Dix ans après sa participation à la COP 25 de Paris à Bourget, la République démocratique du Congo, sera de nouveau au rendez-vous, à la 30ème édition de la COP 30 qui se tiendra du 10 au 21 novembre 2025 à Belem au Brésil. Par sa présence, la RD Congo, attend une fois encore apporter sa contribution exceptionnelle dans le cadre d’échanges et autres discussions de haut niveau sur les questions sensibles liées autour des défis et enjeux climatiques qui touchent l’humanité en ce 21ème siècle.
S’il est vrai que la République démocratique du Congo est perçue comme étant un acteur majeur et incontournable dans le maintien de l’équilibre climatique, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’observateurs estiment que non seulement que ce pays ne bénéficie point de l’attention soutenue à la hauteur de ses attentes tant espérées compte-tenu du rôle que joue son bassin forestier dans la régulation climatique.
Mais aussi d’aucuns, estiment que son passage à ce forum pourrait s’apparenter à un simple passage éclair ou mieux en une visite touristique ou diplomatique dans un creuset ou où les faibles sont les plus souvent marginalisés par les forts pour faire prévaloir leur hégémonie en lieu et place d’un soutien aux faibles. Nous savons bien que la tenue d’une conférence des parties revêt une importance particulière dans la définition des politiques et autres axes stratégiques pour la survie de l’humanité sous l’angle environnemental.

Est-ce vraiment nécessaire pour la République démocratique du Congo de candidater en vue de l’organisation prochaine de cet évènement planétaire ? Pour répondre à cette épineuse interrogation, la présente réflexion s’articulera sur 3 volets. Dans le premier volet, nous ferons un aperçu sur la COP (I), dans le deuxième volet, nous montrerons les limites des pays en développement lors de la tenue de la COP(II) et enfin nous analyserons les enjeux de l’organisation d’une conférence de parties. COP, en sigle par la RDC.
Bref aperçu sur la conférence des parties (COP)
En 1992, face à la menace du réchauffement climatique global de la planète telle que découverte par les scientifiques, l’organisation des nations unies et ses Etats membres se rencontrent pour la conférence décennale de l’ONU sur l’environnement et le développement à Rio de Janeiro au brésil et décident dorénavant de prendre des mesures au niveau de la planète en vue de prendre à bras le corps cette problématique.
Ils adoptent à cet effet d’une convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques qui fixe les bases de la coopération internationales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et contenir le réchauffement climatique. Ainsi, la conférence des parties en abrégé, « COP » peut se comprendre comme étant une conférence annuelle au cours de laquelle, les pays membres de la convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) prennent des décisions sur les actions à mener face au réchauffement climatique.
Cette convention est entrée en vigueur en 1994 et les parties signataires se réunissent depuis 1995 pour des conférences annuelles dont la première s’est tenue à Berlin. L’objectif principal d’une conférence des parties (COP) est de coordonner la réponse mondiale à la crise climatique afin de limiter le réchauffement climatique dû à l’augmentation du fait de l’activité humaine, des émissions de gaz à effet de serre (C02, méthane) dans l’atmosphère.
Il est important de rappeler que la COP fait partie de 3 grand rendez-vous annuel à l’échelle planétaire qui captive l’attention des humains à l’instar de l’assemblée générale de l’ONU ou encore du sommet de l’OMC qui met aux prise à la fois les Etats signataires, les ONG, les entreprises (multinationales) ou encore la société civile dans l’optique de trouver une solution idoine sur l’avenir de la planète.
Les limites des pays en développement durant la tenue d’une conférence des parties (COP)
Bien que la COP soit un rendez-vous majeur au niveau international tablant essentiellement sur les questions liées au climat pouvant espérer éviter à l’humanité un désastre ou mieux une catastrophe dans l’avenir, il est important de relever qu’en réalité, la conférence des parties s’apparente le plus souvent en une tribune internationale au cours de laquelle les grandes puissances ou mieux encore les pays influents centralisent l’essentiel de la discussion au mieux de leurs intérêts pour conserver chacune en ce qui la concerne, son prestige économique d’une part et d’autres part tenter d’aplanir de leurs divergences suivant leurs considérations d’ordre économiques.
Cette confrontation met le plus souvent, sous forme d’un duel les pays les grands pollueurs de la planète à savoir la chine, les Etats-Unis d’Amérique et l’Inde qui représentent à eux-seuls plus de 60% des émissions mondiales et l’Union Européenne, qui, à travers ces Etats-membres tente de proposer une solution alternative axée sur les énergies renouvelables ainsi qu’un appui aux Etats les plus vulnérables face aux effets néfastes du changement climatique.
Du fait de la complexité du sujet à aborder et surtout des enjeux qui se cachent derrière, la conférence des parties, apparait comme étant un processus long où se mêlent les problématiques environnementale, économique, sociale voire diplomatique. Fort de cet état des choses, la cristallisation de l’enjeu environnemental entre les grandes puissances ou encore les pays influents assortie de leur domination hégémonique sur les plus développement, fait que dans un nombre de cas les pays en développement n’en sortent généralement de ce sommet qu’avec des promesses alléchantes en apparence ou illusoires qui peinent le plus souvent à trouver un écho favorable en termes de matérialisation ou accomplissement.

Concernant singulièrement la République démocratique du Congo et en prévision de la participation de la RDC à la COP 30, la ministre de l’environnement, développement durable et nouvelle économie du climat, Madame Marie NYANGE, au cours de la conférence sur la semaine de l’environnement tenue à Kinshasa a reconnu le caractère décisionnel d’une COP en affirmant :
« je m’engage en tant que ministre de tutelle, à porter cette voix dans les espaces de décision nationaux, régionaux et internationaux notamment à la COP 30, afin que les recommandations issues de cette conférence soient intégrées dans nos politiques publiques ainsi que nos cadres de gouvernances ».
La grande interrogation à cet égard consiste à savoir si à l’occasion de la COP 30, l’écho de la République Démocratique sera-t-il entendu ? Rien n’indique à cet effet qu’il sera positif à moins d’un changement de paradigme à l’échelle international et surtout à une pression forte de l’élite politique congolaise.
Enjeux de l’organisation d’une conférence des parties par la République démocratique du Congo
Eu égard à la sensibilité de la question climatique à l’échelle planétaire et surtout au regard du rôle combien important que joue les forêts du bassin du Congo dans la régulation et le maintien de l’équilibre climatique aucun obstacle, ni pesanteur ne semble à l’heure actuelle concourir de sorte que la République démocratique du Congo, géant forestier et pays à solution climatique ne puisse candidater pour l’organisation d’une conférence des parties sur son territoire.
La certitude sur la capacité de la République Démocratique du Congo à relever ce grand défit de premier rang repose essentiellement sur 3 dimensions :
– Une dimension historique d’accueil de grandes évènements planétaires.
– Une dimension de reconnaissance continentale d’un géant forestier.
– Une dimension de déclinaison de sa vision environnementale à la communauté internationale et son accompagnement sans faille.
Une dimension historique d’accueil de grands évènements planétaires
Organiser une conférence de la COP par la République démocratique du Congo revêt une importance historique, dans ce sens que l’organisation de cette rencontre hautement symbolique pourrait s’inscrire dans la suite logique des grands évènements planétaires tenus. En effet, que la RDC ait pu organiser en 1974 le combat du siècle entre Mohamed Ali et Georges Foreman, ce pays a pu relever un autre défit planétaire en 2011 en organisant le XIVème sommet international de la francophonie et en 2023, la RDC a réitéré l’exploit en accueillant les jeux de la francophonie qui connurent un grand succès.
En candidatant pour l’organisation de la COP la RDC aura en outre l’occasion de prouver à la face du monde que grâce à son trajectoire et expérience en matière d’organisation des grands évènements, elle dispose non seulement d’atout mais aussi des capacités managériales requises pouvant lui permettre de réussir la tenue d’un tel Forum lié essentiellement sur les enjeux climatiques.
Une dimension de reconnaissance continentale et d’honneur à un géant forestier
Depuis 1995, date marquant la tenue de la première édition de la COP, il est quand même important de signaler qu’en 30 édition de cette messe environnementale, l’Afrique n’a pas pu jusque-là qu’organiser 5 éditions. Il s’agit en ordre utile, de la COP 7 (2001) qui a eu lieu à Marrakech (Maroc), ensuite de la COP 12 (2006) tenue à Nairobi (Kenya) s’en suivi la COP 17 (2011) à Durban (Afrique du sud), après la COP 22 (2016) à Marrakech (Maroc) et enfin de la COP 27 (2022) à charme El-cheikh (Egypte).
Une analyse attendue en termes de zone africaines, qui ont le mérite d’accueillir la COP nous renseigne que l’Afrique du Nord ou Maghrébine l’a organisé à 3 reprises, l’Afrique de l’Est une seule fois et l’Afrique australe une seule fois également. C’est ici l’occasion de rappeler et d’interpeller les autorités politiques congolaises de s’impliquer d’avantages afin de candidater la RDC à l’organisation de cet évènement combien stratégique pour l’avenir de l’humanité.
Aussi vraisemblable que cela puisse paraitre l’Afrique centrale n’a jamais eu l’occasion d’organiser une seule COP or nul n’est censé ignoré que la RDC est non seulement l’épicentre par excellence de l’Afrique Centrale mais aussi du fait de son massif forestier qui fait d’elle le deuxième poumon de la planète sous l’angle environnemental ne peut que saisir l’occasion qui s’offre à elle pour entamer une démarche auprès du secrétariat de la convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques en vue de postuler à l’organisation de ce haut Forum environnemental.
En retenant la candidature de la République Démocratique du Congo et surtout en accordant à ce pays, la possibilité de l’organiser, le secrétariat de la (CCNUCC) se fera le devoir d’honorer un géant forestier à diversité écologique variée au cœur de l’Afrique pour lui permettre d’étaler sa vision sur l’environnement mais aussi de promouvoir son expertise en matière de développement durable.
Une dimension de déclinaison de sa vision environnementale à la face de la communauté internationale et son accompagnement sans faille.
L’organisation d’une conférence des parties (COP) par la République démocratique du Congo aura entre autre ce grand avantage de permettre aux autorités politiques congolaises de décliner à la face de la communauté internationale sa vision globale sur les enjeux de l’environnement devant un auditoire cosmopolite composé à la fois des grandes puissances économiques mondiales, des pays grands pollueurs de l’environnement ainsi que des certaines organisations internationales et 6 autres entreprises multinationales sur le rôle que joue les forêts de RDC pour la survie de l’humanité.

Il s’agira plus précisément pour les autorités politiques congolaises de placer tous les partenaires ou mieux les Etats parties signataires de la convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques devant leurs responsabilités et exiger à cet effet, que des compensations financières conséquentes soient allouées à la République démocratique du Congo non pas seulement par rapport au rôle que joue ses forêts sur la régulation climatique mais aussi par rapport au statut spécifique de sa forêt dans l’existence s’avère plus qu’ indispensable au profit de l’humanité.
Dans cet ordre d’idée la logique sous-tendant, la mise à la disposition de la RDC des compensations financières devrait aller au-delà des promesses fallacieuses difficilement réalisables pérorées jusque-là mais plutôt d’un réel accompagnement en terme de disponibilisation de la manne financière tant espérée et réclamée pendant des années par la RDC.
La détermination ainsi que le sérieux avec lesquels les autorités politiques congolaises devraient aborder les questions relatives aux compensations financières au profit de la RDC doivent être accompagnés par un mécanisme de gestion transparente mettant un accent particulier sur le développement de la République démocratique du Congo.
Ainsi pour être pris au sérieux par les partenaires ou les états partis à ce Forum les autorités politiques congolaises devraient s’armer d’un courage légendaire pour faire comprendre à la communauté internationale que si moyennant une échéance bien précise, l’accompagnement financier tant espéré ne connait point de début d’exécution, la République démocratique du Congo n’aura pas d’autres choix que de procéder à l’exploitation d’une grande partie de sa forêt en activant le projet d’exploitation de ses blocs pétroliers récemment découverts sur une partie de son massif forestier.
De cette manière, l’Etat congolais pourra se procurer des ressources financières importantes indispensables à son développement endogène et que l’humanité comprendra réellement le sens du concept « la forêt c’est nous » car de toutes les façons ce n’est pas à la RDC qu’incombe la responsabilité du réchauffement climatique.
En définitive, comme nous l’avons relevé tout au long de notre réflexion qu’il sera bénéfique pour la République démocratique du Congo au travers ses dirigeants politiques d’entamer dès à présent des démarches de haut niveau enfin d’arracher l’organisation de la COP 32 prévue en 2027.
Cette option est possible à condition bien entendu que les dirigeants congolais mettent du sérieux en présentant un plan détaillé de l’organisation de la COP 32 avec une capacité logistique démontrée afin de convaincre le secrétariat de la COP pour la tenue de ce sommet en RDC. Ce n’est qu’en arrachant ce contrat d’organisation de la COP 32 que la RDC élèvera sa voix à la face du monde et qu’un accompagnement réel s’en suivra en termes des retombées financières.
Junior ISAKWA IMBAMBO / Lobjectif













