L’histoire humaine est ponctuée de conflits où les blessures du passé alimentent les feux d’un ressentiment intergénérationnel. Parmi ces récits, celui des tensions entre certains membres de la communauté rwandaise et la population de Kinshasa se distingue par sa complexité et sa profondeur émotionnelle.
À la croisée de la mémoire collective et de la quête de vengeance, se trouve une réflexion urgente et nécessaire sur les conséquences d’une telle dynamique. Les événements de 1998 qui ont conduit à l’opération aéroportée de Kitona conduite par le général rwandais James Kabarebe sont gravés dans la mémoire rwandaise mais aussi congolaise. Ils ont laissé une empreinte indélébile.
Le sentiment de trahison pour le peuple Congolais des Rwandais qu’ils ont accueillis, hébergés, instruits et éduqués ; et de perte du contrôle du pouvoir directement à Kinshasa qui en résulte pour les caciques du régime Rwandais est transmis aux générations futures, créant une chaîne de ressentiments qui transcende le temps et l’espace. Ce phénomène n’est pas unique à cette situation.
L’histoire regorge d’exemples où les enfants héritent des conflits de leurs parents, alimentant une spirale sans fin de haine et de violence. Lors de discussions avec des communautés rwandaises à travers le monde, une idée persistante émerge : la nécessité de venger les disparus qui ont été tués à Kinshasa. Cette quête de justice, bien que compréhensible, cache un piège insidieux.
La vengeance, souvent perçue comme un moyen de rétablir l’honneur ou de réparer une injustice, ne fait qu’ajouter de nouvelles couches de douleur et de souffrance. Elle transforme les victimes en bourreaux potentiels, perpétuant un cycle où les rôles se renversent mais où la douleur demeure constante. Mais comment rompre ce cycle infernal? La solution ne réside pas uniquement dans la justice punitive.
Mais dans une justice réparatrice qui cherche à comprendre et à guérir. Elle nécessite un dialogue honnête et ouvert, où les histoires de souffrance peuvent être partagées et reconnues. Il s’agit de construire des ponts au lieu de creuser des fossés, d’enseigner aux nouvelles générations l’importance de la réconciliation et de la paix. Kinshasa ne se laissera jamais dominée ni colonisée par les Rwandais.
Le défi est d’autant plus grand que ceux qui manipulent ces tensions pour parvenir à leurs fins sous-estiment la profondeur de la douleur et de la détermination qu’ils attisent. Une vengeance aveugle ne sert que ceux qui prospèrent dans le chaos, laissant derrière eux des communautés brisées et un héritage de douleur. La jeunesse kinoise est d’une détermination que d’aucuns minimisent.
Il est crucial de se rappeler que l’identité d’un peuple ne se résume pas à ses moments de haine et de douleur, mais aussi à sa capacité de résilience et de renaissance. Pour les Rwandais et les Kinois, comme pour tant d’autres, il est temps de transformer cette mémoire collective en une force pour le changement positif. Se souvenir, non pas pour raviver la haine, mais pour bâtir un avenir où plus jamais un peuple ne se retournera contre un autre.
Kinshasa peut plier, mais ses racines sont trop profondes pour céder. Même dans la tempête, kinshasa vacille sans jamais sombrer. L’histoire retiendra ceux qui ont choisi la voie du dialogue et de la réconciliation plutôt que celle de la vengeance. C’est une alerte, non pas pour préparer une revanche, mais pour rechercher une paix durable et authentique.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













