La visite de Félix Tshisekedi à Bujumbura pour le 23ème sommet du COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) suscite des attentes, mais aussi des interrogations. À l’heure où l’Afrique peine à s’unir face aux défis économiques, sociaux et environnementaux, la question se pose : cette rencontre sera-t-elle un tournant décisif ou un simple prolongement de promesses non tenues ?
En arrivant dans la capitale burundaise, le Président de la RDC Félix Tshisekedi s’inscrit dans une dynamique de coopération régionale, après sa visite en Ouganda. Le thème du sommet, « Accélérons l’intégration régionale par le développement des chaînes de valeurs régionales », soulève un point crucial : comment passer des discours à l’action ?
Les chaînes de valeurs régionales dans des secteurs clés tels que l’agriculture, l’exploitation minière et le tourisme représentent des leviers potentiels pour le développement. Cependant, l’Afrique de l’Est et plus encore la region des Grands Lacs est confrontée à des siècles de défis, tels que l’insécurité, la corruption et des infrastructures souvent obsolètes.
Le COMESA, qui regroupe vingt et un États membres, a été conçu comme un cadre pour améliorer le commerce et l’intégration régionale. Pourtant, le chemin parcouru reste semé d’embûches. La zone de libre-échange instaurée en 2008, censée dynamiser le commerce intra-africain, n’a pas produit les résultats escomptés.
L’absence de synergies concrètes entre les pays membres laisse planer le doute sur la capacité du bloc à transformer l’économie régionale. Le projet d’un régime commun de visas pour stimuler le tourisme est un exemple frappant des aspirations du COMESA. La réalisation de cette initiative dépend largement de la volonté politique des États membres de surmonter leurs rivalités et de s’unir pour un objectif commun.
Le climat d’instabilité politique et les tensions entre certains pays de la région rendent cette coopération encore plus délicate. Félix Tshisekedi, en tant que Président de la RDC, doit naviguer dans ces eaux troubles avec prudence. Sa participation à ce sommet est une opportunité pour promouvoir les intérêts de son pays, mais elle soulève également des questions sur sa capacité à jouer un rôle de leader dans la région.
La RDC, riche en ressources naturelles, est à la fois un atout et un défi pour l’intégration régionale. La question demeure : comment Tshisekedi compte-t-il convaincre ses homologues de la nécessité d’une approche collaborative qui dépasse les discours enflammés ? Un autre point d’interrogation concerne l’impact de ces sommets sur la vie quotidienne des populations.
Les leaders africains se réunissent régulièrement pour discuter de l’intégration et du développement, mais les bénéfices tangibles pour les citoyens restent souvent invisibles. La promesse d’une agriculture résiliente au climat et d’un développement minier responsable doit se traduire par des actions concrètes qui améliorent les conditions de vie des Africains.
La visite de Félix Tshisekedi à Bujumbura doit être scrutée à la loupe. Les discours sur l’intégration régionale et le développement des chaînes de valeurs sont louables, mais ils doivent être accompagnés de mesures concrètes et d’une volonté politique réelle. L’Afrique ne peut se permettre de se contenter d’illusions de coopération. Il est temps que les dirigeants africains passent des promesses aux actes, pour le bien-être de leurs citoyens et l’avenir du continent.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












