La condamnation de Pistis Bonongo, ex-DG de la Sokimo, à une amende de 84 000 dollars pour “défaut de transmission des comptes” est pire qu’une injustice : c’est une invitation ouverte au massacre. Le message que la Cour des comptes vient d’envoyer à tous les mandataires publics du Congo est d’une clarté aveuglante : vous pouvez vider les caisses, bradez les actifs, affamez les travailleurs, mais SURTOUT, n’oubliez pas de rendre vos comptes à l’heure, sinon vous aurez une amende.
84 000 dollars. Pour un homme qui a géré des milliards. Pour un DG qui a eu entre ses mains les clés de l’or de l’Ituri. C’est une contravention. C’est une tape sur les doigts. C’est le prix d’un vulgaire constat d’accident. Ce jugement, rendu ce mercredi, ne punit pas un coupable, il établit un tarif. Désormais, chaque piètre gestionnaire, chaque prévaricateur en herbe qui siégera dans un conseil d’administration saura que le risque judiciaire se limite à une amende administrative si, par malheur, on oublie de classer ses papiers dans les délais.
Pendant que M. Pistis Bonongo invoquait ses “difficultés internes” et ses “remaniements” pour justifier ses retards, personne n’a posé la question qui tue : et les détournements ? Et les contrats de gré à gré ? Et l’argent parti en Suisse ou à Dubaï ? La Cour a soigneusement évité de fouiller là où ça fait mal. Elle a préféré condamner le messager plutôt que le voleur. Alors oui, les mandataires publics peuvent dormir tranquilles.
Le signal est envoyé haut et fort : en RDC, on ne condamne pas la prédation, on verbalise le mauvais élève. Avec 84 000 dollars, Pistis Bonongo achète son ticket de sortie et offre une feuille de route à tous ses successeurs. Pillez, mais faites vos papiers à temps. Et si vous êtes pris, ce ne sera qu’une question de pourcentage. La Cour des comptes vient de fixer le prix de l’impunité. Il est défiant toute concurrence.
Pendant ce temps, la Sokimo continue de crever, ses travailleurs continuent d’attendre, et l’or, lui, continue de filer entre les doigts de l’État. Pendant ce temps, le pays saigne. Et on fait payer les pansements.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













