La bureaucratie congolaise sous la Ministre d’État aux Affaires étrangères et à la coopération internationale Thérèse Kayikwamba Wagner devient une arme de destruction massive de rêves et de vies. C’est un chef-d’œuvre de cruauté administrative. Une machinerie si parfaitement huilée dans son inhumanité qu’on en viendrait presque à admirer le génie diabolique de ses concepteurs.
La nouvelle procédure d’obtention du passeport congolais n’est plus une simple réforme – c’est une expérience sociologique sur la résistance humaine à la bêtise institutionnalisée. Imaginez : vous êtes Congolais, votre sang est congolais, votre cœur bat au rythme du Congo, mais pour prouver que vous existez, il faut un numéro. Un e-NIF ou NIF (Numéro d’Identification Fiscal).
Ce chiffre magique qui, dans un pays où près de 80% de l’économie est informelle, devient le premier filtre pour éliminer les “indésirables”. La diaspora ? Ces traîtres qui osent vivre à l’étranger ? Qu’ils inventent une adresse en RD Congo pour l’obtenir. Le système informatique de la DGI est conçu pour ne reconnaître que les adresses se trouvant sur le territoire national omettant cyniquement tous ceux qui vivent à l’étranger.
Peu importe si cette adresse est un terrain vague ou la case d’un parent disparu depuis la dernière guerre. L’important est de participer à cette mascarade, ce mensonge d’État érigé en procédure officielle. Passez la première épreuve, et vous entrez dans le ventre mou de la bête : le site passeport.gouv.cd. Ce chef-d’œuvre de programmation fantomatique où les demandes entrent mais ne ressortent jamais.
Vous croyez avoir réussi ? Ce QR code promis et une référence pour payer le prix du passeport dans votre email est le mirage moderne qui maintient des milliers de Congolais en apesanteur administrative. Pendant ce temps, à l’étranger, la réalité frappe comme un coup de machette. Un étudiant Congolais voit son visa expirer et son inscription annuler parce que son passeport est “en traitement” depuis plus de six mois.
Une mère de famille perd son travail parce que sans papiers (la carte de séjour n’a pu être renouvelée sans passeport valide), elle ne peut plus se déplacer. Un malade ne peut renouveler sa couverture sociale parce que son passeport est périmé. L’actuelle ministre d’État en charge des Affaires étrangères a vécu à l’étranger, dit-on. Elle connaît donc l’importance vitale des documents administratifs et donc du passeport pour un voyage.
C’est précisément ce qui rend la situation si amère, si profondément traîtresse. Ce n’est plus de l’incompétence, c’est du mépris calculé. C’est regarder un homme se noyer en souriant, tout en lui expliquant les bienfaits de l’oxygène. Les ambassades de la RD Congo au monde sont devenues des antichambres de désespoir. Des lieux où des compatriotes viennent supplier pour ce qui devrait être un droit élémentaire.
On leur répond par des sourires vides et des “le système est en panne”. Toujours en panne. Nous ne pouvons à notre niveau rien faire. Étrange, cette panne qui dure depuis des semestres et qui ne semble déranger personne au sommet. Les dégâts collatéraux sont une hécatombe silencieuse. Derrière chaque dossier bloqué, il y a une famille qui ne reçoit plus d’argent de la diaspora, un étudiant qui rate son année académique. Un entrepreneur qui perd son affaire et un malade qui ne peut se faire soigner.
Ce ne sont plus des retards administratifs, ce sont des vies brisées. Des destins sacrifiés sur l’autel de l’incompétence et de l’indifférence. Pendant qu’on nous parle de souveraineté et de fierté nationale, des milliers de Congolais sont traités comme des sous-citoyens par leur propre administration. Le passeport, ce document qui devrait être un symbole de fierté, est devenu le stigmate de notre impuissance collective.
La vérité est amère : un État qui ne peut pas fournir un simple passeport à ses citoyens dans des délais raisonnables est un État qui a renoncé à sa raison d’être. Nous sommes devenus les réfugiés administratifs de notre propre pays, condamnés à errer dans les limbes bureaucratiques pendant que ceux qui nous gouvernent semblent se complaire dans ce chaos. Quelle fierté peut-on encore avoir quand le simple fait de renouveler son passeport devient un parcours du combattant qui dure des mois ?
Quand des vies sont mises en pause, des carrières détruites, des familles séparées à cause de l’incurie d’un système ? Le message est clair : aux yeux de cette administration, le citoyen n’est qu’un numéro, une nuisance, un problème à ignorer. Et chaque jour qui passe sans solution est une gifle de plus au visage de ceux qui croient encore en un Congo capable de respecter ses enfants.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













