Depuis le 24 juillet 2025, les affrontements entre la Thaïlande et le Cambodge ont atteint un niveau de violence inédit depuis 2011, faisant au moins 16 morts (dont 15 civils thaïlandais et un civil cambodgien) et provoquant l’exode de plus de 138 000 personnes côté thaïlandais et 5 000 côté cambodgien. Ce conflit a des racines centenaires.
Ces combats, marqués par des frappes aériennes, des tirs d’artillerie et des accusations mutuelles de violations du droit international, révèlent une crise bien plus profonde qu’un simple différend territorial. Le tracé de la frontière entre les deux pays, hérité de l’époque coloniale française (traité de 1907), reste une pomme de discorde. L’épicentre des tensions actuelles se situe autour du temple de Preah Vihear.
Ce temple attribué au Cambodge par la Cour internationale de justice (CIJ) en 1962, puis en 2013, mais dont les environs restent contestés. En 2011, des affrontements avaient déjà fait 28 morts autour de ce temple classé à l’UNESCO. Au mois de février 2025, l’incident du Prasat Ta Muen Thom, où des touristes cambodgiens ont été empêchés par l’armée thaïlandaise de chanter leur hymne national, a ravivé les tensions nationalistes.
En mai 2025, la mort d’un soldat cambodgien dans la zone du “Triangle d’Émeraude” a précipité la crise actuelle. Les combats des 24-25 juillet ont marqué un tournant avec l’utilisation d’armes lourdes. Six avions F-16 thaillandais ont bombardé des positions cambodgiennes, détruisant deux chars et des postes de commandement. Bangkok accuse Phnom Penh d’avoir visé des civils, notamment une station-service et un hôpital à Sisaket.
Le Cambodge dénonce des frappes thaïlandaises près du temple de Preah Vihear, qualifiées de “crimes de guerre” par le ministère cambodgien de la Culture. Les deux camps se rejettent la responsabilité des premiers tirs, alimentant un récit binaire où chaque pays se présente en victime . La Thaïlande déplore 15 morts (dont un enfant de 8 ans), 40 000 blessés, et 138 000 déplacés dans des centres d’accueil.
Le Cambodge compte un civil tué, cinq blessés, et 5 000 évacués. Des scènes de panique ont été rapportées à Samraong (Cambodge), où des familles fuient sous les tirs d’artillerie. Malgré les appels au calme de l’ONU, de la Chine et des États-Unis, les négociations patinent. La Thaïlande refuse toute médiation extérieure, exigeant un cessez-le-feu préalable. Le Cambodge, par la voix de Hun Manet, réclame une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.
L’ASEAN, présidée par la Malaisie, peine à imposer son autorité, minée par des divisions internes. Derrière ce conflit se profilent des enjeux géopolitiques plus larges. Le gouvernement intérimaire de Phumtham Wechayachai, fragilisé par la suspension de la Première ministre Paetongtarn Shinawatra (après une fuite téléphonique avec Hun Sen), pourrait instrumentaliser le nationalisme.
Hun Manet, fils de l’ex-dirigeant Hun Sen, cherche à affirmer sa légitimité en durcissant sa posture. Ces affrontements ne sont pas qu’une querelle de frontière : ils reflètent l’échec des mécanismes régionaux de paix et la montée des populismes nationalistes. Alors que la CIJ a déjà statué à deux reprises, la militarisation de la zone et les discours belliqueux risquent de prolonger une crise dont les civils paient le prix fort.
Nous avons essayé de trouver un compromis parce que nous sommes voisins. Mais si la situation s’aggrave, elle pourrait devenir une guerre a conclu Phumtham Wechayachai, Premier ministre par intérim thaïlandais.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












