Dans ce qui s’apparente à une farce cynique des tragédies du passé, la récente arrestation du général de brigade Gakwerere Ezechie, alias Sibo Stany ou Julius Mokoko, nous rappelle à quel point les frontières entre drame historique et théâtre absurde peuvent être ténues. Le Rwanda, cet empire du mensonge et de la désinformation ne cessera de nous étonner.
Plus de 30 ans en cavale, cet homme présumé lié à des atrocités impensables, arrêté à la frontière Rubavu-Goma par les rebelles du M23, nous montre que le scénario de cette lamentable pièce n’a pas fini de se dérouler. Dans un geste pitoyablement ironique, les terroristes du RDF/M23, dont les propres liens opaques avec le Rwanda ont été discutés sous couvert, ont livré ce sinistre personnage à la justice.
La capture de Gakwerere, impliqué dans le meurtre odieux de la dernière reine du Rwanda, Rosalie Gicanda, lors du génocide de 1994, ainsi que dans d’autres actes effroyables, ne peut être accueillie avec des applaudissements étouffés par un arrière-goût de stratégie guerrière redoutable. Le dossier de Gakwerere est l’incarnation d’un jeu de dupes où les alliances passées et les trahisons sont à l’ordre du jour.
Livré tel un acteur cynique sur la scène d’une tragédie mal écrite, c’est tout un pan de la comédie humaine qui se déroule sous nos yeux, déguisée en une quête de justice apparente. Le casting est riche, mais les rôles sont connus : les insurgés, les sauveurs, et ceux à qui l’on demande de jouer les innocents témoins du spectacle macabre de cette région trop souvent au banc des accusés.
Pourtant, cet acte ne fait que confirmer le théâtre de la duplicité qui se joue entre la RDC et le Rwanda. La véracité de la justice est à peine voilée par l’échange de ce personnage infâme, emprisonné non par une véritable quête de justice, mais peut-être par un simple intérêt tactique, une concession opportuniste dans le jeu des plages de pouvoir instable.
Alors que nous assistons à cette farce acide, il est crucial pour nous de nous questionner : que représente réellement cette arrestation ? Un vrai pas vers une réconciliation durable ou une nouvelle scène d’un drame sans fin, écrit par ceux qui, de leurs tours d’ivoire, continuent à orchestrer le chaos pour des raisons qui nous échappent ? La RDC n’est pas responsable de la haine rwandaise recuite entre Tutsi et Hutu.
Une comédie, certes, mais celle d’une humanité qui n’a de cesse de reproduire des erreurs dans un cycle désespérément inchangé. Si la capture de Gakwerere entend soulager les plaies anciennes, le contexte dans lequel elle survient ne cache pas le cynisme perfide de circonstances qui nous rappellent tristement à une réalité souvent cruelle surtout pour des populations civiles.
Une triste réalité alimentée par les faux-semblants de justice à la carte de ceux qui tirent les ficelles. Puissions-nous, spectateurs involontaires de cet absurde jeu de rôles, continuer d’espérer que justice, la vraie, sorte un jour de l’ombre du cirque qu’on nous impose.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













