Le Rwanda reste le véritable chef d’orchestre des opérations militaires menées par les rebelles du M23/AFC dans l’Est de la République démocratique du Congo. C’est ce que révèle un rapport explosif du Groupe d’experts de l’ONU transmis au Conseil de sécurité, consulté ce jeudi 3 juillet 2025.
Selon ce document, les responsables militaires et politiques du mouvement rebelle continuent de recevoir des instructions et un appui logistique du gouvernement rwandais et de ses services des renseignements. Des figures clés comme Fred Ngenzi Kagorora et le général Patrick Karuretwa auraient maintenu des contacts réguliers avec les chefs rebelles Sultani Makenga, Bertrand Bisimwa et le colonel Imani Nzenze.
Corneille Nangaa écarté
Autre fait marquant : Corneille Nangaa, ancien président de la CENI et présenté comme le « visage politique » de l’AFC/M23 pour donner une façade congolaise à la rébellion, aurait été progressivement mis à l’écart par Kigali. Le rapport explique que cette mise à distance est liée à l’ambition personnelle de Nangaa de prendre le pouvoir à Kinshasa par la force un projet que le Rwanda ne soutiendrait pas ouvertement, préférant éviter une offensive directe contre la capitale.
Le document signale également des tensions internes croissantes au sein de l’AFC/M23, alimentées par des querelles de leadership, des nominations contestées, et l’annonce controversée du retour politique de Joseph Kabila dans l’Est du pays. Ces rivalités auraient ravivé les clivages historiques entre factions pro-rwandaises et pro-ougandaises. Pour rétablir la cohésion, le Rwanda envisagerait même de repositionner Laurent Nkunda, pourtant toujours sous sanctions onusiennes, à un poste stratégique dans le mouvement.
Et d’ajouter, ce rapport évoque une dynamique de ralliement de plusieurs groupes armés à l’AFC/M23, y compris d’anciens Wazalendo ayant changé de camp après l’avancée rapide de la rébellion. Certains acteurs politiques de poids comme Joseph Kabila, Moïse Katumbi ou encore le général John Numbi n’auraient pas officiellement rejoint le mouvement, mais seraient restés en contact régulier avec Nangaa, Kigali et Kampala.
Enfin, les experts de l’ONU dressent un constat alarmant sur l’état de l’armée congolaise. L’incapacité des FARDC à sécuriser les capitales provinciales, les désertions, et les lourdes pertes sur le terrain révèlent, selon eux, les failles structurelles d’une armée affaiblie, de plus en plus contestée dans sa mission régalienne.
À noter que la publication de ce rapport intervient quelques jours à peine après la signature, à Washington, d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, sous l’égide des États-Unis. Un texte salué par la communauté internationale, censé marquer un tournant vers la désescalade. Mais les révélations de l’ONU jettent une ombre sérieuse sur la sincérité des engagements de Kigali et sur l’avenir du processus de paix.
Ephra Kimuana













