Comment un secrétaire fédéral, Nanou Gato, dans l’ombre du Gouverneur Jean Bakomito, a pu suspendre un élu du peuple, Prosper Madilu ? La RDC est contrainte de regarder son reflet le plus hideux. Si le désordre n’avait pas de définition, il suffirait de pointer un doigt accusateur vers l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS).
Le parti au pouvoir, censé incarner l’espoir et la nouvelle voie, s’évertue à offrir au pays le spectacle le plus pathétique et dégradant de ce à quoi peut ressembler une formation politique en décomposition avancée. La scène se passe dans le Haut-Uélé, mais le scénario est malheureusement national. Ici, l’arbitraire est érigé en mode de gouvernance. Le dernier acte en date ? La suspension du député provincial Prosper Madilu.
Son crime ? Avoir osé, peut-être, penser par lui-même, ou avoir représenté une once de dissidence face à l’ordre établi par une poignée de caciques locaux. L’exécuteur des basses œuvres n’est autre que le secrétaire fédéral Nanou Gato. Un nom qui résonne comme un coup de sifflet dans les couloirs du pouvoir provincial, tant son intimité avec le Gouverneur Jean Bakomito est un secret de Polichinelle.
Cette proximité toxique entre un responsable partisan et le premier personnage de la province pose une question simple et brutale : qui gouverne réellement le Haut-Uélé ? L’institution légale et élue, ou les arrangements opaques et les rancunes partisanes qui se règlent par des suspensions expéditives ?L’affaire Prosper Madilu n’est pas un incident isolé. C’est un symptôme.
Le symptôme d’un parti, l’UDPS, qui semble avoir fait du chaos son principal logiciel de fonctionnement. On y prêche l’unité sur les estrades de Kinshasa, tandis que dans les provinces, on pratique l’élimination systématique de toute velléité d’indépendance. On y vante la démocratie, mais on y étouffe la voix des élus du peuple dès qu’elle dérange. Le peuple congolais, lui, regarde, écœuré.
Il voit ses représentants, pour lesquels il a bravé les files d’attente et le soleil pour voter, être démis comme de simples pions sur un échiquier par des apparatchiks dont la légitimité se résume à leur carnet d’adresses. Cette mascarade est une insulte à l’intelligence des citoyens et une trahison des principes démocratiques les plus élémentaires. Que reste-t-il de la crédibilité de l’UDPS ?
Ce parti qui, de l’intérieur, se dévore lui-même avec une telle voracité ? Que doit penser un jeune Congolais en voyant que le mérite, le vote et la légitimité populaire peuvent être balayés d’un revers de main par un secrétaire fédéral bien connecté ? L’UDPS, dans cette affaire, ne suspend pas seulement un député. Il suspend sa propre crédibilité. Il offre au pays le visage hideux d’une organisation où la règle de droit est un vain mot.
Un parti où la loyauté personnelle prime sur l’intérêt général, et où le désordre est si profondément enraciné qu’il en devient une doctrine. Si le parti au pouvoir aspire à un quelconque respect, qu’il commence par balayer devant sa propre porte. Qu’il cesse de donner en spectacle ses querelles intestines et qu’il se souvienne que sa raison d’être est de servir la nation.
Et non d’être le théâtre de l’absurde où s’exercent, en toute impunité, les plus vils instincts du pouvoir. En attendant, le Haut-Uélé, et avec lui toute la RDC, retiennent leur souffle. Ils assistent, impuissants, à un cours accéléré de comment tuer l’espoir et institutionnaliser le chaos. Et la leçon, magistralement donnée par l’UDPS, est d’une tristesse à faire pleurer les pierres.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













