Sombele suka ya bisanga se traduit littéralement par “Sombele, la dernière des îles” ou “Sombele, la toute dernière île”. Est-ce qu’une telle île existe au Congo ? Oui.
Pendant les années prospères de la République démocratique du Congo, en plus des réseaux ferroviaires de l’Onatra, le fleuve Congo était une grande artère où les bateaux-courriers et les cargos assuraient des trajets entre la capitale et les provinces riveraines. Ces bateaux étaient les liens entre la capitale et le Congo profond. Le départ d’un bateau pour Kisangani, en passant par Bolobo, Yumbi, Mobeka, Lokolela, Lisala, Mbandaka, Bumba, était un événement marquant. De même pour son retour et son accostage au port de l’Onatra à Kinshasa.
Kisangani se trouvait en amont, appelé “Minano” dans le jargon. Le mouvement contraire, en aval, était appelé “Mitsio”. Et que vient faire Sombele dans tout cela ? Sombele n’est qu’une déformation de Tshumbiri, mal prononcé par les Belges. Il s’agit d’une île située non loin de Bolobo et Yumbi, dans la province de Maï-ndombe. L’arrivée du bateau-courrier à Tshumbiri ou Sombele, après un long voyage depuis Kisangani, marquait la fin du périple. Après une succession d’îles sur le fleuve Congo, Tshumbiri était la toute dernière avant d’arriver dans la capitale Kinshasa. Après Sombele, il y avait le pool Malebo, puis Kinshasa après Maluku.
Le voyage touchait donc à sa fin
C’était la fin des échanges commerciaux et des marchandages à bord du bateau. Les dettes contractées entre les commerçants étaient réglées, de même que les bagages qui commençaient à être préparés. En effet, à Kinshasa, au port, avec l’agitation et le tumulte, il était facile de se perdre de vue pour toujours, une fois le bateau pris d’assaut par les badauds, les voleurs, les commerçants, les membres de familles et les agents de l’office lors de l’accostage.
En somme, tout se réglait déjà à Sombele, la dernière des îles. Après cette île, le bateau ne faisait plus aucune escale. “Nous sommes arrivés à Sombele, tu me dois de l’argent maintenant !”. Les idylles prenaient également fin, surtout pour les femmes et les hommes mariés. Tout prenait fin absolument à Sombele. Aujourd’hui, par extension, Sombele est devenu synonyme de non-compromis, de non-concession, voire d’intransigeance. Cela équivaut presque à un ultimatum. Sombele suka ya bisanga, Sombele suka ya makambo car après Sombele, il n’y a plus rien. Terminus !
Dary Abega / Lobjectif.net













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