Nous sommes face à l’équation de l’infamie. Arrêtez-vous un instant sur ces chiffres qui donnent la nausée. Pistis Bononge, l’ancien DG de la SOKIMO, ose se présenter devant le peuple congolais avec un “plan de relance” aussi mirifique qu’obscène : 482,61 millions de dollars. Un demi-milliard. C’est le montant qu’il aurait fallu, selon lui, pour sauver le joyau minier de Kilo-Moto.
Maintenant, regardez ce qu’il en reste après quatre ans de règne de cet impétrant proposé par l’UDPS, de 2022 à février 2026 : 2,46 malheureux kilos d’or. Pas des tonnes. Des kilos. Deux kilos et demi de métal jaune qui, au cours actuel de 165 000 dollars le kilo, culminent à la somme dérisoire de 405 000 dollars. Faisons le rapport, voulez-vous ? Pour chaque million de dollars “planifié”, la SOKIMO a produit l’équivalent de 839 dollars.
C’est une destruction de valeur si massive, un détournement d’objectif si flagrant que le mot “incompétence” ne suffit plus : nous sommes face à un hold-up industriel, un génocide économique déguisé en management. Pendant que M. Pistis Bononge “planifiait” un destin grandiose pour l’entreprise, que s’est-il passé dans la réalité ? Rien. Le néant. La production nationale d’un sous-sol parmi les plus riches d’Afrique a été réduite à l’équivalent d’une chaîne YouTube de détection de métaux.
Comment peut-on dépenser un demi-milliard de dollars pour un résultat que n’importe quel artisan minier clandestin aurait pu égaler avec une pioche et un tamis ? Ce “plan de relance” n’était qu’un écran de fumée, une armure de papier pour justifier une gestion désastreuse. La SOKIMO n’a pas été dirigée, elle a été mise en coupe réglée par un verbe haut et des chiffres bidon. Pendant que l’on alignait les zéros sur les PowerPoints, l’or, lui, restait sagement sous terre, attendant des jours meilleurs.
Des jours où l’on cesse de “planifier” pour enfin produire. Mais Pistis Bononge n’est que le symptôme d’une maladie bien plus grave : le clientélisme prédateur. Il n’a pas atterri là par hasard. Il a été propulsé, adoubé, “proposé” par quelqu’un. Et ce quelqu’un, ce parrain politique, haut cadre de l’UDPS, qui a préféré la loyauté d’un affidé à la compétence d’un minier, est tout aussi coupable que le DG déchu. C’est un tandem de la honte.
L’un a exécuté avec la maladresse du béotien, l’autre a commandité avec le cynisme du politicien véreux. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de commenter. Il s’agit d’interpeller. Pistis Bononge doit être traîné devant une commission parlementaire pour y expliquer la couleur de ces 2,46 kg. Et son mentor doit répondre de ce choix mortifère. Le peuple doit exiger des comptes, non pas pour ce qui a été “planifié”, mais pour ce qui a été volé : le temps, le sous-sol, et les 482 millions de rêves de grandeur qui ont accouché de 400 000 dollars de pitrerie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













