“Aux autorités provinciales qui multiplient les prélèvements sans rendre de comptes : la patience des peuples a une limite que vos caisses ne remplaceront pas”.
Kinshasa suffoque. Tandis que la ville s’enfonce dans les inondations, l’insécurité et la misère, la réponse de l’exécutif provincial est d’une consternante simplicité : pressurer encore plus sa population. La multiplication anarchique des taxes et redevances ne relève plus d’une politique économique, mais d’une agression administrative délibérée contre des citoyens à bout de souffle.
Un contrat social est en train de se briser, au profit d’un pillage institutionnalisé. La question fuse dans les gorges serrées des contribuables kinois : Pourquoi payer ? Pour quels services ? Les routes sont des cloaques, la sécurité une illusion, les égouts une fiction. Cette fiscalité prédatrice est perçue pour ce qu’elle est : un racket légalisé, où l’État exige tout en ne donnant rien.
Il ne s’agit plus d’impôts, mais d’une capitation de la détresse, un prélèvement sur la survie même des gens. Ce mépris fiscal traduit un mépris social profond. Il scande un message glaçant aux Kinois : vos vies comptent moins que nos caisses. Alors que le pouvoir d’achat s’effondre, cette saignée quotidienne est la preuve ultime d’un abandon. L’exécutif provincial, par cette politique aveugle, cultive lui-même le terreau de sa propre défiance.
Monsieur le Gouverneur Daniel Bumba Lubaki, l’équation est simple, mais son déséquilibre est dangereux : le contrat entre l’État et le citoyen repose sur un curseur fragile entre obligations et devoirs. Aujourd’hui, ce curseur est bloqué du mauvais côté. Votre action sera toujours perçue sous le mauvais angle tant que la pression fiscale écrasera sans compensation visible les efforts mêmes que vous commencez à fournir.
Car des efforts, il y en a, et certains commencent à porter des fruits. Mais ils restent noyés, invisibilisés par le trop-plein d’exigences financières immédiates. Pour que votre travail soit reconnu et votre leadership légitimé, il faut rééquilibrer la balance : que chaque franc perçu soit aussitôt traduit en progrès concret, tangible, pour celui qui le verse. L’Histoire est pourtant un livre ouvert que nos gouvernants refusent de lire.
Aucun pouvoir ne survit à une fiscalité vécue comme une injustice pure. Les révoltes, les chutes, commencent souvent par cette exaction : prélever sans protéger, taxer sans servir. En transformant l’impôt en spoliation, Kinshasa joue avec le feu d’une colère qui n’attend qu’une étincelle. La légitimité se paie en services, pas en reçus. L’avertissement est sans appel.
La priorité n’est pas d’inventer de nouvelles taxes, mais de cesser immédiatement cette asphyxie et de rendre des comptes. Montrez où passe l’argent, tracez une route visible vers l’amélioration des services. Sinon, sachez-le : les peuples supportent longtemps l’injustice, jusqu’au jour où ils la renversent. Et ce jour-là, l’addition sera bien plus lourde que toutes vos taxes réunies.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













