Dans un paysage musical souvent dominé par des rythmes festifs et des paroles légères, l’artiste Zaho a récemment fait parler d’elle en chantant officiellement pour l’AFC-M23, un mouvement controversé lié à la crise qui ravage la RD Congo. Ce choix artistique, loin de passer inaperçu, soulève des questions fondamentales sur le rôle des artistes face à des enjeux socio-politiques cruciaux.
Alors que la RDC est confrontée à une agression et à une occupation qui mettent à mal son intégrité territoriale et sa souveraineté, le silence apparent des artistes congolais contraste avec l’engagement de figures extérieures comme Zaho. La RDC, riche de ses ressources naturelles et de sa culture vibrante, est devenue le théâtre d’une lutte acharnée pour le pouvoir et le contrôle.
Dans ce contexte, la musique et l’art peuvent jouer un rôle puissant en tant qu’outils de sensibilisation et de mobilisation. Pourtant, de nombreux artistes congolais semblent rester dans l’ombre, absorbés par des préoccupations personnelles ou des projets artistiques éloignés des réalités tragiques qui touchent leur pays.
Ce silence soulève des interrogations : Pourquoi une telle apathie dans un moment où la voix des artistes pourrait résonner avec force pour défendre la dignité du peuple congolais ?
Zaho, née à Alger et ayant grandi au Canada, incarne une voix qui, bien que distancée géographiquement, choisit de s’engager avec les enjeux congolais. Son choix de chanter pour l’AFC-M23 peut être perçu comme une provocation, mais également comme une forme de solidarité avec ceux qui souffrent.
Dans un monde où la musique transcende les frontières, son message peut toucher des auditeurs au-delà des clivages politiques, mais il soulève aussi des critiques sur l’appropriation et l’instrumentalisation de la culture congolaise. La musique, comme toute forme d’art, a le pouvoir d’influencer les esprits et de mobiliser les cœurs.
Dans des conflits armés, elle peut être un vecteur de résistance, de mémoire et d’identité. Les artistes ont la responsabilité, souvent sous-estimée, d’utiliser leur plateforme pour sensibiliser, éveiller les consciences et inspirer l’action. Dans le cas de la RDC, une scène musicale vibrante pourrait jouer un rôle crucial dans la lutte contre l’oubli et la désinformation.
L’absence d’une réponse collective face à la tragédie nationale est troublante. Les artistes pourraient s’unir pour créer des œuvres qui parlent de la souffrance de leur peuple, de la résistance et de l’espoir. En résonance avec la voix de Zaho, ils pourraient contribuer à un récit alternatif, un récit qui valorise la dignité et la résilience des Congolais.
La situation actuelle de la RDC exige une prise de conscience collective. L’engagement artistique, loin d’être un choix accessoire, est une nécessité dans les temps de crise. Alors que Zaho s’exprime sur la scène internationale, il est impératif que les artistes congolais prennent la parole et utilisent leur art comme un moyen de résistance.
Il est temps pour les artistes congolais, en particulier, de réfléchir à leur rôle dans cette crise. En unissant leurs voix, ils peuvent non seulement faire résonner l’histoire de leur peuple, mais également influencer le cours des événements en cours. La musique doit être un cri de ralliement, un appel à l’action, et non une simple distraction.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













