Alors que le Canada condamne le Rwanda pour son soutien aux milices meurtrières et terroristes du RDF/M23 en RDC, il offre l’asile aux enfants de James Kabarebe, architecte de ces mêmes conflits. Un paradoxe insoutenable et une hypocrisie qui soulèvent l’indignation des communautés rwandaise et congolaise au Canada.
Le 2 septembre 2025, le Canada a accordé l’asile aux enfants de James Kabarebe, ministre rwandais de l’Intégration régionale et ancien chef militaire accusé de crimes de guerre en RD Congo. Cette décision intervient dans un contexte où le Canada lui-même sanctionne le criminel James Kabarebe pour son rôle central dans le soutien au groupe terroriste RDF/M23, responsable de massacres, de déplacements forcés et de pillages dans l’est de la RDC.
Pourquoi les enfants de Kabarebe fuient-ils un régime que leur père incarne ? Pourquoi ne sont-ils pas envoyés en RD Congo pour combattre aux côtés du RDF/M23, comme tant d’autres jeunes contraints à cette guerre ? Et surtout, pourquoi le Canada tolère-t-il cette anomalie criante ? James Kabarebe n’est pas un inconnu. Ancien ministre de la Défense du Rwanda, il est visé par des sanctions américaines pour son rôle de liaison entre le gouvernement rwandais et le RDF/M23.
C’est lui le patron de l’exportation illégale de minerais congolais. Le Trésor américain le décrit comme “central au soutien du Rwanda au RDF/M23”, un groupe terroriste responsable d’exécutions sommaires, de violences sexuelles et du déplacement de milliers de civils. Le Canada, par la voix de ses ministres, a condamné avec force “la présence des forces rwandaises en RDC et leur soutien au RDF/M23”, qualifiant ces actions de “violations flagrantes de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la RDC”.
Pourtant, dans un revirement surprenant, le Canada offre aujourd’hui un refuge sûr aux enfants de cet homme. Si le Rwanda est un havre de paix comme le prétend le gouvernement de Paul Kagame, pourquoi les enfants de l’un de ses plus hauts responsables cherchent-ils asile ailleurs ? Cette fuite suggère une réalité sombre : même l’élite rwandaise ne fait pas confiance à la stabilité du régime qu’elle sert.
James Kabarebe, qui a orchestré des guerres en RDC, préfère voir sa famille en sécurité au Canada plutôt qu’au Rwanda ou dans les zones contrôlées par le RDF/M23. Cette décision personnelle dément la propagande d’un Rwanda sûr et prospère. James Kabarebe envoie des jeunes Rwandais se battre et mourir pour les intérêts économiques et politiques du Rwanda en RDC. Pourtant, ses propres enfants sont épargnés.
Cette dissonance souligne le mépris de l’élite pour la vie des autres. Alors que des enfants sont recrutés de force par le RDF/M23, les enfants Kabarebe étudient et vivent confortablement au Canada. Cette hypocrisie est un affront aux milliers de familles congolaises et rwandaises déchirées par la guerre. Le Canada dispose d’un système d’asile robuste, fondé sur l’évaluation individuelle des craintes de persécution.
Cependant, l’octroi de l’asile aux enfants Kabarebe interroge sur la cohérence des politiques canadiennes. D’un côté, le Canada sanctionne James Kabarebe et condamne les atrocités du RDF/M23. De l’autre, il offre protection à sa famille. Cette situation risque de saper la crédibilité du Canada dans la région des Grands Lacs. Les communautés congolaises et rwandaises victimes des crimes du duo Kagame-Kabarebe s’interrogent.
Pourquoi les enfants d’un criminel de guerre avéré bénéficient-ils d’un traitement que tant d’autres victimes directes de ses actions attendent toujours ? Le Canada se targue d’avoir un système d’asile strict, où les demandeurs doivent prouver une “crainte fondée de persécution”. Mais dans la pratique, ce système est sous tension : en 2024, plus de 173 000 demandes d’asile ont été déposées, entraînant d’importants retards et des arriérés.
Dans ce contexte, l’asile accordé aux enfants Kabarebe pourrait être perçu comme un privilège accordé à une famille influente, au détriment de demandeurs plus méritants. Le droit de demander l’asile est une protection fondamentale, mais il n’est pas automatique. Pourtant, ici, la décision semble politique plutôt que humanitaire. Le contraste est frappant. Alors que le Canada accepte les enfants d’un architecte de la violence, des milliers de Congolais attendent toujours une protection.
De plus, le Canada a critiqué le Rwanda pour son bilan en matière de droits de l’homme, mais il considère ce même pays comme suffisamment sûr pour accueillir les déportés des États-Unis. L’asile accordé aux enfants de James Kabarebe est une insulte aux victimes du RDF/M23 et une tache sur la réputation du Canada. Alors qu’il condamne le Rwanda pour son ingérence en RDC, son gouvernement offre un refuge à la famille de l’un des principaux responsables de cette crise.
Les communautés rwandaise et congolaise au Canada ont raison de s’indigner : cette décision sent l’hypocrisie et le deux poids, deux mesures. Le Canada doit revoir sa position et garantir que son système d’asile ne soit pas utilisé pour blanchir la réputation des criminels de guerre. Sinon, il risque de devenir complice des mêmes atrocités qu’il prétend combattre.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













