En marge de la commémoration du 11eme anniversaire de l’accord cadre d’Addis-Abeba pour la paix et la sécurité en RDC et la région des grands Lacs, la Dynamique communautaire pour la Cohésion sociale et le Développement (DYCOD-RDC) a organisé une conférence à laquelle plusieurs personnalités du pays, acteurs politiques et de la société civile ainsi que des experts en matière de sécurité ont pris part.
Sans équivoque
L’activité a eu lieu samedi 24 février dans la grande salle des Conférences du Centre interdiocésain (CENCO). Dans son mot de bienvenue, Me Patient Bashombe Matabishi Coordonnateur national de la DYCOD-RDC commence par rappeler à l’assistance comment la République Démocratique du Congo est attaquée dans sa partie orientale, spécifiquement dans la province du Nord Kivu et que l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République Démocratique du Congo et la Région » est à l’épreuve de la résurgence du Mouvement du 23 mars. Me Patient Bashombe a indiqué que les relations entre le Rwanda et la République démocratique du Congo se sont dégradées depuis que les rebelles du Mouvement du M23 réfugiés au Rwanda et en Ouganda ont repris les hostilités sur le territoire congolais, dans les territoires de Nyiragongo et Rutshuru frontaliers. Sur le terrain, des évidences de la participation des militaires rwandais sont sans équivoque. Ce dernier temps, la tension est montée d’un cran en toile, les coups de gueule exprimant des menaces entre le Président Congolais et le Président Rwandais font craindre une escalade de violence à grande échelle dans la région.
Voies de sortie des guerres à répétition
Selon le Coordinateur national de la DYCOD-RDC, malgré tous les efforts consentis tant par la communauté internationale, les Nations-Unies, les instances régionales et les autorités nationales, les voies de sortie des guerres à répétition sont loin d’être amorcées en République Démocratique du Congo. Après le mot de bienvenue de Maître Patient Bashombe Matabishi, Coordonnateur national de la Dynamique communautaire pour la Cohésion sociale et le développement (DYCOD-RDC), les intervenants ont été divisés en deux panels. Le premier Panel a été composé du ministre de l’industrie Julien Paluku Kahongia, du Directeur de Cabinet et représentant du Coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord cadre en RDC et du Professeur Abbé Jean-Bosco Bahala, Coordonnateur du Programme PDDRC-S. Le deuxième Panel des intervenants a été composé de l’expert et représentant de la CIRGL, de l’expert et représentant personnel de la Ministère d’Etat au Plan ainsi que du Coordinateur de la DYCOD-RDC Me Patient Bashombe. Le premier intervenant en sa casquette d’acteur politique, homme de terrain ayant participé à la signature de cet accord cadre pour la paix, le ministre de l’industrie Julien Paluku a d’entrée de jeu fait remarquer que lorsqu’on parle de l’accord cadre d’Addis-Abeba, il s’agit tout simplement de l’accord pour la paix, la sécurité et la coopération dans la Région, soulignant que l’accord cadre pour la paix et la sécurité pour la RDC et la région n’est pas le premier.
Julien Paluku rappelle qu’en 1999, la RDC avait signé l’accord de LUSAKA en juillet 1998, celui de Sun City en 2002; Le Pacte pour la sécurité et la stabilité pour la paix dans la Région des Grands Lacs en 2006; Le Communiqué conjoint de Nairobi et l’accord de Mototo signé en Tanzanie, qui est un accord entre la RDC et l’Ouganda signé le 08 septembre 2007 sur l’élimination des violences ; Le Communiqué conjoint de Nairobi signé le 09 novembre 2007 entre les RDC et le Rwanda sur la question des FDLR; Ensuite, la convocation d’une conférence à Goma par la RDC en 2008 pour aboutir à la signature de l’accord de paix et de sécurité et de développement dans le Nord et Sud-Kivu; L’accord entre le gouvernement et le CNDP signé le 23 mars 2009, d’où le mouvement du 23 mars. Et c’est qu’est né le M23;
Un mandat offensif
Le Paneliste a démontré que l’accord cadre pour la paix et la sécurité est né après la création du mouvement rebelle du M23 en avril 2012 avec Boscon Ntaganda, commandant des opérations ”AMANI LEO ” et le colonel Makenga, alors commandant des opérations militaires au Sud-Kivu. Les deux décident de se soustraire du processus pour se réfugier dans le territoire de Masisi avant d’aller dans le Rutshuru pour créer le mouvement du M23 dans le but de réclamer l’exécution des accords qu’ils ont signé le 23 mars 2009. Il fait voir comment ce mouvement entame la guerre jusqu’à prendre momentanément la ville de Goma le 20 novembre 2012. Julien Paluku Kahongia note que c’est consécutivement à la prise de la ville de Goma par le M23, que les protagonistes seront conviés à Addis-Abeba pour signer cet accord le 24 février 2013. Et la communauté internationale estime qu’on ne peut pas se limiter uniquement à signer ledit accord. Il faut mettre en place un instrument de contrainte. Pour ce faire, le conseil de sécurité des Nations-Unies vote le 28 mars 2013, la résolution 2098 qui crée une brigade d’intervention au sein de la force de la MONUSCO avec un mandat offensif. Il s’agit d’un instrument de mise en œuvre de l’accord pour surveiller ceux qui ne vont pas respecter. Malheureusement, le M23 et son mentor le Rwanda n’ont pas respecté l’accord-cadre signé en février 2013.
Perspectives
Dans le deuxième point de son intervention, le ministre Julien Paluku a abordé la question des engagements contenus dans l’accord. Il rappelle qu’il existe des engagements pour la RDC, ceux de la région et de la communauté internationale. Il a fait remarquer qu’en analysant les trois engagements, un piège a été tendu à la RDC, du fait que le Rwanda et l’Ouganda sont des acteurs majeurs dans le conflit, cependant, leurs engagements ne sont pas expressément repris dans l’accord. Il n’y a que la RDC qui est citée. Le Rwanda étant cité par les pays de la Région. En guise de solution, Julien Paluku souligne que cet accord est un instrument pour la stabilité de la RDC, il faut le revisiter pour donner lieu également aux obligations du Rwanda et l’Ouganda vis-à-vis des États qui sont cités dans le rapport des experts de l’ONU.
Recommandations
En guise de recommandation, Julien Paluku invite les congolais à s’approprier cet accord, qu’elle dispose d’une équipe des négociateurs permanents à l’instar du Rwanda et de l’Ouganda. Car, la RDC est souvent piégée au niveau de la rédaction des textes et les négociateurs sont toujours renouvelés et ceux-ci ne disposent pas de la maîtrise du contexte des accords signés dans la région.
Mécanisme national de suivi
Pour Claude Mafuta, Directeur de Cabinet, représentant personnel du Coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord cadre, qui est intervenu sur la mise en oeuvre de ces engagements au niveau national, régional et international, a d’entrée de jeu rappelé que l’accord est né dans la mesure où le M23 a pris les armes voulant endeuillé les populations congolaises à l’Est du pays. Et c’est à la recherche des solutions, qu’on est parvenu à la signature de cet accord pour la paix et la sécurité. Le Directeur de Cabinet du Coordonnateur national du MNS a indiqué qu’il ne sert à rien d’aller d’accord en accord, si ces derniers n’arrivent pas à trouver des solutions pour la paix en RDC. Raison pour laquelle, la SADC soutient les opérations militaires lancées en RDC soutenues également par l’Union Africaine, le CIRGL. Il a dénoncé le fait que le Rwanda se présente dans l’accord avec la malice et la complicité. Il est à noter que le Mécanisme national de suivi de l’accord cadre n’a pas fait des recommandations eu égard à cette réflexion, étant donné que cela attend encore la validation des Chefs d’Étatsqui doivent se retrouver en Ouganda pour la validation ou non.
Intervention du PDDRC-S
Le troisième intervenant, le professeur abbé Jean-Bosco Bahala Coordonnateur du PDDRC-S, acteur de la société civile et témoin ayant participé à la signature ayant abouti à l’accord qui met cet outil en exécution de l’accord cadre pour la paix et la sécurité, commence par relever que la RDC souffre des maladies des accords signés non respectés, non réalisés et non mis en œuvre. Car, l’on se retrouve au 22eme accord pour la paix signée durant 30 ans. Cependant, la partie du pays concernée par ces accords, continue à être en danger en dépit de 44 résolutions des Nations-Unies prises concernant la RDC. Le professeur Abbé Jean-Bosco Bahala a fait remarquer que tous les accords signés par la RDC, ont été faits avec la mauvaise personne. Car, ces accords sont signés entre africains in fine, on demande à l’occident d’être le Parrain. En termes de perspectives, le professeur Abbé Jean-Bosco Bahala estime qu’il faille identifier qui est l’ennemi de la RDC. Car, elle signe des accords avec le Rwanda peut être ce n’est pas le Rwanda qui met en danger le pays. Elle signe des accords avec des mouvements rebelles comme le M23, le CNDP alors que ces guerres sont commandités de l’extérieur. La solution est aussi la montée en puissance de l’armée congolaise pour défendre le territoire national.
Campagne de plaidoyer
Clôturant cette conférence, le dernier pour Paneliste, Maître Patient Bashombe Matabishi Coordonnateur de la Dynamique communautaire pour la sociale et le développement, a vivement salué la présence des participants à cette conférence afin de parler de l’avenir du pays, faisant remarquer que ce qui se passe à 2000 KM dans l’Est du pays, peut rejoindre la capitale à tout moment si l’on y prend garde. Raison pour laquelle, la DYCOD-RDC a pris l’habitude de célébrer les anniversaires de l’accord cadre, une manière de sensibiliser la population, une manière de réfléchir et d’interagir pédagogiquement. Il faut rappeler ici que quelques communautés ont pris part à cette activité sur invitation de la DYCOD-RDC, en l’occurrence les communautés du Nord et Sud-Kivu, celles de l’Ituri, Maindombe. Des communautés touchées par les conflits. Me Patient rappelle qu’en tant que DYCOD-RDC, que sa structure travaille avec les communautés pour bâtir la cohésion sociale. Il a invité ces communautés à participer activement dans la recherche des solutions. Car, elles ont un rôle à jouer pour le retour de la paix.
À l’issue de cette conférence, une campagne de plaidoyer a été montée au niveau national et international pour porter haut les voix des communautés. Maître Patient Bashombe a relevé ici que souvent ce sont les voix des politiques et des experts qui sont portées haut. Très optimiste, l’hôte de la conférence pense que le mariage entre les communautés et la société civile va produire des effets. Il propose la mise en place d’un consortium et des plaidoyers.
Nico Kassanda













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