La RD Congo est un pays paradoxal : riche en ressources naturelles, mais appauvri par des décennies de mauvaise gouvernance. Pourtant, au milieu de ce désastre institutionnel, il reste un dernier rempart contre l’effondrement total : la science. Mais voilà, ce dernier bastion est en train d’être miné par une pratique aussi grotesque que destructrice.
L’attribution de titres de doctorat à des analphabètes scientifiques, transformant les universités en machines à fabriquer des diplômes fantômes pour satisfaire des ambitions politiques et tribales. Il existe un phénomène dangereux, la diplomation du mensonge. C’est le fait d’attribuer des titres à des personnalités foncièrement inaptes intellectuellement. Le titre devient alors une monnaie d’échange.
La diplomatie, dans son sens noble, est l’art de négocier pour préserver la paix et l’intérêt général. Mais en RDC, elle a été dévoyée en un outil de légitimation d’une élite incompétente. Des “docteurs” sans aucune contribution scientifique, des “professeurs” incapables de citer une seule publication, des “experts” dont l’expertise se limite à leur appartenance ethnique ou politique.
« La diplomatie est l’art patriotique de mentir pour son pays. » — disait Ambrose Bierce. Cette citation, ironique en Occident, devient tragiquement littérale en RDC. Les titres universitaires ne sont plus le fruit du mérite, mais des négociations clientélistes, où l’on achète un diplôme comme on achète un vote. Et pourtant, la science doit demeurer l’ultime rempart à préserver.
Alors que la politique et l’économie congolaises sont gangrenées par la corruption, la science reste le seul domaine où la rigueur et l’objectivité pourraient encore s’imposer. Mais la tribalisation et la politisation des universités menacent cet ultime espoir. Le scandale des doctorats fantômes n’est pas une vue de l’esprit. C’est une réalité qui nécessite une attention particulière.
Des thèses copiées-collées, jamais lues par les directeurs de recherche. Des soutenances organisées en catimini pour des “candidats” qui ne maîtrisent pas leur sujet. Des comités scientifiques infiltrés par des politiciens imposant leurs protégés. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il a pris une ampleur catastrophique ces 20 dernières années en RDC où des personnalités connues pour leur incapacité distinguent.
Ainsi le pays se retrouve avec des “docteurs” incapables d’écrire une page en français ou en anglais, mais promus à des postes clés grâce à leur réseau. La science ne peut pas être otage du tribalisme et des luttes politiques. Les universités, au lieu d’être des lieux de débat intellectuel, sont devenues des arènes où s’affrontent des clans. Il faut sauver d’abord la science pour mieux sauver la RDC.
Les postes académiques sont attribués non pas au mérite, mais en fonction de l’appartenance ethnique ou politique. Résultat ? Une recherche scientifique atrophiée, des laboratoires sous-équipés, et une fuite des cerveaux vers l’étranger. Il faut une dépolitisation urgente des universités. Les institutions académiques doivent être protégées des interférences politiques.
Pas de ministre imposant un recteur, pas de parti dictant les programmes. Il faut une réforme radicale des diplômes, un audit national des thèses soutenues depuis 2000. une annulation des titres frauduleux et sanctions contre les complices. Une valorisation des vrais chercheurs, pas des imposteurs. Il faut mettre en place une diplomatie scientifique au service du pays.
Au lieu de gaspiller l’argent public dans des “collaborations” bidon avec des universités douteuses, la RDC devrait investir dans des partenariats avec des centres de recherche internationaux crédibles. Notre combat est une bataille pour la vérité. La RDC ne se relèvera pas avec des faux diplômes, mais avec des scientifiques compétents, libres de penser et de chercher.
Si ce dernier bastion tombe, le pays sombrera définitivement dans le ridicule et l’impuissance. « L’orthodoxie, c’est l’inconscience » disait George Orwell. Il est temps de réveiller les consciences. La science n’appartient pas aux tribus ni aux partis. Elle appartient à l’humanité. Un doctorat volé est une chaîne qui étrangle l’avenir d’une nation. Dans le royaume des aveugles diplômés, le vrai savant est un ennemi public.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













