Une équation et pas de moindre demeure : c’est la fameuse autorisation des officiels. Des supputations alimentent déjà les débats dans les milieux politiques du pays.
Ci-contre, un extrait de cet essai :
Il était minuit, Assis sur le lit, Une image lointaine se faufilait dans mes pensées. Elle s’amplifia et s’imposa dans tout mon esprit. Avec peine, j’étouffais un sanglot… J’allais sûrement fondre en larmes si je ne contenais pas cet accès de chaleur qui montait dans ma gorge. J’aspirais par la bouche et les narines, une bonne bouffée d’air me permit d’arrêter cette respiration brusque et bruyante qui poussait les larmes vers mes narines et mes yeux. Elles ne demandaient qu’à couler… Ce n’était pas la première fois que cela m’arrivait. Au cinéma, devant la télé, en lisant un livre…je n’ai toujours pas su comment éviter ce sanglot comme ce soir. Plusieurs fois, c’étaient des larmes que je cachais avec difficulté, ou que je n’arrivais pas à contrôler. Combien de fois, j’ai dû fuir les regards des autres pour qu’ils ne lisent pas dans mes yeux ce que je n’ai jamais su partager. Combien de fois ai-je pleuré pour qu’ils soient là…? Combien de fois ai-je espéré les revoir…? Déjà dans ma tendre enfance, je me disais; Ils reviendront bientôt me chercher… J’étouffais encore une fois ce sanglot… Non, je ne voulais plus pleurer, pas cette fois-ci. Pas ce soir! J’ai sauté sur mon iPad. Il s’est offert à moi comme un secours qu’un mouchoir à papier n’aurait pu remplacer. Il me permit de me contenir et de confronter la réalité de mes émotions. Cependant cette image ne quittait pas mon esprit, elle y flottait, grossissait et se mettait en mouvement. Mes pensées prenaient des formes saisissantes, les mots naissaient dans mon esprit pour dépeindre mon état d’âme. Je me tenais devant ce tableau immaculé comme un artiste peintre. Je laissais mes doigts traduire ces images, ces sensations, ces émotions, ces pensées en langage lisible et compréhensible pour moi et pour les autres. Définitivement je ne voulais plus éclater en sanglots. Et même si je me lâchais, les mots qui naissaient de mon esprit étaient trop forts pour être vaincus par le chagrin, par un triste souvenir ou par l’impossible espérance. On naît sans le vouloir, on grandit sans vraiment comprendre, malgré tout on devient un être conscient, un adulte. Mais qui pourrait oublier ce qui lui a toujours manqué et ce qui va continuer de lui manquer jusqu’à la fin. « Pin-pon ! Olé! Mundele madesu aye ! » Elle retentit encore à mes oreilles comme si c’était hier. Combien de fois cette chanson m’a-t-elle accompagné dans mes virées à travers la ville ? Si ce n’était pas une ribambelle d’enfants qui me suivaient aux pas cadencés, fiers d’eux, naïfs jusqu’au bout des ongles, chantant derrière moi à cor et à cri, les adultes n’étaient pas en reste. Sûrement que chacun de nous sait faire face à son destin et aux événements qui surviennent dans sa vie, mais c’est toujours seul que l’on se tient devant soi-même, devant sa destinée. Je ne vous demande pas de partager la mienne. Vous avez sûrement la vôtre, pleine d’histoires à raconter ou à taire. J’ai aimé, j’aime, j’aimerai toujours. J’ai été choyé comme ne l’ont pas été plusieurs d’entre nous. Des moments de bonheur ont supplanté à plusieurs reprises ces nuages qui voulaient obscurcir ma vie. Je sais que plusieurs personnes m’aiment. Ils le disent, ils essaient de le démontrer. Mais hélas, l’amour d’une mère et d’un père est irremplaçable. Il me manque jusqu’à cette heure-ci. Et cette nuit, ils me manquent comme jamais auparavant. Depuis peu un musicien n’a rien trouvé de mieux que de mettre de l’huile sur le feu. « Eh Mundele, donne-moi le caisse, je vais mettre le kombo. Le kombo qui a quatre pattes, qui marche kouatkouat, et qui pleure Meuhhhh ! » il n’était plus question d’une atmosphère bon enfant, les insultes prenaient le dessus. La haine gratuite se manifestait dans certains regards. Je n’étais qu’un enfant, mais je pouvais lire cette haine dans les yeux de certains hommes, ressentir cette animosité à mon égard. Très tôt, le regard et le discours de l’autre ont voulu me faire comprendre que j’étais différent des gens de ce pays qui m’a pourtant vu naître et grandir, et dont je faisais partie comme citoyen. Je n’étais pourtant pas né dans un pays étranger, j’étais né dans le pays de ma mère; ce pays que je considère et que j’appelle: mon Pays. Comment donc croire à l’amour des autres lorsque la vie vous a privé de cet amour unique en son genre. À 59 ans, cet amour me manque encore comme lorsque je n’avais que 4 ans. Il me manquera certainement toute la vie. Malgré cette carapace et cette cuirasse que je me suis taillées pour faire face à la vie, cet amour me manque toujours et reste irremplaçable. J’avance dans la vie avec la pensée et la consolation de savoir qu’ils m’ont aimé… eux…et qu’ils m’aiment encore et certainement pour toujours. C’est là que je puise la force de suffoquer tant des sanglots aux fausses intonations et notes mouillées.
Fort heureux
C’est là que je puise la force de suffoquer tant des sanglots aux fausses intonations et notes mouillées. Fort heureusement que la vie n’est pas seulement composée des gens qui agissent sans savoir pourquoi ils font ce qu’ils font. Sur le pas de la porte de la parcelle voisine, une jeune fille fine et élancée que je n’avais jamais vue, svelte à la peau ébène, se dévoilait à peine, subtilement innocente et provocante. Elle ne put s’empêcher de chantonner cette même chanson me regardant dans les yeux un instant, mais fuyant aussitôt l’intensité de mon regard. Elle venait sûrement d’être transpercée par la puissance de mon charme et de mon amour qui n’avait pas besoin des mots. « Eh Mundele, donne-moi le caisse, je vais mettre le kombo. » Son sourire remettait du baume à mon cœur, il y avait encore espoir de croire que ce qui me différenciait des autres n’était pas la couleur de ma peau. …Qui pourrait se souvenir, comment mes parents se sont rencontrés ? Où et quand ? Ils sont partis chacun avec son secret, chacun à sa date et à sa manière, mais derrière eux, ils ont laissé une histoire s’écrire…ils n’en ont écrit que les premières lignes. Débutait alors l’histoire tumultueuse d’un pays, l’histoire interminable de « l’indépendance » du Congo. La grogne populaire s’est installée, elle s’amplifiait dans toutes les villes. Le nègre ne voulait plus être le petit nègre « un symbole zombifiant », il était noir et il l’assumait chaque jour dans sa vie. C’était le temps de reprendre en main son destin. Les Congolais réclamaient l’indépendance de leur pays aux Belges. Le 4 janvier 1959, la ville de Kinshasa prit feu, il fallait à tout prix chasser les blancs. C’était la pagaille !
De ce chaos indescriptible qui s’installa dans la ville, les groupes se formèrent sur les grandes artères. Il fallait montrer patte noire pour passer à travers les mailles. Il montait des cris et des rumeurs à travers la ville. Des hommes lapidés, d’autres tués. D’un côté, la police tirait avec la poudre de chasse, et de l’autre, la population avec des armes de fortune, se lançait à l’assaut du colon. Entre-temps, tout le monde avait peur pour une raison ou une autre. Pendant ce temps, une femme était enceinte. Il fallait la cacher sous le lit par peur de l’inconnu. Personne ne savait jusqu’où irait la colère du peuple. Le brouhaha de la ville ne présageait rien de bon. …blotti dans le ventre de cette pauvre dame, je ne savais pas que mon destin était lié à ce moment-là. Quelle que soit son anxiété, je ne bougeais pas, je repoussais de toute force cette naissance prématurée. Ce n’était sûrement pas le bon jour de naître! Allais-je rester en vie et humer l’air frais du monde si je sortais ma tête ? Un autre « mundele » dans ce chaos! Peu importe que ma mère soit noire, mon père était blanc et Belge, un colon aux yeux de cette population en colère. Il s’appelait Bordon de son nom de famille, elle l’appelait Marcel. Elle se nommait Kidiatu, tout le monde l’appelait Ma Marie, Maman na mundele. L’épouvante était passée, mais il y avait encore de l’électricité en l’air. Une petite étincelle, et le feu de brousse pouvait encore prendre le dessus. Deux mois plus tard, jour pour jour, le 4 mars 1959, je venais au monde, mon histoire commençait. Il n’était pas là, ce jour-là. « Comme j’aurais voulu qu’il soit là », voudrait-on me mettre dans la bouche ! Je ne crois pas que cela aurait changé quoi que ce soit en moi. Je naissais dans un monde que je ne connaissais pas, je ne me connaissais pas moi-même non plus. C’aurait sûrement été bon pour Maman d’avoir son homme à ses côtés en ce moment-là ! Les jours qui suivirent furent remplis de promesses et de joie, de tristesse et d’incertitudes. L’indépendance que tout le monde voulait était arrivée, la célébration d’une promesse de liberté ne dura que 74 jours. La vague de crimes, assassinats, massacres reprit sans peine. Lumumba calciné dans l’acide, le secrétaire général de l’ONU Dag Hammarskjöld, mort dans un accident d’avion, mon père disparu. Nous n’avions plus de ses nouvelles.
Quelques années plus tard, ma mère se remaria. Elle était encore jeune et belle, passionnée de vie. Il fallait bien qu’elle se remarie vite pour jeter l’opprobre d’une femme délaissée, abandonnée. La grand-mère n’arrêtait pas de la toiser: Épouser un étranger blanc. Tu en comprends certainement les conséquences! Il a disparu, certainement il est rentré chez lui sans dire un mot; où vas-tu le retrouver ? Et il t’a laissé avec un enfant dans les bras. Si seulement elle savait ! Ma tante, l’aînée de ma mère décida qu’elle ne partira pas avec moi dans son nouveau foyer. Quelle que soit cette séparation, ma vie était l’histoire d’un grand amour et d’une belle enfance, remplie d’affection, comblée d’attentions, de sollicitude et de prévenances. Je grandissais avec ma tante comme son unique fils. Au prix de son mariage, elle refusa de suivre en mutation à Matadi, son fiancé qui ne voulait pas s’encombrer d’un enfant qui n’était pas le sien. Et pourtant, il était aussi un « noir-blanc », un mulâtre, un métis comme moi. Qui aurait su que je n’étais pas son fils, si ce n’était que question du regard des autres ? Et lorsque je le regarde aujourd’hui, si je disais que je suis son fils et lui mon père; qui en douterait tellement que nous nous ressemblons. Ma tante ne se maria plus toute sa vie. Malgré cela, j’étais un enfant choyé à trois mères, trois mamans « na mundele ». J’en ai fait des jaloux sans le vouloir. Que fallait-il demander de plus à la vie ? Cependant, il m’arrivait quelques fois, malgré ce bonheur dans lequel je vivais, dans des moments de solitude et de désespoir, de me poser certaines questions. Un enfant ne se regarde pas dans un miroir pour se dire qu’il est noir, blanc, jaune ou rouge, il s’identifie toujours au reflet des autres et de son environnement. Pour moi, j’étais un noir lorsque je regardais tous ceux qui m’entouraient, mais eux m’identifiaient autrement. Ils me poussèrent donc à porter un regard plus attentif sur moi-même. Autour de moi, personne n’avait la couleur de ma peau, personne parmi tous ceux que je considérais comme les miens, personne d’entre eux tous n’avait la même peau que la mienne. Ce qui me poussait à me poser cette question: quand est-ce que mes parents reviendront-ils me chercher au milieu de ces femmes et de ces hommes ? Ces interrogations fusaient dans mon esprit souvent lorsque ma tante me grondait pour une bêtise que je venais de faire! Pour me moquer, comme si elle lisait dans mes pensées, elle me répétait: « tu n’as pas d’autres parents que nous, ces lézards à la peau brûlée par le soleil. » Cette phrase suffisait à elle seule pour me sortir de toute torpeur et rêverie, et produire un sourire sur mes lèvres. Toute ma famille et mes amis m’appelaient; « Ya mundele » pour les plus jeunes, et « mundele » pour ceux de mon âge ou pour les plus âgés. Un sobriquet qui semblait affectueux, loin de tout sentiment xénophobe de l’étranger, mais qui prit un autre sens un jour dans ma vie. Ce jour-là, mes jeunes frères et sœurs qui m’appelaient toujours « Ya mundele », décidèrent désormais de m’appeler « mundele » sans ce « Ya » qui faisait toute la différence. Mundele me dit l’un de mes jeunes frères, me présentant son bras: « nous n’avons pas le même sang. Tu es blanc, nous sommes noirs. »
Je n’en revenais pas! Mais j’étais obligé de me rendre à l’évidence du fait que ma peau était différente de celle de tous les miens. Nous n’avions qu’une même mère, mon père était blanc. Était-ce un péché ? Il faudrait les interroger et interroger ceux qui pensent comme eux! Quelques années plus tard, j’avais quitté le Congo, cette terre que je crois porter en moi, malgré que les uns et les autres croient posséder l’estampille pour m’authentifier ou me dénier ma nature. Arrivé en Belgique pour poursuivre mes études universitaires, sur la terre de mon père et de ses aïeux, je n’y avais aucun attachement. Je ne connaissais aucun blanc, aucun blanc ne me connaissait. Mais c’est là-bas que j’ai appris qu’ils soient noirs ou blancs, les hommes souffrent de mêmes tares. L’Europe avait un autre regard sur ma personne. Je venais de quitter la porte de Namur, le Matonge bruxellois de Congolais en mal du pays, j’arpentais la chaussée allant vers la Toison d’Or, lorsqu’un homme se retourna vers moi pour me lancer au visage; « sale noir ». Sans réfléchir, sans lui demander raison, j’éclatais de rire. Il avait sûrement vu mon grand afro sur la tête. C’était la mode à l’époque, pour nous c’était affirmer notre négritude et notre africanité. Éberlué, il n’en revenait pas que quelqu’un qu’il venait d’insulter s’éclater d’une joie incompréhensible. Enfin, lui disais-je, quelqu’un vient de reconnaître que je suis noir après toutes ces années passées à être traité de « blanc ». Et pire par un blanc! Il fallait désormais vivre dans cette crise de société sans chercher à polémiquer. Mais je n’allais pas devenir le yoyo de leurs insuffisances. Étaient-ils complexés de ma différence ? Certainement! Ils en souffraient certainement de ne pas pouvoir me cantonner dans un coin de cette crise raciale qui les empêchait de se voir comme des êtres égaux. Au Congo, chez les miens, je n’étais pas un noir, j’étais un mundele, un petit blanc. En Belgique, chez les blancs, je n’étais pas un blanc, j’étais un sale noir, un bougnoule. Ils n’étaient pas capables de s’assumer, ils fuyaient la réalité qu’un noir(e) et un blanc (he) pouvaient procréer. Le racisme dévoilait son idiotie. Malgré le conflit qui ne trouvait pas de sol fertile en moi pour y prendre des proportions dont j’ignore les limites, et qui résidait dans le regard de l’autre, je grandissais au milieu d’eux sans qu’ils ne soient capables d’accepter leur aveuglement. Le temps en maître de la nature prit un jour le dessus sur le cours du cycle de ma vie. Les hommes naissent et meurent, jeunes ou vieux, peu importe le temps, la mort frappe à n’importe quelle porte lorsque le temps de prendre une vie arrive. Ma maman nous quittait. Elle est morte sans connaître ce qu’est devenu son ex-mari, mon père. Elle qui me répétait quand elle vint me visiter à Bruxelles: “si je le rencontre dans la rue, je te l’amène ici.” C’est 13 ans plus tard, après sa mort, que mon premier fils découvrit que son grand-père, le blanc que l’on croyait avoir abandonné sa négresse, était porté disparu d’une mission de l’armée dans les années troubles du Congo, les années soixante, exactement le 27 Juin 1965 au temps de l’opération des Nations Unies au Congo et n’est jamais retourné dans son pays. Leur avion avait fait un crash. Décidément plusieurs avions ont crashé à cette époque-là avec des vies perdues à jamais. Les forêts en Afrique gardent longtemps leur secret, nous ne saurons jamais ce qui lui est arrivé dans cette forêt. L’avion a été retrouvé 45 ans plus tard grâce aux satellites modernes. Un atterrissage forcé, semble-t-il, en pleine forêt équatoriale vers Buta, sans trace de ses occupants. La vie est une succession des mystères qu’il faudrait de fois vivre ou faire avec. C’est aussi ce que m’avait recommandé un vieil homme, huissier au ministère des colonies au Palais Royal de Bruxelles lorsque je recherchais la trace de mon père; « Oubliez, faites-vous une bonne raison d’avancer dans la vie sans trop fouiner dans le passé. De fois, il vaut mieux faire avec.» Je n’ai pas vécu avec ma maman, elle n’était pas ma confidente non plus, mais le jour de sa mort, c’était comme si le cordon ombilical qui me reliait aux êtres humains et à ce monde venait d’être coupé, rompu à jamais. Je me rappelle de cette forte sensation qui m’avait envahi ce jour-là. Je m’étais senti comme coupé du monde, coupé de l’humanité et de tous les êtres humains. Plus rien ne me reliait à ce monde. Elle était ce seul trait d’union entre moi et le monde qui venait malheureusement de disparaître. J’étais désormais seul dans le monde. Un grand vide s’installa en moi et dans ma vie. Comment le combler ? La vérité que nous essayons d’ignorer et de fuir revient toujours devant nous.
Je connais l’amour d’un fils pour ses parents, je connais aussi l’amour des parents pour leurs enfants, non pas parce que j’ai été un fils à mes parents, mais parce que je suis un parent à mes fils. C’est lorsque je regarde mon premier fils avec ses enfants que je réalise l’amour d’un parent à son fils. C’est l’image des autres qui reflète à mon coeur l’amour que je n’ai pas connu de mon père et de ma mère. Toutefois, personne ne peut les remplacer, seule la foi en l’amour me comble de leur absence. Serai-je une erreur de la nature ou une faute effectuée dans les calculs de Dieu comme s’illusionnent à croire les malades de la race pure chez les blancs, les jaunes, les rouges et les noirs ? C’est mon second fils qui m’a épaté ! Il devait avoir à peine cinq ans. – Papa, tu dis toujours que Dieu nous a créé avec la terre ! – Oui, certainement Jeremy, lui répondis-je. – Alors, dis-moi Papa, avec quelle terre Dieu t-a-t-il formé, et Maman et moi ? Une bonne question qui ne demandait qu’une bonne réponse devant les yeux hagards d’un enfant qui ne cherchait qu’à comprendre la différence entre les couleurs de peau des différentes races. Eureka ! Devant moi, comme si la nature l’avait fait exprès de déposer trois mottes de terres différentes devant mes yeux en ce moment précis où j’avais besoin d’édifier la connaissance d’un enfant et de fonder sa foi sur la réalité palpable. – Oui, Jeremy, regarde devant toi. Tu vois ces trois différentes terres: la terre blanche, noire et rougeâtre là-bas ! Une lueur venait de traverser ses yeux, il ne fallait plus ajouter un seul mot. Jeremy venait de tout comprendre. Avec cet air joyeux que l’on ne retrouve que chez les enfants, il se mit à me décrire le génie de Dieu. La nature se charge toujours de nous forger une cuirasse face aux faiblesses de ce monde, face à l’ignorance des hommes qui pourraient nous atteindre dans ce que nous avons de plus précieux. Je dis: la science, c’est la lecture au second degré du grand livre silencieux de Dieu. C’est comme la bise invisible qui souffle sur le rideau et le met en mouvement, elle devient visible sans être visible. Seul dans cet univers que j’ai toujours considéré comme mien et auquel je me suis depuis toujours identifié, je devais apprendre à affronter la réalité et la vivre pleinement. Quel droit ai-je à faire taire l’ignorance là où la lumière n’est pas désirée ? Qui cherche la compassion de l’autre ? À faire envie ou à faire pitié, les insultes, c’est du vent ! Qui peut éteindre cet amour si irrésistible ? C’est un amour éternel, un sentiment qui ne s’efface pas, que l’on ne peut effacer et que je n’effacerais jamais. Je t’aime Papa, Je t’aime Maman… J’ai choisi d’être Noir, non pas parce tu n’étais pas là papa, mais parce que je ne connais rien du blanc. Ni sa culture, ni la vibration de son âme. Serait-ce renier l’un pour n’embrasser que l’autre? Quand je me retrouve en Belgique, je me sens comme un étranger sur les terres de mon père. Et pourtant je connais toutes les rues de Bruxelles, malheureusement je n’y trouve pas ce qui attire tout mon être vers les terres de ma mère au Congo. Est-ce pour cela que mon père a lui aussi choisi de ne pas quitter le Congo et de rester dans les forêts congolaises ? Lorsque je suis au Congo, je reconnais les odeurs de la ville, le silence et le brouhaha de la cité. À la cité comme dans le village, je vibre de tout mon cœur. La vibration du tam-tam est inscrite dans mon ADN, elle pénètre mon cœur et fait vivre mon âme. Son tempo régule mon écriture et ma pensée. Quand j’écris, c’est le tam-tam de ma tante qui rythme la cadence de ma plume. Ce n’est pas la Brabançonne, c’est Ngo Mama me qui transpire dans mes veines. Naître noir, et ne pas l’être, Born black, not To be !















2 Comments
Merci beaucoup pour cette découverte de ce grand homme dont toujours j’admire son grand savoir.
Amitiés,
Stéphane
Profond et émouvant!
La question du métissage est pleine de challenges et d’inconues.
Pendant longtemps j’ai regretté n’être ni Noire ni Blanche. Il a fallu du temps pour que j’accepte mon propre métissage. L’exercice constant d’analyse en toute impartilité entre les races et les cultures m’a forgée. Je peux aujourd’hui me targuer de cette grande qualité et de son utilité.