Alors que l’opinion publique s’indigne des salaires jugés exorbitants des députés et sénateurs, une autre forme de pillage se déroule dans l’ombre des institutions publiques. L’Autorité de Régulation et de Promotion des Technologies de Communication (ARPTC) est au cœur d’un scandale financier qui mérite attention et dénonciation.
Loin des projecteurs, les sept membres de l’équipe dirigeante de l’ARPTC semblent avoir trouvé un moyen efficace de siphonner les ressources publiques pour leur propre enrichissement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données fournies dans le tableau A en annexe, ces sept dirigeants se partagent la coquette somme de 2,3 millions de dollars américains par an, soit environ 340 000 dollars par mois et par personne.
Le président Katende, en tête de liste, emporte à lui seul 439 471 dollars mensuels, tandis que le membre le moins bien loti touche tout de même 319 321 dollars. Ces montants, à couper le souffle, sont dix fois supérieurs aux salaires des élus du peuple, révélant un fossé abysmal entre les représentants du peuple et ceux qui prétendent gérer ses ressources.
Ces sommes exorbitantes ne sont pas le fruit d’une gestion efficace ou d’une performance exceptionnelle. Entre 2021 et 2023, les dirigeants de l’ARPTC ont empoché 18,6 millions de dollars, un chiffre qui ne fait qu’illustrer la déconnexion entre leurs responsabilités et leurs rémunérations. Et ce n’est pas tout : en janvier 2024, ils se sont attribué une “prime de janvier” de 3 millions de dollars, soit 429 000 dollars par individu.
Ce comportement pose la question de la gouvernance au sein d’une entreprise publique, qui, faut-il le rappeler, appartient au peuple. À une époque où le pays fait face à une crise humanitaire aiguë, avec 7 millions de déplacés et un coût annuel de 3 milliards de dollars pour répondre aux besoins de ces populations, les agissements des dirigeants de l’ARPTC sont non seulement indécents, mais s’apparentent à un véritable crime de haute trahison.
L’Observatoire de la Démocratie et de la Promotion des Élections (ODEP) a récemment dénoncé une crise humanitaire laissée pour compte, soulignant que le budget de 19 millions de dollars, consommé en trois ans par ces dirigeants, pourrait suffire à soutenir 7 millions de réfugiés intérieurs avec une aide de 150 FC par personne par an.
En d’autres termes, les décisions de ces sept individus pourraient avoir un impact dévastateur sur des millions de vies. Il est impératif que la société civile, les médias et les instances de contrôle prennent conscience de cette situation et agissent en conséquence. Le détournement des ressources publiques par une élite dirigeante ne doit pas passer inaperçu.
Les citoyens ont le droit de savoir comment leur argent est dépensé et de qui s’en empare. La situation à l’ARPTC n’est pas qu’un simple scandale financier ; elle est le symptôme d’un système qui permet à certains de s’enrichir au détriment des besoins fondamentaux de la population. Alors que les discussions se concentrent sur les salaires des parlementaires.
Il est temps de braquer les projecteurs sur les véritables escroqueries qui se déroulent sous nos yeux. L’ARPTC est un exemple flagrant d’une gouvernance qui tourne à l’absurde. Le peuple doit exiger des comptes, et il est de notre devoir de dénoncer ces abus, car la transparence et l’éthique doivent prévaloir dans la gestion des biens publics.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













