Dans la ville de Goma, l’obscurité n’est pas seulement due à une coupure d’électricité. C’est un noir profond, un silence pesant qui enveloppe les âmes en détresse, étouffant les cris de désespoir. Les jeunes Congolais, traqués comme des proies par l’armée de Kagame, vivent chaque jour dans la peur, tandis que leur terre s’embrase.
Chaque rue, autrefois pleine de vie, est devenue un théâtre d’horreur où les corps sans vie racontent des histoires que personne ne veut écouter. La situation sécuritaire ici est d’une fragilité déconcertante, un équilibre précaire que la violence déchire à chaque instant. Plus de 500.000 personnes ont été déracinées, forcées de fuir vers Goma, espérant y trouver refuge, mais se heurtant à une nouvelle forme de vulnérabilité.
Les camps de déplacés, déjà saturés, deviennent des lieux de désespoir, où l’absence de protection transforme la survie en une lutte incessante. Les larmes des mères pleurant la perte de leurs enfants se mêlent aux cris des hommes et des femmes dont les rêves sont réduits à néant. Goma, cette ville qui aurait dû vibrer de l’espoir, pleure ses victimes.
Et dans cette obscurité, les chiffres des morts et des blessés s’accumulent, mais qui a le temps de compter, lorsque la mort rôde à chaque coin de rue ? Les bombardements sur des zones résidentielles ne sont pas des actes de guerre, mais des crimes contre l’humanité, fauchant des vies innocentes. Le 28 janvier, le CICR a enregistré 200 blessés par balles.
C’est une statistique parmi tant d’autres qui ne fait qu’ajouter une couche de douleur à une réalité déjà insupportable. Deux noms, parmi tant d’autres, résonnent dans cette tragédie : le Commissaire Tshibuyi Kabamba Fabrice, tué dans son propre foyer, et l’Inspecteur adjoint Mitima Kompani Richard, blessé par la folie des balles perdues.
Leurs vies, brisées dans la violence, témoignent d’une humanité qui s’effondre. Que reste-t-il de l’espoir lorsque ceux qui devraient protéger sont eux-mêmes victimes d’une guerre qui n’est pas la leur ? Et pourtant, dans ce silence assourdissant, où sont les voix qui devraient s’élever ? Les gouvernements, les organisations internationales, les citoyens du monde…
Que font-ils face à cette horreur ? Ce silence complice est une trahison de l’humanité. Les cris des Congolais résonnent dans le vide, mais l’indifférence semble être la norme. Cette terreur insupportable doit cesser. Goma mérite mieux qu’un destin tragique. Les victimes, des enfants aux vieillards, sont les témoins d’une lutte pour la survie.
L’humanité doit se réveiller, sortir de son apathie et agir avant que ce silence ne devienne la norme, avant que Goma ne soit qu’un lointain souvenir, une ville oubliée, engloutie par la terreur. Il est temps d’ériger des murs de solidarité autour de ceux qui souffrent, de briser le silence et de faire résonner l’écho de la justice. Les cris de Goma ne doivent pas rester inaudibles. Ils doivent être entendus, ils doivent être écoutés, et, surtout, ils doivent mener à l’action.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













