Le diable a un uniforme, et ce mois de décembre 2025, il portait celui de l’armée rwandaise. Le rapport officiel dévoilé par Kinshasa n’est pas un document administratif, c’est un stigmate brûlant au fer rouge sur la conscience collective de l’humanité. 1 500 cadavres entassés dans la boue de Mayi ya moto, et surtout, ce chiffre qui brise la nuque à toute décence : 14 400 femmes.
Lisez-le lentement. Quatorze mille quatre cents corps de mères, de filles, de sœurs, transformés en butin de guerre, en exutoire d’une soldatesque ivre de haine ethnique et d’impunité. Pendant quarante jours, Uvira n’a pas été occupée, elle a été méthodiquement éventrée. On voudrait croire à un cauchemar, mais les pleurs étouffés des enfants de douze ans dans les décombres nous rappellent que cette barbarie est la réalité froide, administrative, planifiée d’un régime voisin que l’Occident continue de couvrir du manteau hypocrite du développement exemplaire.
Et pendant que les corps se vidaient de leur sang et de leur dignité, les voleurs faisaient leurs comptes. Car il faut parler de la prédation, cette sordide logistique du crime. Le pillage n’était pas le fait de quelques soudards avinés ; c’était une entreprise d’État. Cent soixante-deux camions immatriculés au Rwanda, traversant la frontière les bennes pleines du patrimoine congolais volé, sous les yeux de drones américains soi-disant aveugles.
On assassinait pour le coltan, on violait pour l’or, et on déplaçait les populations pour faire place nette au racket transfrontalier. Les fosses communes de Kilomoni et Rutembo ne sont pas des “dommages collatéraux” d’une guerre civile, elles sont les scellés funèbres d’une opération de nettoyage ethnique doublée d’un hold-up économique. Le cynisme est à son comble lorsque Kigali ose encore jouer les vierges effarouchées devant le Conseil de Sécurité.
Ce rapport est la preuve irréfutable que derrière le masque policé du président Paul Kagame se cache le visage grimaçant d’un régime prédateur, fossoyeur de l’Afrique des Grands Lacs. Face à ce charnier à ciel ouvert, la communauté internationale, cette vieille courtisane fatiguée, bredouille des “condamnations molles” comme du pain trempé. Pourtant, il y a un nom à retenir : Samuel Mbemba. Et une promesse : celle du Chef de l’État congolais Félix Tshisekedi de traîner les coupables devant la justice.
Mais pour 300 000 déplacés squelettiques et 12 000 enfants désormais orphelins de leur innocence, la justice a un goût de cendres et de trop tard. Qu’on ne vienne plus nous parler de “processus de paix” où l’on sert des petits fours aux bourreaux. Ce qu’il s’est passé à Uvira exige un cri, une colère noire, une rupture. Il faut des sanctions qui écrasent, des mandats d’arrêt internationaux qui claquent, et une mémoire qui refuse l’amnésie. Car si demain, le sang d’Uvira est aussi sec et oublié que celui de Kisangani ou de Goma, alors nous serons tous complices du prochain massacre.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













