La RD Congo se dirige vers 2028 dans un état de vulnérabilité extrême : épuisée par trois décennies de conflits, minée par une gouvernance erratique, et enchaînée par des accords internationaux qui limitent sa souveraineté économique et politique. Alors que le second mandat de Félix Tshisekedi touche à sa fin, la jeunesse congolaise se trouve face à une responsabilité historique.
Celle de définir le profil idéal du futur dirigeant, non pas par nostalgie ou clientélisme, mais par une analyse rigoureuse des échecs passés et une projection audacieuse de l’avenir. Il s’agit de réfléchir sur les qualités indispensables du prochain leader, en confrontant les trajectoires des figures politiques actuelles et en esquissant un “portrait-robot” exigeant, adapté aux défis du siècle.
Le paysage politique congolais est marqué par une instabilité chronique, où les alliances se font et se défont au gré des intérêts immédiats. Des figures connues pour leurs revirements spectaculaires (passant de Mobutu à LD Kabila, de Joseph Kabila à Félix Tshisekedi) illustrent une classe politique opportuniste, dépourvue de colonne vertébrale idéologique. Le futur dirigeant doit incarner une cohérence politique.
La cupidité des élites a transformé la politique en une chasse aux prébendes. Certains dirigeants agissent comme des “bandits en costume” (Kuluna en cravate), détournant les ressources publiques sans vergogne. La ruée vers les postes ministériels ou parlementaires révèle une quête effrénée d’enrichissement personnel plutôt qu’une vocation de service public.
Le leader idéal pour 2028 doit être intègre, avec un passif vérifiable et une tolérance zéro envers la corruption. La pratique du djalelo (louanges serviles pour obtenir des faveurs) a gangrené la culture politique. Parallèlement, la jeunesse, bien que majoritaire (70% de la population), est marginalisée dans les instances décisionnelles, conduisant à un “abstentionnisme coupable” et une défiance généralisée.
Le futur président doit rompre avec le clientélisme et intégrer les jeunes dans un projet national inclusif. La RDC ne peut plus se contenter de programmes politiques recyclés. Elle a besoin d’une vision économique audacieuse : renégociation des contrats léonins avec les multinationales pour une souveraineté minière, passage d’une économie extractive à une économie de transformation pour une diversification industrielle.
Et des infrastructures durables : réseaux énergétiques et transports intégrés, en partenariat avec des acteurs non prédateurs. Le profil idéal doit combiner compétences techniques (gestion administrative, diplomatie), enracinement dans les réalités locales (éviter les élites déconnectées comme certains anciens exilés) et une légitimité populaire, sans dépendre des réseaux clientélistes.
Il faut pour 2028 une gouvernance participative. Il faut imposer des quotas jeunes dans les institutions (30% minimum) sans tomber dans le jeunisme, une recentralisation du pouvoir pour recréer de l’unité nationale, un dialogue permanent avec la société civile, comme l’initiative du Dialogue de la Jeunesse Congolaise (juillet 2025), mais sans récupération politicienne. Il faut une diplomatie pragmatique pour 2028.
Réévaluer les accords internationaux (notamment miniers et sécuritaires), renforcer les alliances Sud-Sud pour réduire la dépendance occidentale et un positionnement ferme face aux voisins prédateurs. Il faut rétablir une éthique inébranlable : transparence des comptes publics, refus des luxes indécents (voitures de luxe, villas à l’étranger) et une exemplarité familiale (éviter le népotisme). Qui correspond à ce portrait-robot ?
Il y a risque d’une transition manquée. Si la classe politique actuelle recycle les mêmes personnages connus, la RDC s’enfoncera dans le chaos. La jeunesse doit imposer un débat national exigeant. 2028 ne doit pas être une simple alternance, mais une refondation. La jeunesse congolaise doit s’organiser et définir un projet commun. Elle doit exiger des primaires ouvertes dans tous les partis.
Elle doit sanctionner électoralement tous les recycleurs du système actuel. Les jeunes ne s’identifient peut-être plus aux politiques actuels et détiennent sans le savoir les clés du changement. Le Congo de demain appartient à ceux qui osent penser hors des sentiers battus. Il n’y aucune fatalité, aucun processus irréversible. Tout peut changer et tout doit changer. À nous d’écrire l’histoire.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













