Lors de la récente cérémonie de prestation de serment du Premier ministre et des nouveaux membres du Parlement, Paul Kagame a fait une déclaration qui a suscité une onde de choc dans la région des Grands Lacs : « D’autre part, on me dit, enlevez vos militaires de la RDC. La question est la suivante : si les RDF se trouvent en RDC, qu’est-ce qui les aurait amenés là ? »
Cette affirmation, à la fois provocatrice et déconcertante, illustre une fois de plus le cynisme et l’arrogance d’un leader qui semble s’être affranchi des normes du droit international et de la morale. Paul Kagame, dans son discours, cherche à renverser la responsabilité en insinuant que la présence des Forces de défense du Rwanda (RDF) en RDC est une conséquence inévitable des problèmes régionaux.
Cette logique perverse, qui consiste à affirmer qu’il est légitime d’intervenir militairement dans les affaires d’un pays voisin sous prétexte de sécurité, est non seulement dangereuse, mais également révélatrice d’une vision expansionniste qui a marqué l’histoire du Rwanda depuis les années 1990.
En évoquant la nécessité de “résoudre le problème” qui aurait conduit les RDF en RDC, Kagame semble ignorer les souffrances endurées par des millions de Congolais et les implications de l’ingérence militaire. Ce discours, teinté de mauvaise foi, ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu dans une région déjà fragilisée par des décennies de conflits.
Il est crucial de rappeler que l’histoire récente de la région est marquée par les cicatrices laissées par les interventions rwandaises en RDC. Les guerres du Congo, qui ont fait des millions de morts, sont en grande partie le résultat de l’intervention de Kagame, justifiée à l’époque par des préoccupations sécuritaires. Aujourd’hui, il semble réitérer cette approche, sans tenir compte des leçons du passé.
En s’accrochant à cette logique simpliste, Paul Kagame élude la responsabilité de son pays dans le chaos qui règne chez son voisin. La question n’est pas seulement de savoir pourquoi les RDF sont présents en RDC, mais aussi pourquoi le Rwanda a choisi de mener des opérations militaires qui ont exacerbé les tensions et les souffrances humaines.
Cette attitude de victimisation, où Kagame se positionne comme le défenseur d’un Rwanda menacé par des ennemis invisibles, est une tactique cynique. Elle permet non seulement de détourner l’attention des véritables enjeux, mais aussi de solidifier le contrôle interne en galvanisant l’opinion publique autour d’un ennemi extérieur. La RDC est victime de la guerre entre Tutsi et Hutu qui sont tous rwandais.
Le cynisme, c’est qu’ils ont choisi d’exporter leur sauvagerie pour tuer des Congolais. La communauté internationale ne doit pas se laisser berner par cette rhétorique. Le Rwanda, sous Kagame, a fait preuve d’une volonté manifeste d’intervenir dans les affaires des États voisins tout en brandissant le drapeau de la sécurité nationale. Ce double discours est insupportable et doit être dénoncé.
Kagame, en tant que leader d’un pays dont l’armée est engagée dans des opérations en RDC, a la responsabilité de répondre à des questions difficiles sur la souveraineté et l’intégrité territoriale. Son attitude arrogante ne peut que nuire à la paix régionale et à la stabilité. L’indignité est un défaut et non une qualité qui pourrait être retrouvée avec le temps.
Au lieu de se retrancher derrière des discours pleins de prétextes, il serait plus sage pour lui d’engager un dialogue constructif avec les autorités congolaises et de respecter les accords internationaux. L’absence de reconnaissance des conséquences de ses actions militaires sur le sol congolais est un signe inquiétant d’un manque de vision pour un avenir pacifique dans la région.
Paul Kagame doit comprendre que la sécurité ne se construit pas sur l’ingérence, mais sur la coopération et le respect mutuel. La déclaration de Paul Kagame n’est pas seulement une provocation, mais un cri d’arrogance qui révèle les fractures encore présentes dans la région des Grands Lacs. Les autorités congolaises doivent s’assumer devant l’histoire.
La communauté internationale doit rester vigilante face à ces discours qui, sous couvert de sécurité, justifient des violations de la souveraineté de la RDC. La vraie question n’est pas pourquoi les militaires rwandais sont en RDC, mais plutôt quand le Rwanda choisira de respecter la souveraineté des autres et de travailler pour une paix durable. Les enjeux sont trop graves pour être balayés d’un revers de main.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













