement la demande si les informations ne correspondent pas à la lettre près.
Résultat ? Un message laconique et insultant : “Malheureusement une erreur est survenue lors du traitement. Les données que vous venez de saisir ne correspondent pas strictement à celles renseignées lors de votre demande de NIF.” Et la seule solution proposée ? Contacter la DGI pour “faire corriger” les données. Cela peut paraître normal à première vue mais que non.
Le croisement des données doit donner obligatoirement une option pour rectifier directement une anomalie. L’informatique ne peut pas servir à punir mais à faciliter. C’est là que la DGI, cette grande régie financière, nous produit le service client inexistant d’une administration fantôme. Des numéros qui ne répondent pas, des gens qui se moquent de ceux qui viennent vers eux pour trouver des solutions.
Le message d’erreur fournit deux numéros de téléphone : +243 850 396 630 et +243 996 080 775. Ces numéros, bien que disponibles sur WhatsApp, ne répondent que lorsqu’ils le veulent . Et quand, par miracle, un agent daigne répondre, les réponses sont laconiques, méprisantes et inutiles : “Ce n’est pas à mon niveau.”, “Remplissez le formulaire sur www.dgi.gouv.cd.” Sauf que…
Le formulaire de contact est tout simplement une impasse numérique. Le site de la DGI propose bien une page de contact, mais celle-ci est défectueuse : impossible d’envoyer le formulaire une fois rempli. En désespoir de cause, certains tentent l’e-mail : info@dgi.gouv.cd . Il n’y a pas de réponse tandis que le numéro 081 55 55 730 vous sert une indifférence totale. En conclusion, vous êtes coincé.
Votre demande est bloquée et personne ne vous aidera. C’est l’hypocrisie d’une modernisation factice. La ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner vante une “simplification historique” et une “dématérialisation efficace”. Mais dans les faits : le système est conçu pour échouer. Pourquoi imposer un POSTNOM sur le NIF s’il n’est pas obligatoire sur le passeport ? Il n’existe aucune assistance réelle.
Les numéros d’aide sont décoratifs, les agents incompétents ou absents. C’est clairement une logique punitive. Au lieu de faciliter la vie des citoyens, l’administration multiplie les obstacles. Lorsqu’on tente une comparaison avec d’autres pays, l’on se rend compte que la RDC est toujours à la traîne. Au Sénégal, l’obtention du passeport biométrique prend 72h avec un processus entièrement digitalisé.
En RDC, même après avoir payé 75 USD, vous pouvez rester bloqué indéfiniment à cause d’un POSTNOM fantôme et une administration qui méprise son peuple. Le nouveau passeport biométrique congolais aurait pu être une avancée. Il n’est qu’un écran de fumée, cachant la même incurie bureaucratique, la même arrogance administrative, et le même mépris des citoyens.
Pourquoi imposer des champs inutiles ? Pourquoi ne pas synchroniser les bases de données ? Pourquoi rendre les corrections impossibles ? La réponse est simple : parce que l’État congolais ne sert pas les Congolais. Il les humilie, les décourage, et les fait payer pour le privilège d’être ignorés. Thérèse Kayikwamba Wagner peut bien se pavaner avec ses discours sur la “modernisation”.
Tant que les Congolais devront supplier pour un simple passeport, tant que les services publics resteront hostiles et dysfonctionnels, cette prétendue réforme ne sera qu’une mascarade de plus. Et pendant ce temps, des milliers de compatriotes, bloqués par un POSTNOM imaginaire, continueront d’attendre. Indéfiniment. Une administration modernisée est comme un miroir. Elle reflète les progrès, mais ne cache jamais ses failles.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













