La scène politique congolaise n’est pas étrangère aux discours flatteurs, aux bilans enjolivés et aux communicants trop zélés. Mais rarement a-t-on vu une telle déconnexion entre communication officielle et réalité du terrain que dans le cas du gouverneur Jean Bakomito Gambu. La communication politique est un art, certes.
Mais lorsqu’elle verse dans l’aveuglement partisan et la falsification outrancière des faits, elle devient une insulte à l’intelligence collective. Depuis plusieurs mois, les médias Privés comme les comptes réseaux sociaux alignés diffusent un discours de glorification quasi messianique du gouverneur Jean Bakomito. Ses principaux communicants, autoproclamés “soldat numérique du progrès”, déploient une stratégie bien connue mais usée.
Dans les cercles politiques critiques, la stratégie est appelée “gonflement” c’est-à-dire amplifier exagérément des actions marginales pour masquer l’absence d’un véritable impact. Comme illustration, on assiste souvent à des discours comme ceux-ci. Un forage est présenté comme une “révolution hydraulique”, la distribution de quelques bancs d’école devient “un saut qualitatif dans l’éducation”.
Et un atelier de planification est qualifié de “sommet sur la refondation de la gouvernance”. Mais les chiffres, eux, ne mentent pas. Le budget d’investissement de la province n’a pas dépassé 40 % d’exécution au premier semestre. L’indice de développement local est en recul. Et les promesses électorales de 2023 restent, pour la plupart, lettres mortes.
Cette communication agressive qui vise à gonfler artificiellement le bilan du gouverneur vante un « développement spectaculaire » que même les habitants peinent à percevoir.
Des mots, encore des mots…
La communication du camp Bakomito repose sur des termes ronflants : “révolution infrastructurelle”, “reprise économique accélérée”, “leadership visionnaire”. À l’écouter, la province aurait connu une transformation spectaculaire. Routes “réhabilitées”, hôpitaux “modernisés”, agriculture “mécanisée”, et même, selon leurs propres termes, “le retour de l’espoir”. Pourtant, sur le terrain, la réalité est tout autre.
Les routes demeurent des pièges à pneus, les centres de santé manquent presque de tout, et le chômage des jeunes n’est plus un secret de polichinelle. À la place d’un bilan chiffré, documenté et vérifiable, le public n’a droit qu’à des vidéos promotionnelles, des slogans creux et des images floues d’inaugurations sans lendemain. Ce que les communicants de Bakomito appellent “révolution silencieuse” semble surtout être une gestion silencieuse… de l’immobilisme.
La fanatisation au service du vide
Le communicant en chef, dont l’identité publique semble se confondre avec celle d’un militant fanatisé, s’est récemment illustré par des sorties médiatiques où la critique du gouverneur est assimilée à une “trahison de la province”. Une tactique classique : transformer le débat sur la gouvernance en culte de la personnalité. Au lieu de répondre aux accusations concrètes de détournements, d’opacité budgétaire et de favoritisme dans les marchés publics, il préfère détourner l’attention en attaquant les opposants.
Mais aussi les journalistes et même les membres de la société civile. Tout est bon pour défendre l’indéfendable. Pourtant, dans les rues de la province, les nids-de-poule, les pénuries d’eau potable et les délestages chroniques contredisent brutalement ces affirmations. Comment justifier, dans ce contexte, un discours triomphaliste ?
Une stratégie de diversion ?
Plusieurs analystes politiques critiques estiment que cette communication outrancière vise avant tout à détourner l’attention de l’absence de résultats concrets. En inondant l’espace public de récits flatteurs, on espère créer une perception positive là où l’action réelle fait défaut. Ce phénomène n’est pas nouveau. Mais ce qui frappe, c’est l’écart abyssal entre la communication institutionnelle et la réalité vécue par les citoyens. À force de défendre l’indéfendable, le communicant en chef finit par perdre toute crédibilité.
Gouverner, ce n’est pas raconter
La stratégie de gonflement employée autour du bilan du gouverneur Bakomito soulève une question plus large sur la responsabilité des communicants publics. Ont-ils pour rôle d’informer, de manipuler ou de travestir les faits ?
La démocratie exige des comptes, pas des slogans. Or, à ce jour, aucune évaluation indépendante des projets annoncés par le gouvernorat n’a été rendue publique. Où sont passés les chantiers promis ? Pourquoi les populations ne ressentent-elles aucun effet de ce “développement” vanté à longueur de journée ?
La parole sans l’action : un piège politique
À long terme, cette stratégie pourrait se retourner contre ses auteurs. Les citoyens, mieux informés et de plus en plus critiques, ne se contentent plus des beaux discours. Ils exigent des résultats palpables. La propagande a ses limites, surtout quand la souffrance quotidienne sert de contre-récit. Il est temps que les autorités sortent de leur bulle médiatique et affrontent la réalité : un mandat ne se défend pas avec des likes ou des déclarations emphatiques, mais avec des actes mesurables, concrets et visibles.
En somme, la province ne demande pas des slogans, mais des résultats. Pas des images flattées par des filtres numériques, mais des actions palpables. Le rôle d’un communicant n’est pas de faire du maquillage permanent sur le visage de la réalité, mais de rendre compte avec rigueur et responsabilité.
En s’enfermant dans une stratégie de gonflement à outrance, les communicants du gouverneur Bakomito prennent un risque majeur : celui de déconnecter définitivement la parole publique de la réalité vécue par les citoyens. Et quand la déception rencontre la lucidité populaire, le retour de bâton politique peut être brutal. La province n’a pas besoin de communicants fanatiques, mais de gouvernants responsables. La confiance des citoyens ne se mérite pas par la parole, mais par l’impact réel sur leur vie.
François Anga Kupa / Lobjectif.net













