Quelle belle surprise que de voir Sa Majesté Joseph Kabila daigner revenir sur les terres qu’il a si généreusement négociées, morcelées et offertes en pâture à ses amis prédateurs. Et quel chemin emprunte-t-il pour cette rentrée triomphale ? Par Goma via Kigali, bien sûr ! Cette ville martyre, symbole éclatant de la déliquescence d’un État qu’il a dirigé pendant 18 ans sans jamais vraiment défendre.
Goma, capitale officieuse du RDF/M23, ces terroristes si opportunément armés, financés et logistiquement soutenus par Paul Kagame – celui-là qui occupe nos terres, pille nos minerais et orchestre en toute impunité la balkanisation de la RDC. Quelle ironie tragique qu’un ancien président de la République démocratique du Congo choisisse cette voie-là pour son grand retour !
Comme si le symbole ne suffisait pas, il fallait encore l’aggraver par un mépris silencieux envers les millions de Congolais qui souffrent sous le joug de ces criminels. Joseph Kabila n’est pas un naïf. Il sait parfaitement que Goma n’est plus tout à fait sous contrôle de Kinshasa, que cette ville est devenue depuis peu un bastion où l’influence rwandaise se pavane sans complexe.
Alors, que nous dit ce choix ? Qu’il assume ? Qu’il s’en moque ? Ou pire, qu’il entérine ? Après tout, n’est-ce pas sous son règne que le RDF/CNDP/M23 a prospéré, que le Rwanda a consolidé son emprise, que les contrats miniers léonins se sont multipliés ? Qu’un simple citoyen ignore ces réalités, passe encore. Faire un retour au pays par la porte des vautours illustre bien ce qu’il est en soi.
Qu’un ancien président, censé incarner la souveraineté bafouée de son peuple, fasse son come-back par cette porte souillée, c’est une gifle à tous ceux qui ont cru – ou qui croient encore – en un Congo uni et indépendant. Kigali n’est pas une simple escale. C’est la plaque tournante du pillage organisé, le QG des stratèges qui veulent un Congo faible et éclaté. Et Kabila y est reçu comme un hôte de marque.
Coïncidence ? Bien sûr que non. Les mêmes qui ont profité de son règne pour vider le Congo de ses richesses l’accueillent aujourd’hui avec des sourires entendus. Qu’il y ait des discussions derrière les rideaux, personne n’en doute. Mais de quoi parlent-ils ? De “paix” ? De “coopération” ? Ou simplement de comment recycler les vieilles recettes éculées ? C’est la honte d’héritage.
Le plus grave dans tout cela, ce n’est pas que Kabila soit un opportuniste – l’histoire congolaise en est remplie. Non, le plus grave, c’est qu’il incarne désormais, sans aucune gêne, la capitulation d’une certaine élite congolaise : celle qui préfère le confort des arrangements avec l’ennemi plutôt que la dignité d’un combat pour la patrie. “Vous gardez vos terroristes, nous gardons les mines, et on partage les dividendes” ?
Alors oui, qu’il revienne. Mais qu’il assume aussi son rôle dans cette tragédie : celui d’un homme qui a laissé faire, qui a permis que le sang coule dans l’Est, qui a laissé le Rwanda s’installer en maître chez nous. Et que personne ne s’y trompe : ce retour par Goma n’est pas un hasard. C’est un message. Et ce message, aussi cynique soit-il, est limpide : ” Le Congo que j’ai dirigé est à vendre. Et je suis toujours à la table des négociations”.
La belle comédie ! Joseph Kabila, l’homme qui a passé dix-huit ans à gouverner sans jamais vraiment régner, revient en scène par la porte des serviteurs de l’ennemi. Et le peuple congolais, qu’il espère grand naïf, est censé applaudir ? Non, décidément, la farce est trop grossière. Kigali-Goma, un trajet si innocent en apparence, si lourd de sens en réalité. Comme un clin d’œil aux maîtres de la prédation : “Je suis toujours des vôtres.”
Pendant que les Congolais meurent dans l’indifférence, lui, il parade. Pendant que les femmes de l’Est sont violées par des terroristes soutenus par ses anciens alliés, lui, il pose pour des photos. Pendant que le Congo se vide de son cobalt, de son or, de son coltan, lui, il discute “développement” avec ceux qui ont fait de notre sous-sol leur garde-manger. Quelle élégance, quelle classe ! Un vrai chef-d’œuvre de cynisme.
Et bien sûr, il n’est pas seul dans cette mascarade. Autour de lui, gravitent les habituels “hommes d’affaires” (ces pillards en costume), les politiciens “réalistes” (ces traîtres en costard), et les diplomates “conciliants” (ces fossoyeurs de notre souveraineté). Tous unis dans une même chorégraphie : faire croire que tout cela est normal. “Kabila est un acteur politique incontournable”, murmurent-ils.
Incontournable, certes… comme une tumeur maligne. Le plus tragique dans cette histoire, ce n’est même pas Kabila lui-même – un pantin usé par le pouvoir. Non, le plus tragique, c’est qu’il y ait encore des Congolais pour croire en lui. Des naïfs qui pensent qu’il revient pour “sauver le pays”, alors qu’il n’a jamais sauvé que ses propres intérêts. Des nostalgiques qui fantasment sur un “Kabila fort”.
Alors qu’il n’a été fort que contre son peuple, jamais contre les prédateurs étrangers. Alors oui, qu’il joue sa pièce. Qu’il serre des mains à Kigali, qu’il fasse des selfies à Goma, qu’il promette monts et merveilles à Kinshasa. L’histoire, elle, retiendra l’essentiel : “Joseph Kabila est venu au Congo par l’AFDL, une création du Rwanda et de l’Ouganda. Il a volontairement ruiné le peuple Congolais pendant 18 ans”.
“Il s’est exilé après avoir minutieusement organisé des infiltrations dans toutes les administrations et saboté l’appareil militaire, de renseignements et de défense. Il s’est scandaleusement enrichi en méprisant les millions de vies Congolaises fauchées. Il n’est pas revenu par le Congo mais bien par Kigali son véritable amour pour contempler ses propres ruines. Et cela, aucun discours, aucune manipulation, aucune comédie ne pourra l’effacer”. Désormais le roi est nu, et il danse avec les vautours.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













