Alors que les députés provinciaux du Haut-Uélé regagnent ce lundi 29 septembre 2025 le siège de leur Assemblée à Isiro , c’est dans un silence assourdissant du pouvoir exécutif provincial qu’ils entament leur session. Le contraste est saisissant : d’un côté, des élus revenant de leurs bases respectives, portant les plaintes de la population et incarnant la vitalité des institutions.
De l’autre côté, une province qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise, abandonnée à son sort par ceux-là mêmes qui ont juré de la gouverner. Où est donc le Gouverneur Jean Bakomito Gambu ? La question fuse dans les couloirs, tant il semble plus présent ailleurs que dans sa province. Cette session “budgétaire” fera face à l’effondrement infrastructurel de la province du Haut-Uélé.
Les honorables élus sont conviés pour une session présentée comme “capitale”, devant porter sur l’élaboration et l’adoption du calendrier budgétaire, socle du fonctionnement régulier de nos institutions. Une litanie administrative qui sonne creux aux oreilles d’une population confrontée à l’urgence. La situation routière, notamment, est un camouflet pour l’alliance de Gombe, la coalition au pouvoir.
Le pont Bomokandi, effondré depuis septembre 2023 et dont les travaux traînent en longueur, en est le symbole le plus criant. Alors que la saison des pluies pointe à l’horizon, annonçant un enfer pour des routes déjà impraticables, la lenteur des travaux condamne toute une région à l’isolement et à l’asphyxie économique. Il y a quelques mois, certains députés tentaient d’exercer leur devoir de contrôle.
Ils avaient convoqué le directeur provincial de l’Office des Routes. Réponse ? Une absence, justifiée par un voyage à Kinshasa, perçue comme un “véritable acte de sabotage” de l’institution parlementaire. Cette absence est une insulte, et elle reflète le mépris dans lequel sont tenues les instances de contrôle de la province. C’est là que le regard s’est tourné vers le Gouverneur fantôme, atteint du syndrome de l’annonce sans suite.
Avant qu’il ne voyage puisqu’il passe son temps ailleurs que dans la province, il serait mieux qu’il dise à la population pour cette rentrée, il compte promettre quoi qu’il n’a pas encore promis ? Cette question, brûlante d’amertume, résume l’état d’esprit des populations. Le gouvernement provincial fonctionne-t-il encore ? Les députés, de retour de leurs bases respectives, sont les témoins directs de la souffrance devenue une seconde nature dans le Haut-Uélé.
Ils ont vu les routes se délabrer un peu plus, ils ont écouté les paysans ne plus pouvoir écouler leurs récoltes, ils ont constaté la flambée des prix et l’effondrement des services publics. Rien n’avance. La population a perdu tout espoir après des mois de la gouvernance Bakomito. Le Haut-Uélé semble s’enfoncer dans un précipice. Les beaux discours s’évaporent, ne laissant place qu’à des élucubrations déconnectées du quotidien des citoyens.
La population n’attend plus des promesses, mais des actes concrets. Ce que la population attend : des réponses, pas des mots. La population est lasse. Elle anticipe déjà le scénario des vaines promesses. Alors, en guise de conclusion, voici ce qu’elle est en droit d’exiger pour cette rentrée, des réponses aux questions qui taraudent. Le Pont Bomokandi : Une date de livraison ferme et publique, et des sanctions en cas de nouveau retard.
La province ne peut plus être otage d’un chantier. Un plan d’urgence pour les routes : Un programme chiffré, avec un calendrier clair, pour rendre les artères vitales de la province praticables avant la saison des pluies. C’est une question de survie économique. La transparence budgétaire : À quoi serviront exactement les fonds publics ? Les députés doivent exiger que chaque franc soit tracé.
Et que les priorités soient les infrastructures et la santé, et non les dépenses de prestige. La présence du Gouverneur : Une obligation de rendre des comptes, en personne, devant l’assemblée provinciale. Le peuple a élu un leader, pas un absentéiste. Les députés, en cette rentrée du 29 septembre, portent une lourde responsabilité. Ils doivent incarner le rempart contre l’indifférence et l’inertie.
Il est temps de demander au Gouverneur, s’il lui arrive de dormir la nuit, alors que le Haut-Uélé se réveille chaque jour un peu plus meurtri. Le temps des belles paroles est révolu ; place aux actes, ou alors, à la reddition des comptes.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













