Le membre républicain du Congrès américain Ronny Jackson, fraîchement débarqué d’une tournée en Afrique des Grands Lacs, a réussi l’exploit de susciter l’indignation unanime en RDC. Non content de dépeindre Kinshasa comme un État fantôme rongé par la corruption — une critique certes familière qui a ravi l’opposition.
Mais il a osé réécrire l’histoire des frontières Congolo-Rwandaises avec la subtilité d’un bulldozer. Entre approximations historiques et relais de la propagande rwandaise, son « rapport » ressemble moins à une analyse qu’à un copier-coller des talking points de Kigali. Ce qui fait de lui, un congressman naviguant volontairement entre méconnaissance historique flagrante et malhonnêteté intellectuelle avérée.
De retour aux USA après avoir serré les mains de Félix Tshisekedi le 16 mars et de Paul Kagame, Ronny Jackson a présenté, le 25 mars 2025, un récit digne d’un roman alternatif devant une commission du Congrès. Selon lui, une partie du territoire rwandais aurait été « incluse en RDC lors du découpage colonial », légitimant ainsi la présence de populations Tutsies que Kinshasa refuserait de reconnaître comme citoyennes .
Une thèse qui, pour tout connaisseur de l’histoire régionale, relève moins de la géopolitique que de la fiction — mais qui aligne parfaitement le discours du régime de Paul Kagame, pour qui la RDC reste un réservoir de terres à réclamer . Pire, Ronny Jackson a suggéré que le RDF/M23, un groupe armé terroriste Rwandais, créé et soutenu par Kigali selon l’ONU, pourrait être intégré à l’armée congolaise.
Arguant que les membres du RDF/M23 seraient des « citoyens non reconnus ». Une proposition qui fait écho aux revendications expansionnistes rwandaises, habillées en prétendue quête de droits humains. « Il s’est fait le relais de ceux qui racontent volontairement mal l’histoire », a taclé Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, rappelant que les frontières de la RDC ne sont « pas négociables » .
Face à ce révisionnisme frontalier, le gouvernement congolais a réagi avec une rare unité. Patrick Muyaya Katembwe a balayé d’un revers de main les « élucubrations » de Monsieur Ronny Jackson, soulignant que Washington n’a jamais remis en cause l’intégrité territoriale congolaise — preuve à l’appui, les sanctions américaines contre James Kabarebe, architecte rwandais de l’instabilité dans l’Est de la RDC.
L’ambassade américaine à Kinshasa a enfoncé le clou en précisant que Ronny Jackson n’était qu’un élu du Congrès, et non un « envoyé spécial » de la Maison Blanche, décrédibilisant ainsi son statut de pseudo-diplomate. Pourtant, le mal est fait. En reprenant sans filtre la rhétorique mensongère et belliqueuse de Kigali, Ronny Jackson a offert une tribune à une narration qui légitime l’ingérence rwandaise.
« Quand un parlementaire américain valide les mythes frontaliers de Kagame, il donne des munitions à ceux qui pillent la RDC sous prétexte de défendre des “compatriotes” », analyse un observateur congolais sous anonymat. Si la réécriture de l’histoire a ulcéré Kinshasa, les autres griefs de Ronny Jackson — corruption endémique, climat des affaires délétère, impuissance face au RDF/M23 — ont trouvé un écho paradoxal.
L’opposition a savouré ces critiques, mais en les détachant habilement de ses contrevérités frontalières. « Même un chroniqueur partial peut parfois pointer des réalités », concède un militant de la société civile, rappelant que les accusations de pots-de-vin et de factures fiscales surréalistes (80 milliards de dollars réduits à 1 milliard après « négociations ») ne sont pas sérieuses ni crédibles.
Reste que Ronny Jackson, en proposant un « partage des bénéfices économiques » de l’Est congolais avec le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, révèle une vision cynique : pacifier la région en légalisant le pillage. Une logique qui arrange les prédateurs économiques locaux et internationaux, mais qui enterre l’idée même de souveraineté congolaise. Ronny Jackson incarne le pire des interférences étrangères.
Il est un mélange de mépris, d’ignorance et d’alignement sur des régimes autoritaires. Son rapport, s’il soulève des problèmes réels (corruption, insécurité), est gangrené par des conclusions dangereuses qui alimentent les tensions régionales. Kinshasa, en rejetant ses thèses, rappelle une évidence : la RDC n’a pas besoin de sauveurs autoproclamés, surtout quand ils servent des agendas néo-coloniaux.
Comme l’a résumé le Ministre Patrick Muyaya : “Le peuple congolais a appris à ses dépens qu’il est seul et doit se sauver seul. C’est par la vérité qui, comme le Soleil, finit toujours par percer les ténèbres du mensonge. La lumière de la vérité finira par triompher des illusions et des tromperies”. Reste à savoir si cette prise de conscience se traduira par des actes ou si les rapports fantaisistes continueront de dicter l’avenir du pays.
Et si Ronny Jackson, en bon apprenti historien, s’était trompé de continent ? Sa réécriture des frontières aurait peut-être trouvé sa place dans un western spaghetti mais en Afrique des Grands Lacs, elle ne fait que raviver les cendres d’un incendie jamais éteint. Malgré les efforts pour dissimuler ou tromper l’opinion publique américaine, la vérité finit toujours par émerger. Et la RDC vivra éternellement !
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













