Tribune : Adieu Kin la belle !

Pour nous les nostalgiques, nous sommes de plus en plus enclin à tirer une croix sur cette ville.
Qu’est devenu Kin- la-belle pour nous, les kinois d’antan?

Ces allées macadamisées au milieu des enclos faits en haies d’eucalyptus, cocotiers ou fambloyants, délicatement taillés à Kalina, Ma campagne et Limete, et qui parfumaient par des senteurs rafraîchissantes les quartiers autres fois propres et aérés? Les pavillons superbement tracés, entourés des avenues macadamisés à Bandal, Lemba et Matete. Les forêts urbaines de Synkin (aujourd’hui quartier GB), la forêt des eucalyptus à Ndjili, le petit bois de Kalina (concession du collège Boboto), la forêt urbaine entre l’ONL et l’école AMI (en face du palais du peuple aujourd’hui)…Kin la belle où douceur de vivre et fraîcheur du fleuve enchantaient notre jeunesse vagabonde et joyeuse. Pendant les vacances, nous faisions les tours des familles, chacune tenant absolument que nous partagions ensemble une nourriture fraîche et bio, ou haricots et riz débordaient des assiettes, quand ce n’étaient pas foufou et poissons frais du fleuve. Les Thompson, on ne connaissait pas. Tout le monde connaissait tout le monde, les matches de football, on allait les regarder devant la télé du voisin, et gare aux galopins qui osaient mal se comporter, la gifle du papa du voisin te rattrapait et heureux étais-tu, s’il n’en faisait part au paternel, qui à coup sûr la doublerait.. OoohKin la belle, où le respect des aînés, de l’Eglise, de la maman…étaient le socle de cette vie bon enfant qu’on partageait… dans les bus OTCC ou STK, il suffisait juste de lever les yeux pour lire le fameux précepte « tata, tikelamamaesikaafanda(papa, laisse la place à la maman)devant vous. Le respect des morts etait de rigueur. Qui a oublié nos mécaniques signes de croix devant un corbillard qui passait?
Adieu Kin la belle
tu fais désormais partie du passé…
Qui connait encore de nos jours les procures de frère à Kintambo ou la librairie de l’armée du salut en ville où nous allions nous ravitailler en fournitures scolaires avant chaque rentrée scolaire ? Qui se rappelle encore du père Buffalo,du père Lecuit, du frère Guy, ces encadreurs hors pairs de la jeunesse ? Qui se rappelle encore du ciné palladium, du ciné Bandal, du ciné Mingiedi à Kintambo où nous allions suivre les films de Dramenda, de Django… Qui se rappelle encore des revues Jeune pour jeune avec Apolosa et Sinatra?
Des puissantes sonneries de Texaf qui tôt le matin réveillait la ville et qui rappelait à tous que le pays était au travail….et des puissants projecteurs de l’Otraco qui la nuit distillaient ses phares sur toute la ville et même en face chez nos voisins. Question de leur rappeler que le peuple veillait
Kin-la-belle tu n’es plus aujourd’hui que l’ombre de toi-même
Adieu ma ville,
Adieu mon passé,
Adieu mon enfance,
Mes enfants ne connaîtront jamais cette belle jeunesse que nous avons vécue,
Les guerres, les pillages, les humiliations, la haine, la bêtise, l’orgueil, le tribalisme, l’égoïsme, la paresse….ont tout ravagé sur leur passage,
Voici venu maintenant le tour de la génération  » chance elokopamba », de la génération ujana….. Ce sont eux aujourd’hui qui peuplent nos rues, nos écrans, nos esprits
La plupart des familles( où l’on voit le sorcier partout) sont déchirées
Les écoles en crise
Les universités en crise
Les hôpitaux en crise
Les médias en crise
Les églises en crise
Il faudrait juste jeter un coup d’œil sur les réseaux sociaux à l’heure actuelle avec les derniers scandales en date pour se faire une idée
Moi, écrivain, à mes heures perdues, j’avais tiré la sonnette d’alarme à travers mon livre »Je suis Charlie au Congo ».
Le Congo est malade.
La crise, elle est très grave
Elle n’est pas politique, elle est existentielle, civilisationnelle
Il faut une véritable thérapie de choc, mais qui m’avait écouté ?
Ce n’est ni la dissolution, ni la destitution ni les élections anticipées qui résoudront le problème. C’est le retour aux fondamentaux. Le retour aux valeurs.
Et cela passe par l’ETHIQUE. Ce pays a besoin d’une révolution morale.
Aussi, je lance un appel à cette infime minorité de l’élite consciente de notre pays qui comprend encore les choses, de faire de l’éthique son cheval de bataille. Il suffit juste de persuader chaque corps social (opérateurs politiques, confessions religieuses, monde des affaires, corps professoral, administration, médias, diaspora…) à élaborer chacun dans sa sphère, une charte éthique. Ensuite, mettre en place des comités de surveillance. Entre-temps, démarrer un travail de vulgarisation. Cela prendra du temps. Même une génération. Mais c’est la seule porte de sortie qui reste pour sauver ce pays.
Adieu Kin-la belle
Inspiré du livre  » une histoire de violences: Je suis Charlie au Congo, de Jean Baptiste Bokoto, paru aux éditions Harmat

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