Dans l’arène diplomatique, les mots pèsent lourd. Ils portent les espoirs d’un peuple, les promesses d’un avenir meilleur, mais aussi les cicatrices d’un passé tumultueux. Lors du XIXe Sommet de la Francophonie, Emmanuel Macron a prononcé des paroles résonnantes : « La Francophonie est un lieu où nous pouvons ensemble porter une diplomatie qui défend la souveraineté et l’intégrité territoriale partout à travers la planète… ».
Des mots qui, en théorie, devraient résonner comme une ode à la solidarité francophone. Cependant, la réalité de certains pays, notamment la RDC, semble reléguer cette belle déclaration à une simple rhétorique. Le président Macron, en évoquant des cas tels que l’Ukraine, le Liban et les États du Pacifique, a mis en lumière des luttes pour la souveraineté dont les résonances sont universelles.
Pourtant, l’agression rwandaise en RDC, tous deux membres de cette organisation tant vantée, un sujet brûlant et d’une gravité incommensurable, a été omise. Cette absence de mention résonne comme un écho de silence, une omission qui, pour beaucoup, semble cynique. Le contraste du mutisme de la délégation congolaise est frappant avec la réaction vive de celle conduite par Vital Kamerhe à Montréal au Canada au mois de Juillet de cette même année 2024.
En effet, lors de la 49e Assemblée Parlementaire Francophone à Montréal, l’Honorable Président Vital Kamerhe dans le cadre de la diplomatie parlementaire avait clairement signifié à tous la protestation véhémente et officielle de la RDC. Publiquement, Mwalimu a été explicite contre l’oubli volontaire de la Secrétaire Générale, Louise Mushikiwabo, ancienne Ministre des Affaires Étrangères rwandaise.
Il est inadmissible que la question de l’occupation des terres congolaises par l’armée rwandaise soit passée sous silence à Montréal au Canada puis à Villers-Cotterêts en France cette fois-ci par Emmanuel Macron. Cette omission n’est pas seulement une négligence diplomatique ; elle s’apparente à une insulte envers le plus grand pays francophone du monde.
La RDC, dont les richesses et la diversité culturelle sont trop souvent éclipsées par des conflits dont elle est victime. Dans un monde où les voix se lèvent pour défendre des causes justes, le silence des officiels congolais, notamment du président Félix Tshisekedi pourtant présent, est préoccupant. Ce mutisme soulève des interrogations sur la capacité de la RDC à défendre ses intérêts sur la scène internationale.
La Francophonie, par essence, est censée être un cadre de solidarité, une communauté qui défend les valeurs de liberté et de respect des droits humains. Mais que vaut cette solidarité si elle ne s’applique pas à tous ? Si les souffrances d’un pays sont ignorées, que reste-t-il de cette communauté ? La RDC, avec sa population résiliente et son histoire riche, mérite une attention particulière.
Ignorer ses luttes, c’est mettre en péril l’essence même de la Francophonie. Les mots de Macron, bien qu’inspirants, doivent être traduits en actions concrètes pour que la diplomatie francophone ne devienne pas un simple exercice de style. Il est impératif que les pays francophones prennent conscience de la gravité de la situation en RDC. Félix Tshisekedi en a fait un axe important de sa diplomatie.
La question de la souveraineté et de l’intégrité territoriale ne peut être laissée aux aléas d’une diplomatie sélective. Les États de la Francophonie doivent se lever, non seulement pour défendre des principes, mais pour agir avec véhémence et détermination. La RDC ne doit pas être une note de bas de page dans l’histoire de la Francophonie, mais plutôt une voix puissante et respectée.
Le XIXe Sommet de la Francophonie ne doit pas être considéré comme une simple rencontre diplomatique, mais comme un point de départ pour une réflexion profonde sur l’avenir de cette communauté. La solidarité ne doit pas se limiter à des mots éloquents, mais doit se manifester par des actions concrètes qui rameneront la paix pour les populations congolaises.
La RDC, avec ses défis et ses espoirs, mérite une place de choix dans cette dynamique. Que les mots d’Emmanuel Macron ne soient pas vains, mais qu’ils deviennent le fondement d’un engagement renouvelé, où chaque nation, chaque voix, est entendue et respectée dans le concert francophone mondial. Dans la danse des nations, chaque pas compte : respectons la RDC, coeur battant de la Francophonie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












