Alors que les signatures d’accord s’accumulent, la réalité militaire sur le terrain démontre une stratégie de conquête méthodique de la part du Rwanda. Alors que la communauté internationale salue les avancées diplomatiques à Washington et Doha, le RDF/M23 poursuit sa stratégie d’expansion territoriale et de manipulation médiatique en parfaite contradiction avec ses engagements officiels.
Les récentes avancées militaires dans la région d’Uvira confirment la duplicité de ce mouvement terroriste qui n’a que faire des processus de paix. L’ironie est cruelle. Le 19 juillet 2025, l’ONU saluait la signature de la déclaration de principes entre le gouvernement de la RDC et le RDF/M23 comme une “avancée majeure vers la paix”. Sur le terrain, pour la population civile, cela s’avère une trahison signée en toutes lettres.
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lui-même exprimait sa reconnaissance au Qatar pour avoir facilité ce processus de paix censé mettre fin aux hostilités. Quelques semaines plus tard, le constat est sans appel : le RDF/M23 ne respecte aucun de ses engagements. Bien au contraire, le groupe renforce ses positions militaires et étend méthodiquement son emprise territoriale dans l’Est du Congo.
Les informations en provenance d’Uvira sont alarmantes. La prise de Rubumba ce jour s’inscrit dans une stratégie méthodique d’encerclement de la ville. Kitoga, Bibangwa, Rubuga et Masango seraient également tombés, confirmant la progression implacable du RDF/M23 vers le cœur d’Uvira. Cette stratégie n’est pas sans rappeler le scénario qui avait conduit à la chute de Goma : encerclement progressif, étouffement, puis capture au moment opportun.
La chute de Kaniola et de Nindja il y a deux semaines apparaît rétrospectivement comme la première étape d’un plan soigneusement orchestré, visant à se tailler un couloir stratégique permettant au RDF/M23 de projeter davantage de combattants vers les moyens plateaux d’Uvira. La suite des événements semble déjà écrite : après Rubumba, les prochaines cibles seront très probablement Kageregere et Kashatu, dans le groupement de Runingu, à seulement 30 minutes d’Uvira-centre.
La ville se retrouve ainsi progressivement encerclée, comme Goma en son temps. Pendant que leurs troupes progressent sur le terrain, les porte-parole de l’AFC/M23 continuent de participer aux réunions diplomatiques, signent des déclarations de principe, et promettent un cessez-le-feu qu’ils n’ont visiblement jamais l’intention de respecter. La désinformation est leur principal mode de gouvernance.
Leur communication est un modèle de duplicité : d’un côté, ils conditionnent leur retour à la table des négociations à Doha à la libération des prisonniers politiques et de l’autre, ils étendent leur emprise militaire sans vergogne. Benjamin Mbonimpa, le négociateur principal du RDF/M23 à Doha, déclarait même le 23 juin : “Aucune force ne nous délogera d’ici, car nous sommes chez nous” , affirmant ainsi clairement leur intention de ne pas se retirer des territoires conquis.
Cette stratégie de communication vise à gagner du temps tout en maintenant la pression militaire. Elle s’inscrit dans une longue tradition de manipulation de l’opinion internationale qui caractérise le RDF/M23 depuis sa création. L’accord de Washington du 27 juin, qui porte notamment sur le respect de l’intégrité territoriale, la cessation des hostilités, le retrait, le désarmement et l’intégration conditionnelle des groupes armés non étatiques, apparaît aujourd’hui comme un vœu pieux.
De même, la déclaration de principes signée à Doha le 19 juillet, qui acte un cessez-le-feu, la libération des prisonniers politiques, et le retour des réfugiés , ne vaut manifestement pas le papier sur lequel elle est écrite. Le calendrier de mise en œuvre de ces accords prend déjà du retard, et deux points de blocage persistent : à Washington, sur le séquençage entre la neutralisation des FDLR et le départ des troupes rwandaises.
Et à Doha, sur le retrait de la rébellion des zones qu’elle contrôle, ce que le RDF/M23 refuse catégoriquement. Derrière le paravent du RDF/M23 se cache la main trop visible du Rwanda, qui continue de soutenir militairement et logistiquement le groupe terroriste tout en signant des accords de paix à Washington. L’ambassadeur du Rwanda à l’ONU, Martin Ngoga, osait même plaider la légitime défense lors du Conseil de sécurité, affirmant que “les mesures défensives du Rwanda sont directement liées à une menace bien connue du Conseil : les FDLR”.
Cet argumentaire fallacieux sert de justification à l’agression continue contre la souveraineté de la RDC. Pendant ce temps, la communauté internationale se contente de déclarations de principe et de processus diplomatiques sans réelle force contraignante. La MONUSCO semble impuissante face à cette situation. Son représentant, Bruno Lemarquis, se contentait de souligner “l’importance de cet accord pour les populations civiles affectées par le conflit”, alors que celles-ci continuent de subir les affres de la guerre.
L’histoire se répète inlassablement dans l’Est de la RDC. La communauté internationale, sous leadership américain, semble pourtant déterminée à croire en la possibilité d’une solution négociée. Le président américain Donald Trump aurait même déclaré que les présidents congolais et rwandais devaient se retrouver très prochainement dans la capitale américaine pour signer le texte final.
Mais sans pression réelle sur le Rwanda et sans mécanisme de contrainte efficace contre le RDF/M23, ces beaux discours diplomatiques ne resteront que des mots vides de sens. Pendant ce temps, sur le terrain, la stratégie d’encerclement d’Uvira se poursuit méthodiquement, préfigurant une nouvelle tragédie humanitaire.
Le temps des déclarations optimistes est révolu. Il est urgent que la communauté internationale passe des mots aux actes et impose des sanctions cinglantes au Rwanda et à ses supplétifs du RDF/M23. Sans cela, les accords de Washington et Doha rejoindront le cimetière des processus de paix avortés qui jonchent l’histoire tourmentée de la RDC.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












