La RDC s’apprête à organiser le quatrième cycle électoral de son histoire récente avec la tenue prochaine des scrutins présidentiel, législatifs, provinciaux et locaux.
Ces scrutins sont d’autant plus attendus que les résultats des trois derniers cycles électoraux ont alimenté de nombreux conflits et largement contribué à la crise de légitimité qui touche le pays. La grande question que d’aucuns se posent est de savoir, si la CENI va réellement parvenir à organiser les élections générales tant attendues au mois de décembre, dans le délai constitutionnel ?
Il s’agit ici des éléments de réflexion qui peuvent nous amener à comprendre effectivement si la RDC est en mesure d’organiser des élections voulues. Ces élections, attendues à priori pour fin 2023, s’insèrent dans un contexte politique et social complexe, caractérisé à la fois par un manque général de consensus entre les parties prenantes, par une certaine démotivation des citoyens vis-à-vis du processus électoral ou encore par une forte volatilité du système partisan à la suite des divergences majeures entre les parties prenantes aussi bien sur les institutions en charge d’organiser les scrutins que sur les règles devant encadrer la compétition électorale. Ce qui rend le contexte préélectoral actuel particulièrement conflictogène.
La tension ne faiblit pas entre pouvoir et opposition à l’approche de la présidentielle. L’assassinat de Chérubin Okende, proche de Moïse Katumbi et ancien ministre congolais des Transports, a été retrouvé mort dans sa jeep. Ce qui exacerbe les tensions et, surtout, sur les réseaux sociaux, où certains acteurs politiques, journalistes, sympathisants se déchaînent et s’en prennent à des leaders politiques et à des autorités jusqu’à dénigrer leur communauté ou les traiter d’étranger.
Inquiétudes
Pour la Société civile et l’opposition, de manière générale, le processus électoral en cours laisse émerger de nombreuses inquiétudes dont :
- Celle d’une volonté du pouvoir en place de contrôler strictement les institutions en charge des élections (CENI, Cour constitutionnelle) ;
- Celle d’un possible report des élections pour des raisons logistiques et techniques (comme en 2016/2018 lors du « glissement ») ;
- Celle de la persistance d’un climat général d’insécurité dans plusieurs provinces du pays, rendant partiellement ou totalement impossible l’organisation des scrutins (particulièrement à l’Est) ;
- Celle de la montée des clivages intercommunautaires et des discours de haine.
Malgré toutes ces limites, les autorités en place peuvent toujours décider d’aller coûte que coûte aux élections afin de respecter le délai constitutionnels et ce malgré l’impossibilité de plus en plus évidente de réaliser correctement l’ensemble des activités préparatoires aux scrutins d’ici la fin de 2023.
Défis menaçant le processus électoral
En parallèle, bien des défis externes a la CENI menacent le processus électoral actuellement. Il s’agit de :
Défis techniques et logistiques
Plusieurs défis importants techniques et logistiques se dressent face à ce processus électoral.
Le 13 septembre 2023, suite aux défis logistiques, la CENI a reporté la publication des listes provisoires des candidatures recevables et irrecevables des députés provinciaux et conseillers communaux.
Dans un communiqué, la CENI justifiait ce report suite à la persistance des défis logistiques liés au ramassage et à la remontée des dossiers physiques des candidatures, spécialement la pénurie actuelle en ce qui concerne la desserte aérienne, des 168 bureaux de Réception et de Traitement des Candidatures.
Suspension des vols Congo Airways, vrai handicap
La compagnie aérienne nationale a annoncé récemment la suspension temporaire de ses activités. Une nouvelle qui a provoqué une onde de choc dans le pays. Cette suspension, décrite comme une mesure de sécurité pour se conformer aux normes de l’IATA, s’inscrirait dans le cadre d’une réorganisation profonde de la compagnie.
Défis sécuritaires et financiers
En vue des élections législatives nationales prévues en décembre 2023, Dénis Kadima, président de la CENI, a mis en lumière les défis qui peuvent entraver le processus électoral. Parmi ceux-ci, il a cité les problèmes de sécurité persistants et les contraintes financières en date du 25 juin 2023.
Il est essentiel de rappeler que la situation sécuritaire est instable à l’Est de la République Démocratique du Congo.
La résurgence du M23 provoque de nouvelles tensions diplomatiques avec le pouvoir de Kigali, que le gouvernement congolais accuse de soutenir le M23. Cette situation provoque de nombreux déplacements de population au Nord-Kivu. L’armée congolaise tente d’arrêter les insurgés et a reçu un soutien militaire de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE).
L’état de siège dans le Nord-Kivu et l’Ituri, décrété le 1er mai 2021 par le président de RDC Félix Tshisekedi et entré en vigueur jusqu’a ce jour. L’état de siège tel que décrété a été considéré par les autorités comme “nécessaire pour contenir rapidement” les groupes armés et “rétablir la sécurité”. Et pourtant, la situation n’a pas évolué.
Le président de la CENI a également souligné les problèmes de sécurité, en particulier dans le territoire de Kwamouth, où le recensement des électeurs n’a pas pu être organisé en raison de l’escalade de l’insécurité découlant du conflit entre les groupes ethniques Teke et Yaka. La situation reste incertaine dans les territoires de Masisi, Rutshuru et une partie de Nyiragongo, actuellement sous le contrôle des rebelles du M23.
Contraintes financières
S’agissant des contraintes financières, jusqu’à présent, plus de 530 millions de dollars américains ont été versés à la CENI pour organiser les élections, comme l’avait confirmé le Premier ministre Sama Lukonde au mois d’avril dernier. Cependant, Dénis Kadima a indiqué que le financement reste un problème, notant que les fonds reçus en 2022 (480 millions de dollars) étaient inférieurs au budget prévu (640 millions de dollars) et que les versements pour 2023 étaient en retard.
Manque de confirmer entre les parties prenantes
En dehors des défis nettement attachés au calendrier électoral, la confiance de la population à l’égard des promesses faites pour ces élections est au plus bas. En effet, ce déficit de confiance représente un enjeu majeur pour la CENI, qui a été et demeure critiquée pour son manque de transparence. Pour sensibiliser et regagner la confiance de la population, la CENI doit être plus transparente.
Cette démarche doit également être soutenue par un renforcement de l’inclusion et une amélioration de l’observation électorale.
L’abstention au Congo est souvent très importante et ne pourra être résorbée en 2023 que grâce à une forte sensibilisation de la population, qui doit être faite par la Ceni, les institutions politiques et religieuses ainsi que par les organisations de la société civile (OSC).
Nico Kassanda













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