Le Rwanda, par le biais de sa force militaire officielle (RDF) et de son proxy armé le M23, mène une guerre d’agression non déclarée contre la RD Congo. Sous prétexte de protéger les Tutsis, Kigali déploie jusqu’à 4 000 soldats en territoire congolais, pilotant directement les opérations du RDF/M23 comme l’attestent les rapports onusiens : “le Rwanda exerce un contrôle de facto sur les opérations du RDF/M23.
Cette stratégie de déni plausible—nier publiquement tout en agissant militairement—est un chef-d’œuvre de realpolitik cynique, où les mots mentent tandis que les armes parlent. La chute de Goma en janvier 2025, cinquième capture de la ville par une rébellion dirigée et soutenue par le Rwanda en trois décennies, incarne la tragédie d’un peuple pris en otage entre les appétits géopolitiques et l’indifférence internationale.
Les images de civils fuyant sous les bombardements, des rues jonchées de corps (3 000 morts selon l’ONU ), et l’aéroport international tombant aux mains des terroristes rappellent que cette guerre est d’abord une machine à broyer l’humain. Pourtant, Goma résiste encore, Goma résistera toujours comme un phragmite, ce roseau commun des marais dans la tempête, symbolisant l’indomptabilité congolaise face à l’occupation.
Derrière les justifications sécuritaires—lutter contre le FDLR—se cache une réalité plus crue : le pillage organisé des ressources congolaises. Le RDF/M23 générerait 800 millions de dollars grâce au trafic de coltan, exporté illégalement via le Rwanda. Chaque smartphone, chaque batterie au cobalt contient peut-être une goutte de sang congolais, dans une économie mondiale complice où la demande en minerais efface les scrupules éthiques.
Le Rwanda, dépourvu de ressources naturelles significatives, voit dans l’Est congolais son hinterland économique, un butin de guerre qui finance sa propre modernisation. Les accords de cessez-le-feu pour le Rwanda ne sont que des parenthèses tactiques dans une guerre continue. Le RDF/M23 les viole systématiquement, comme à Nyabibwe en février 2025, prouvant que pour Kigali, la paix n’est qu’un outil pour légitimer ses gains territoriaux.
Le refus rwandais de participer au sommet de Luanda en décembre 2024 avait révélé une stratégie délibérée : saboter la diplomatie pour poursuivre la conquête militaire. En filigrane, la communauté internationale—États-Unis, Union Européenne—hésite entre condamnations verbales et realpolitik, craignant de déstabiliser un Rwanda perçu comme un stabilisateur régional.
Le projet de l’Alliance Fleuve Congo (AFC)—coalition incluant le RDF/M23 et menée par l’ancien électoraliste Corneille Nangaa —laisse entrevoir un scénario cauchemardesque : la création d’un État fantoche dans l’Est congolais, sous contrôle rwandais. Cette entité servirait de tampon militarisé et de réservoir de ressources, reproduisant le modèle du Katanga des années 1960. Pourtant, cette ambition se heurte à la résistance congolaise.
Les FARDC, les Wazalendo et l’hostilité croissante de la SADC qui a déployé des troupes contre le RDF/M23, refusent de tomber dans le piège de l’ethnicité : Tutsis contre Hutus, un conflit importé du Rwanda. Paul Kagame instrumentalise le traumatisme du génocide de 1994 pour justifier son interventionnisme. En brandissant la menace des FDLR, Kigali légitime sa présence militaire dans une complicité silencieuse de la communauté internationale.
Pourtant, comme le note un rapport de l’ONU, le FDLR ne représente plus une menace crédible pour le Rwanda. Cette rhétorique ethnique masque des ambitions matérielles : contrôler les mines de coltan et d’or du Kivu. Le drame est que ces calculs géopolitiques exacerbent les tensions communautaires, enfermant les Congolais dans des identités meurtrières. La passivité relative des grandes puissances—États-Unis, Chine, Union Européenne—s’explique par des intérêts contradictoires.
La Chine, principal investisseur dans les mines congolaises, préfère une stabilité relative qui protège ses actifs. Les États-Unis, tout en condamnant le Rwanda, évitent de rompre avec un partenaire stratégique dans la région. L’ONU, avec sa mission MONUSCO, est perçue comme inefficace, incapable d’empêcher la chute de Goma malgré son mandat offensif. Cette ambiguïté internationale revient à tolérer l’inacceptable.
Derrière les rapports militaires, des millions de vies brisées : 2,5 millions de déplacés , des milliers de morts, des femmes violées, des enfants soldats enrôlés de force. Le RDF/M23 est accusé de crimes de guerre massifs—exécutions, recrutement d’enfants, viols systématiques —dans une indifférence médiatique globale. Le drame congolais est une crise oubliée, noyée dans l’indifférence d’un monde fatigué des guerres africaines.
Le RDF/M23 incarne une nouvelle forme d’impérialisme : déniable, hybride, nourri par les ressources et légitimé par des griefs historiques. Face à cette machine de guerre, la RDC se débat entre résistance militaire et fragmentation politique. La solution ne sera ni purement militaire, ni purement diplomatique. Elle exigera une pression internationale accrue sur le Rwanda, incluant des sanctions ciblées contre les responsables militaires et économiques de l’agression.
Une réforme en profondeur de l’armée congolaise (FARDC), pour la rendre capable de défendre son territoire, une justice transitionnelle pour briser le cycle de la vengeance ethnique et une traçabilité incontestable des minerais pour couper le financement des conflits. Le peuple congolais mérite mieux que d’être la victime perpétuelle des calculs de ses voisins. La RD Congo est un géant qui s’ignore, enchaîné par les récits des autres.
Il est temps que la RD Congo se réapproprie son propre récit—celui d’une nation résiliente, riche de sa diversité, et capable de vaincre les démons de la division. Le Rwanda ne veut pas la paix ; il veut les terres riches et fertiles congolaises. La peur est leur arme, la raison est notre rempart. Le Rwanda sème la peur pour déstabiliser le Congo, provoquer des réactions violentes et diviser notre société. Nous ne céderons pas à cette fatalité.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













