À Xi’an, là où les anciennes routes de la soie traçaient les chemins du commerce, un nouveau récit se tisse. Ce jeudi 6 novembre 2025, ce n’est pas de la soie dont il fut question, mais des flux de l’information, cette matière première du pouvoir au XXIᵉ siècle. Et sur cette scène, la voix de Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et des Médias de la RD Congo, a résonné avec une clarté et une fermeté qui devraient marquer un tournant.
L’inauguration du “Global South Media Partners Mechanism” en Chine n’était pas qu’une simple conférence diplomatique de plus. C’était un acte politique, une déclaration d’intention. Et dans ce théâtre, le ministre de la Communication et Médias, Porte-parole du Gouvernement Patrick Muyaya n’a pas joué le rôle du figurant reconnaissant. Il s’est présenté en architecte d’un nouvel ordre médiatique.
Le discours était iconoclaste dans son essence même. Il a balayé d’une phrase des décennies de frustration post-coloniale : “Le Sud Global ne peut plus se contenter d’être spectateur du récit mondial. Il doit en devenir acteur.” Il a ainsi mis fin à la passivité narrative. Cette affirmation n’est pas qu’une velléité ; c’est un programme. Patrick Muyaya n’est pas venu à Xi’an pour quémander une place à la table des médias dominants.
Il est venu annoncer que le Sud se construisait sa propre table, avec ses règles, sa nourriture intellectuelle et sa parole souveraine. L’initiative chinoise, louée pour son opportunité, est habilement présentée non comme une aumône, mais comme un levier. Le ministre congolais en esquisse les contours avec une précision d’horloger : échanges de journalistes, formations croisées, coproductions.
Mais il y ajoute le garde-fou indispensable : la réciprocité, la transparence et le respect des identités culturelles. Un triptyque qui sonne comme un avertissement poli contre tout nouvel impérialisme narratif, fût-il venu d’un partenaire stratégique. C’est la posture d’un homme d’État qui coopère sans se soumettre, qui dialogue sans se dissoudre. L’éloge devient alors mérité quand il ancre son plaidoyer dans la réalité tangible des réformes congolaises.
Depuis 2021, sous l’impulsion du Président Félix Tshisekedi, la RDC n’a pas seulement parlé de souveraineté médiatique ; elle l’a construite. Modernisation de la communication publique, professionnalisation des journalistes, lutte contre la désinformation : le pays s’est érigé en laboratoire d’un écosystème médiatique “crédible, éthique et résilient”. En citant ces avancées, le ministre ne fait pas de la com’.
Il brandit un CV. Il dit à la Chine et au monde : “Nous ne venons pas les mains vides. Nous venons avec une expérience, une ambition et une capacité d’action.” La RDC n’est plus le malade de l’Afrique, mais un partenaire qui a entrepris sa propre thérapie et qui a des leçons à partager. C’est une rupture radicale avec l’image d’épave habituellement véhiculée. Kinshasa, futur hub francophone est la proposition qui change la donne.
Et le moment le plus percutant du discours de Patrick Muyaya Katembwe fut sans conteste son plaidoyer pour une rédaction francophone de CGTN basée à Kinshasa. Alors que la Chine étend son influence médiatique via sa plateforme anglophone de Nairobi, le ministre congolais lui tend un miroir et une carte. Il pointe une lacune stratégique et propose une solution gagnant-gagnant.
“Valoriser davantage les perspectives locales” depuis Kinshasa, c’est bien plus qu’une demande. C’est une vision géopolitique. C’est affirmer que le cœur francophone de l’Afrique a besoin de sa propre voix, et que la RDC en est la pierre angulaire naturelle. Cette proposition place la RDC non pas en suppliant, mais en pivot essentiel de l’expansion médiatique chinoise en Afrique. C’est du soft power à l’état pur.
Patrick Muyaya a eu le mot de la fin, un mot qui résume tout : “Ce forum n’est pas un événement. C’est un signal. Le signal que le Sud s’organise.” À Xi’an, le ministre de la Communication de la RDC a incarné ce signal. Il a été la preuve vivante qu’une nouvelle génération de leaders africains émerge, décomplexée, compétente et stratégique. Elle ne nie pas les partenariats, mais elle en définit les termes.
Elle ne rejette pas la globalisation, mais elle exige d’en être un acteur, et non plus un sujet. Son allocution n’était pas un simple discours de plus. C’était un manifeste. Et peut-être, le premier chapitre d’une histoire que le Sud Global commence enfin à écrire lui-même. Et la RD Congo devient celle qui ne se contente plus d’écouter l’histoire, mais prend la plume pour l’écrire, transforme son destin et inspire d’autres nations.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













