Le vote unanime qui a emporté le gouverneur de la Tshopo n’est pas un accident de l’histoire, mais le son du glas pour une certaine classe politique. La question n’est plus de savoir à qui le tour ?, mais qui a cru que le peuple ne comptait plus ? Paulin Lendongolia a été emporté par un vote unanime. Dix-huit députés, pas une abstention, pas un dissident.
Une unanimité si parfaite, si propre, qu’elle en devient suspecte. On se croirait dans une tragédie grecque où le chœur, d’une seule voix, scelle le destin du héros déchu. Sauf qu’ici, le héros était absent. Paulin Lendongolia, dans un ultérieur réflexe d’une gouvernance déjà fantôme, n’a même pas daigné assister à son propre enterrement politique. L’absence du prince au jour du jugement en dit long sur le mépris dans lequel une certaine élite tient les institutions qu’elle est censée servir.
Le président de l’Assemblée, Mateus Kanga, brandit la Constitution comme un couperet. “Remettre de l’ordre dans la gestion provinciale”, dit-il. Formule pudique, s’il en est. Traduisons : la coupe était pleine. Pleine de quoi ? De promesses non tenues ? De gestion opaque ? D’un détournement si flagrant de la chose publique que même ceux qui hier encore bénéficiaient de ses miettes ne peuvent plus fermer les yeux ?
L’unanimité, dans ce contexte, n’est pas un gage de santé démocratique, mais l’aveu collectif d’un naufrage. C’est le geste de passagers qui, réalisant que le navire prend l’eau, jettent par-dessus bord le capitaine pour tenter de sauver leur propre peau. La chute de Lendongolia n’est pas un incident isolé. C’est un symptôme. Le symptôme d’un système malade de ses propres acteurs, où la gabegie et l’incompétence sont devenues la norme.
La province de la Tshopo, riche de ses forêts et de son potentiel, étouffe sous le joug de dirigeants qui voient en elle non un territoire à développer, mais une vache à lait à traire jusqu’à la moelle. La motion de défiance n’est alors pas une révolution, mais une régulation de marché : on écarte un mauvais gestionnaire pour, peut-être, en installer un autre qui saura mieux préserver les intérêts de l’oligarchie locale.
Et maintenant, la rumeur enfle. Elle murmure le nom de Jean Bakomito Gambu, dans le Haut-Uélé. « À qui le tour ? » La question, posée ainsi, a le goût amer du cynisme. Elle sous-entend que la roue du pouvoir, aveugle et cruelle, broie les uns après les autres sans autre logique que celle de la fatalité. Mais le peuple, lui, n’est pas dupe. Il sait que cette roue est actionnée par des mains bien réelles.
La vraie question n’est donc pas de savoir qui sera le prochain sur la liste des déchus. La vraie question est : Quand cette farce macabre s’arrêtera-t-elle ? Quand les députés provinciaux voteront-ils pour quelque chose, plutôt que contre quelqu’un ? Quand cesseront-ils d’être les fossoyeurs d’un gouverneur pour devenir les architectes d’une province ? Le calme institutionnel évoqué est le silence lourd qui précède la tempête.
La phase transitoire qui s’ouvre n’est qu’un entracte. Le gouvernement central observera, analysera, et probablement entérinera. Mais dans les ruelles de Kisangani et les villages de la Tshopo, on observe aussi. On observe, et on compte. À Jean Bakomito Gambu, et à tous les autres gouverneurs qui se croient intouchables dans leurs fiefs éloignés, un message est envoyé aujourd’hui depuis Kisangani : L’unanimité est un avertissement qui vaut pour tous.
Le fauteuil n’est plus une propriété privée. La patience des peuples, bien que longue, a une limite. Et aujourd’hui, en Tshopo, elle a parlé. D’une voix claire, cinglante, et unanime. La roue tourne, en effet. Mais elle commence à broyer ceux qui l’actionnaient. À bon entendeur.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













