À Isiro, le théâtre du pouvoir provincial du Haut-Uélé semble être devenu le décor d’une comédie tragique où l’absurde se mêle à l’indécence. Alors que la démocratie exige transparence et redevabilité, nos dirigeants semblent avoir troqué ces valeurs contre un flou artistique propice aux arrangements douteux et aux compromissions se drapant derrière le temps pour justifier leur incompétence.
Rappelons-nous de Patrice-Eméry Lumumba, héros national de la RDC. En seulement six mois, cet homme visionnaire a su poser les jalons d’un Congo libre et digne. Un mandat n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’agir pour le bien-être de la nation. À l’heure où l’exécutif provincial du Haut-Uélé piétine cette notion, on ne peut s’empêcher de se poser la question : où est la vision ?
Où sont les actes concrets au service des concitoyens ? À la place, nous assistons à un mélange de genres pour le moins étrange. Des anciens ministres provinciaux, chassés de leurs fonctions à cause de comportements indignes de bagarreurs dans des boites de nuit se retrouvent réhabilités dans des rôles tout aussi obscurs qu’inexplicables. Peut-être que la traîtrise a depuis peu quelque vertu.
Les uns sont devenus “inspecteurs de travaux” sur des réhabilitations de routes inexistantes dont la qualité laisse à désirer, ces anciens ministres semblent s’être vu offrir un second souffle, non pas pour leurs compétences, mais pour leur capacité à naviguer dans les eaux troubles du favoritisme et du clientélisme. Le silence sur ce type de comportement vaudrait acquiescement.
Et que dire de ce personnage phare qui, sous le vernis du progrès, s’illustre en tant que chargé de commissions d’achat à Dubaï ? Est-il vraiment nécessaire de traverser des milliers de kilomètres pour réaliser des achats qui pourraient tout aussi bien être effectués localement ? Nul besoin de vous donner les montants décaissés pour le plaisir personnel de ce dernier.
Ce voyage, loin d’être un symbole d’ouverture sur le monde, apparaît plutôt comme une opportunité de siphonner des ressources publiques au profit d’intérêts personnels. Quand les autres affrontant ceux qu’ils qualifient eux-mêmes de détracteurs joueraient le rôle de porte-parole dans des médias sans nomination officielle mais avec des moyens publics.
Cette situation aussi rocambolesque soit-elle illustre la déchéance d’une province pourtant promise à un bel avenir de par son potentiel humain et ses innombrables ressources. La redevabilité, pilier de toute démocratie, semble être un concept étranger à cet exécutif. Au lieu de rendre des comptes, on préfère l’opacité, la complaisance et le dédain pour les attentes de la population.
À Isiro, le peuple observe, l’œil critique, et commence à se demander si ses représentants ne sont pas devenus des acteurs de leur propre comédie, jouant un rôle qui ne sert que leurs intérêts. Il est temps que les habitants du Haut-Uélé redressent la barre. Il est urgent de rappeler à ces dirigeants que la responsabilité et la transparence ne sont pas des options, mais des exigences fondamentales de la démocratie.
Comme l’a démontré Patrice Lumumba, l’engagement véritable pour le bien commun n’a pas besoin de longs mandats, mais d’une volonté sincère de servir. À l’heure où le pouvoir semble s’égarer, la voix du peuple doit résonner plus fort que jamais. L’itinérance permettra peut-être au responsable de l’exécutif provincial de se rendre compte de ses propres limites en face de l’himalaya qu’il est appelé à gravir.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













