C’était censé être la réponse forte, coordonnée, imparable. L’opération Sujaa, ce grand mot surnom d’un des fondateurs de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) qui signifiait selon les explications ougandaises mutualisation des forces, renseignements partagés et action concertée contre la terreur des ADF. Un bel édifice théorique, un château de cartes stratégique qui devait enfin protéger les populations.
Puis, ils sont arrivés à la maternité. Le carnage a eu lieu dans un lieu qui incarne la vie, l’espoir, la fragilité. Dix-sept femmes. Dix-sept vies fauchées dans l’endroit même où elles avaient donné la vie, ou où elles espéraient le faire. Le contraste est si violent qu’il en est écœurant. La promesse solennelle de protection, pulvérisée par la brutalité la plus absolue. Comment est-ce possible ? La question hurle dans le silence des communiqués officiels.
Comment une force mutualisée, supposée être plus réactive, mieux informée, plus puissante, a-t-elle pu laisser les assassins parcourir la distance qui sépare la forêt de l’hôpital ? Où étaient les drones, les patrouilles, les check-points ? Où était le fameux “renseignement en temps réel” ? La vérité, poignante et triste, est que Sujaa a montré ses limites non pas dans une bataille rangée, mais dans l’incapacité la plus fondamentale : protéger les plus vulnérables.
Les ADF, eux, n’ont pas de problème de coordination. Leur chaîne de commandement est efficace, leur logistique de la mort, implacable. Ils ont démontré avec une cruauté chirurgicale qu’ils pouvaient traverser nos dispositifs comme un couteau dans du beurre. C’est cela qui est le plus écœurant. Ce n’est pas seulement l’échec, c’est le spectacle d’une machine militaire lourde, coûteuse, présentée comme la solution, qui se révèle un leurre.
Les mères, les futures mères, sont mortes sous la protection théorique de soldats qui n’ont pas pu, ou pas su, intervenir. Leur mort est un double assassinat : par les armes des terroristes, et par la faillite d’un système qui avait promis de les sauver. Chaque chiffre – 17 – est une gifle adressée à tous les états-majors, à toutes les réunions de coordination, à tous les beaux discours sur la sécurisation.
Aujourd’hui, le bilan est plus que triste, il est désespérant. La mutualisation des forces n’a pas empêché le pire. Elle n’a même pas réussi à le compliquer. Elle a échoué dans sa mission la plus élémentaire : être là où le danger frappe. Alors on se retrouve avec un chagrin immense, un sentiment d’abandon profond et une question qui restera sans réponse pour les 17 femmes de cette maternité : à quoi bon mutualiser la force si c’est pour échouer ensemble à protéger une seule vie ?
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













