Pour les 3 mousquetaires de la musique congolaise, entendez : Luambo Makiadi, Tabu ley Rochereau et Kiamuangana Georges ” Verckys”, tout était clair voire définitif : Non à l’émergence d’un jeune orchestre à Kinshasa. Alors les 3 trois signèrent un pacte de non-agression et de solidarité pour un idéal commun. Un jeune orchestre qui montait en puissance sera vite démembré et vidé de ses meilleurs éléments.
Une politique hégémonique pour dominer la musique congolaise dans une sorte de bipolarité musicale : Afrisa international-OK Jazz. Les deux écoles de la Rumba congolaise, la Rumba Fiesta et Odemba. Et Verckys Kiamuangana dans le rôle du débaucheur et de trouble- fête. Un jeune crâneur et riche. Combien de jeunes orchestres kinois promis à un bel avenir connaîtront une existence éphémère ? Innombrables.
Leurs meilleurs éléments seront absorbés par les 3 mousquetaires pour aller gonfler leurs effectifs. OK Jazz, Afrisa international et Vévé. Quelle était la plus grande force de l’orchestre TP Ok Jazz ? Beaucoup diront : la guitare de Franco et la voix de Vicky. Et pourtant, dans ces années-là, ce n’était pas une réalité, mais la force de l’Ok Jazz résidait dans sa section cuivre, les instruments à vent.
Avec le saxophoniste Isaac Musekiwa et le Nigérian Dele pedro le trompettiste. C’était la force de frappe de l’Ok Jazz. Mais vers fin années 60 et début 70, le routinier Isaac après avoir beaucoup travaillé, commença à s’essouffler. Il fallait donc du souffle nouveau. Et à cette époque, un jeune saxophoniste avait le vent en poupe et montait en puissance, son nom : Mbole Tambwe de l’orchestre Vévé.
Et c’était exactement la personne indiquée pour Luambo Makiadi Franco et l’OK Jazz. Et d’après le pacte de non-agression signé entre les 3 mousquetaires, personne ne pouvait engager un musicien venant de l’orchestre de l’un des 3 mousquetaires. Au même moment, un jeune orchestre kinois du nom de Thu Zahina crevait l’écran et drainait tous les jeunes de la capitale lors de ses concerts un peu partout au grand dam de notre trio indiqué ci-haut.
Que faire alors ? Après une étude approfondie, il fallait freiner l’envol de l’orchestre Thu Zahina en lui privant du dépositaire de son rythme, donc de guitariste soliste Tshimpaka Roxy, le meilleur soliste à l’époque et qui était sur les traces de Bavon Marie-Marie décédé en août 1970. Roxy n’avait pas de concurrent à cette époque.
Franco Luambo, le producteur et éditeur de Thu Zahina “Éditions populaires”, pèsera de tout son poids pour le débauchage de Roxy Tshimpaka pour l’orchestre Vévé de Verckys comme soliste compte tenu de son pouvoir tutélaire sur Thu Zahina. Tandis que Mbole Tambwe ira dans l’Ok Jazz pour renforcer sa section cuivre.
Roxy Tshimpaka aura comme prix de son transfert dans Vévé : les biens mobiliers et espèces sonnantes et trébuchantes. Il ira s’installer ailleurs dans la commune de Kasa-vubu et servira donc de monnaie d’échange à Mbole Tambwe. Un chassé-croisé musical. Le départ de Roxy pour Vévé sonnera petit à petit le déclin de l’orchestre Thu Zahina malgré le sursaut d’orgueil.
C’était vers 1971-72. Une histoire presque méconnue. Un jeu très subtil. Les 3 mousquetaires étaient donc prêts à tout, compte tenu de leur pouvoir de nuisance. Autre temps, autres moeurs !
Dary Abega / Lobjectif.net













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