“Le grand partenariat minier entre la RDC et les États-Unis entre dans le dur. Les équipes sont nommées, le calendrier est fixé. Dès janvier 2026, la RDC doit remettre ses listes de projets et de gisements stratégiques. Un moment clé où le pays doit prouver qu’il sait utiliser les pouvoirs que l’accord lui donne. Voici ce qui se joue et comment transformer cette opportunité en victoire concrète pour les Congolais”.
Le partenariat stratégique RDC-USA sur les minerais critiques n’est plus juste un texte. Il entre maintenant dans sa phase active, celle où les décisions se prennent et où les choses se concrétisent. Première étape franchie : les équipes sont en place. Les deux pays ont désigné leurs représentants au Comité de Pilotage(JSC). C’est comme avoir nommé les capitaines de l’équipe.
La RDC a ses joueurs sur le terrain. Maintenant, il faut marquer des buts. Le prochain coup d’envoi : janvier 2026. Début janvier prochain, la RDC doit transmettre deux documents cruciaux aux États-Unis : la liste de ses “projets stratégiques” et la liste de ses “réserves d’actifs stratégiques” (les gisements de minerais). C’est le moment le plus important depuis la signature de l’accord. Ces listes ne sont pas de simples formalités.
Ce sont les plans d’action qui vont définir les bénéfices réels pour la RD Congo pour les années à venir. Mais au fait, qu’est-ce qu’un “projet stratégique” ? L’accord le définit clairement. Ce sont des projets qui doivent servir quatre grands objectifs pour la RDC : Ne plus seulement exporter des roches, mais les transformer ici, créer des usines, des emplois qualifiés. Renforcer les routes, les ports, l’énergie, les communications – tout ce dont une économie moderne a besoin.
Apporter la paix, la sécurité et renforcer l’autorité de l’État, surtout dans les régions en conflit de l’Est et promouvoir un développement qui inclut tout le monde et améliore concrètement le quotidien des populations. C’est un projet stratégique, un projet qui fait avancer la RD Congo, pas seulement qui extrait ses minerais. En remettant ces listes, la RDC fait bien plus qu’envoyer un fichier. Elle donne sa réponse à ces questions fondamentales.
Avons-nous un plan précis pour notre développement ? Savons-nous exactement quels gisements sont libres et peuvent être mis dans le “panier” de la réserve ? Sommes-nous capables de prioriser et de choisir, au lieu de tout mettre sur la table par manque de préparation ? C’est ici que les « leviers » ou les « cartes » dont on parle deviennent réels. Le levier du choix : Inscrire un projet, c’est lui ouvrir des portes (financement, expertise).
En exclure un, c’est le protéger ou le garder pour d’autres partenaires. La puissance est dans la sélection. Le levier du contrôle : Mettre un gisement dans la « réserve stratégique », c’est dire aux USA : “Celui-là vous intéresse, négocions.” Ne pas l’y mettre, c’est garder le contrôle total. Pour que cette première étape soit un succès, le gouvernement congolais doit :
- Parler d’une seule voix : La liste doit être le résultat d’un accord clair entre la Présidence, le Premier ministre et tous les ministères concernés (Mines, Infrastructures, Finances, Plan). Pas de désaccords de dernière minute.
- Être précis et réaliste : Mieux vaut une liste courte de projets bien étudiés, avec des sites identifiés et des besoins clairs, qu’une longue liste floue et irréalisable.
- Protéger le cœur du patrimoine : La liste des réserves d’actifs (les gisements) doit reposer sur une connaissance parfaite du cadastre minier. Il ne faut pas y mettre des gisements déjà attribués ou sur lesquels des entreprises congolaises travaillent déjà.
- Penser aux Congolais : Chaque projet choisi doit pouvoir être expliqué à la population : en quoi il va créer des emplois, construire une route, stabiliser une région ou apporter de l’électricité.
Les représentants sont désignés.La date de janvier 2026 est fixée. Le temps des débats théoriques est derrière nous. La balle est dans le camp de la RDC. Le pays a négocié le droit de choisir ses projets selon ses propres priorités. Le monde regarde maintenant si Kinshasa a la vision, la discipline et l’unité nécessaires pour utiliser ce droit avec sagesse et fermeté.
Ce n’est pas un exercice bureaucratique. C’est le premier test concret de notre capacité à piloter notre destin minier. Si nous réussissons à remettre des listes fortes, claires et alignées sur nos vrais besoins, nous prendrons un départ puissant. Si nous échouons par manque de préparation, nous donnerons dès le début les clés du pilotage à d’autres. La souveraineté ne se déclare pas, elle s’exerce. L’exercice commence maintenant.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












