Ce lundi 28 avril 2025 après-midi, l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) a servi de cadre à une intervention aussi rare que remarquable : celle de Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et Médias, Porte-parole du gouvernement congolais, sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RD Congo.
Pendant près d’une heure et demie, l’orateur a captivé l’assistance – diplomates, chercheurs, journalistes et décideurs – par une synthèse implacable des enjeux, une dénonciation documentée de l’agression rwandaise, et une vision claire des solutions à apporter. Entre analyse géopolitique implacable et plaidoyer pour la souveraineté congolaise, Patrick Muyaya a livré une intervention historique.
D’entrée de jeu, le ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya a rappelé les faits avec une précision chirurgicale : “L’Est de la RDC subit une guerre d’agression menée par le Rwanda sous couvert du RDF/M23, avec des complicités régionales et internationales.” S’appuyant sur des rapports de l’ONU, des témoignages de terrain et des analyses stratégiques, il a démonté point par point la désinformation kigaloise.
Dans une analyse géopolitique sans concession, citant notamment les preuves de l’implication directe des Forces de Défense Rwandaises (RDF) dans les attaques contre Goma et les violations massives des droits humains. “Le Rwanda instrumentalise les tensions ethniques, pille nos ressources, et tente de déstabiliser notre démocratie”, a-t-il martelé dans un ton ferme et professoral empli d’une humilité rare.
Il a souligné l’échec des mécanismes de médiation régionaux, comme le processus de Luanda, face au “double jeu de Kigali”. Patrick Muyaya n’a pas mâché ses mots envers la communauté internationale, accusée de “complaisance” et de “lenteur criminelle”. Reprenant des éléments déjà évoqués lors de sessions spéciales du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.
Il a exigé des sanctions économiques ciblées contre le Rwanda, notamment sur les exportations de coltan et de minerais pillés en RDC. Un embargo militaire sur Kigali, dont les achats d’armes alimentent le conflit. Une condamnation sans ambiguïté de l’Union Africaine et de l’Europe, trop timorées selon lui. “La paix en RDC n’est pas une option, c’est une obligation morale pour le monde”, a-t-il lancé.
Il a rappelé que le conflit a déjà fait plus de 10 millions de morts et des milliers de déplacés. Au-delà des critiques, le ministre Patrick Muyaya a esquissé un plan en trois axes pour sortir de la crise. Un renforcement militaire : Appui accru à la coalition SADC (Afrique du Sud, Tanzanie) et modernisation des FARDC. Une Justice transitionnelle : Poursuite des responsables de crimes de guerre devant la CPI.
Un développement intégré : Investissements massifs dans les infrastructures et l’économie locale pour tarir les recrutements des milices. “Nous ne voulons pas la guerre, mais nous ne capitulerons pas devant le terrorisme”, a-t-il conclu, sous un tonnerre d’applaudissements. Ce qui a marqué les esprits, au-delà du contenu, c’est le style Muyaya : un ton calme et mesuré, un choix juste des mots pour décrire les faits.
Une éloquence rare, un orateur charismatique mêlant données factuelles, formules chocs (“Le Rwanda est un État voyou qui se drape dans le mensonge”), et références historiques (décrivant Kagame dans sa logique de pouvoir par la violence). Les questions des experts présents n’ont pas ébranlé sa maîtrise du dossier, qu’il a clos par une phrase restée gravée :
“La RDC n’est pas un terrain de jeu pour les prédateurs. Notre patience a des limites, et notre peuple mérite enfin la paix.” Cette intervention confirme Patrick Muyaya Katembwe comme l’une des voix les plus puissantes et documentées de la Communication diplomatique congolaise. Reste à savoir si le monde écoutera – ou continuera à regarder le carnage en spectateur.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













